Une démarche vouée à l’échec

La proposition du candidat à la direction du Parti québécois, Alexandre Cloutier (notre photo), mène à un cul-de-sac, croit l'ancien ministre Paul Bégin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La proposition du candidat à la direction du Parti québécois, Alexandre Cloutier (notre photo), mène à un cul-de-sac, croit l'ancien ministre Paul Bégin.

Ça recommence. Encore les conditions gagnantes, encore le moment opportun. Encore et encore reporter à plus loin la tenue d’un référendum sur la souveraineté sous des prétextes que l’on ne veut pas voir ou avouer.

Cette fois-ci, un des candidats à la direction du Parti québécois, Alexandre Cloutier, nous invite à croire à la réalisation prochaine (2021) de la souveraineté avec une proposition en apparence toute simple : amener un million de Québécois et de Québécoises à signer un registre demandant la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Disons-le clairement tout de suite : cette proposition mène à un cul-de-sac.

La chose a déjà été essayée, dans des conditions ultra-favorables, qui ne risquent pas de se reproduire, et a pourtant été un échec. J’en sais quelque chose, j’étais aux premières loges, du début à la fin.

Retour en arrière

En février 1991, quelques mois après l’échec de l’Accord du lac Meech, a été créé un mouvement appelé Mouvement Québec 1991. Il prônait la souveraineté du Québec. Deux mois plus tard, la commission Bélanger-Campeau déposait son rapport et recommandait la tenue d’un référendum sur la souveraineté au plus tard le 26 octobre 1992.

Voyant que rien ne se passerait en 1991 malgré cette recommandation, Mouvement Québec s’est transformé au début de l’année 1992 en Mouvement Québec 92 avec dorénavant comme objectif de recueillir un million de signatures pour la tenue d’un référendum sur la souveraineté en 1992.

Or, cet exercice n’a pas réussi. En effet, en août 1992, Mouvement Québec a fermé ses livres. Il avait recueilli 700 000 signatures. Ce n’est pas rien ! Néanmoins, c’était 300 000 signatures de moins que l’objectif visé. Pourtant, les conditions n’avaient jamais été aussi favorables à l’atteinte de cet objectif.

Que l’on en juge :

1 — Les membres du conseil d’administration de Mouvement Québec étaient des dirigeants des organismes suivants : le Parti québécois (PQ) et le Bloc québécois (BQ), les présidents des centrales syndicales : la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), la Centrale des enseignants du Québec (CEQ), l’Union des producteurs agricoles (UPA), l’Union des artistes (UDA) ainsi que les présidents des organismes nationalistes : le Mouvement national des Québécois (MNQ) et la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB).

À ce groupe sélect de la société civile s’étaient jointes rapidement deux organisations importantes : la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ). Ces organismes ont mis leurs membres à contribution en les incitant à signer la pétition et à la faire signer par d’autres personnes (famille, travail, amis, etc.)

2 — La commission Bélanger-Campeau avait recommandé la tenue d’un référendum sur la souveraineté du Québec avant la fin de 1992.

3 — Jamais les sondages n’avaient été aussi favorables à la souveraineté. Chez CROP elle passait de 43,4 % pour (40,5 % contre) en octobre 1989 à un sommet jamais dépassé depuis de 63 % pour (29 % contre et 8 % de discrets, en novembre 1990, et de là à 46 % pour (45 % contre et 10 % de discrets) en août 1992.

4 — Sur la scène politique, il n’y avait que le PQ et le Bloc qui devaient s’entendre entre eux, pas de Québec solidaire, pas d’Option nationale, ni aucun autre parti.

C’est leurrer les gens que de tenter de leur faire croire que la démarche souverainiste commencera, une fois que le Parti québécois aura été à nouveau élu.

Si on n’a pas été élu avec le mandat de faire la souveraineté, ou de déclencher un référendum sur la souveraineté, comment le gouvernement pourrait-il « accompagner » légitimement une démarche visant à entreprendre ce que l’on avait dit que l’on ne ferait pas ? Puis, il faudra bien gouverner, non ? Le parti n’a-t-il pas été élu pour cela ? Et…

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6 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 23 février 2015 08 h 10

    Avoir peur d'un épouvantail!

    Que l'on soit pour ou contre la souveraineté, un référendum n'a rien de menaçant, c'est une consultation populaire. Si on desire vivre dans une démocratie, on souhaite que les choix de la population soient connus et appliqués.

    Nos voisins américains ont instauré dans plusieurs états des élections référendaires. Les citoyens votent pour le représentant et sur différentes questions. Cela clarifierait le flou du "à quand" le prochain référendum.

    De plus, cela augmente l'intérêt populaire lors d'élection.

    • Jean Lapierre - Inscrit 23 février 2015 09 h 10

      Avez-vous bien lu les chiffres de Paul Bégin? En 92 ça n'a pas marché alors que la ferveur nationaliste était à son plus haut historique, pourquoi ça marcherait maintenant alors que les forces souverainistes n'ont jamais été autant divisées?

  • Sylvain Auclair - Abonné 23 février 2015 09 h 45

    Un million de signatures... Ça pourrait dire que quatre millions de personnes pourraient être contre la souveraineté et que le gouvernement serait quand même forcé de tous nos envoyer foncer dans le mur? À quoi sert d'avoir des leaders souverainistes au gouvernement si on ne leur fait pas confiance? Et si on ne leur fait pas confiance, pourquoi leur confier la mission de tenir et de gagner un référendum?

    • Jean Lapierre - Inscrit 23 février 2015 15 h 17

      Raisonnement implacable. C'est à croire que le jeune Cloutier est en train de concocter toutes sortes d'astuces pour devenir chef de parti, coûte que coûte, quitte à se faire entraîner par un raz-de-marée de réfėrendophobie. Le plus désolant c'est de voir qu'il est appuyé par Vėronique Hivon qui mérite tout mon respect.

  • - Inscrit 23 février 2015 14 h 23

    Une bonne mauvaise idée

    Je suis de ceux qui appuirait la candidature de Cloutier, mais je suis d'accord avec M. Bégin. Cette idées d'initiative populaire ne tient pas. Le gouvernement, ou une éventuelle coalition indépendantiste, doit avoir les mains libres quant à la stratégie. Et celle-ci porte en bonne partie sur le temps propice d'un référendum ou autre démarche analogue. Que ferait un gouvernement indépendantiste d'une signature hostile initiée par les fédéralistes ?? Comment déciderait-on d'une question à posée ? Une panoplie de scénarios impossibles à prévoir rend cette idée d'initiative populaire hasardeuse.

    Je vois en plus un paradoxe Le camp de M. Cloutier est celui qui parle le plus ouvertement d'une nécessaire alliance avec les autres partis indépendantistes et en même temps il propose cet élément stratégique sans en discuter avec ses partenaires potentiels.

    M. Cloutier devrait préciser les modalités d'une telle initiative populaire ou plus simplement renoncer à cette idée, en principe intéressante, mais en pratique inapplicable.

  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 23 février 2015 15 h 39

    Assez la mécanique!

    Merci M. Bégin de nous rappeler que la mécanique prônée par le candidat à la chefferie du PQ Alexandre Cloutier a déjà été expimentée et a échoué. Le contexte était des plus favorables à cette période, et malgré cela, il n'a pas été possible de ramasser 1 million de signatures. Il faut cesser de parler constamment de la mécanique mais bien plutôt se concentrer sur les raisons démontrant qu'un Québec indépendant est possible. C'est l'obsession de bien des souverainistes, je lisais ce matin que le chef de Option nationale est prèt à faire une alliance avec les autres partis souverainistes en autant qu'un référendum sera tenu à l'intérieur du mandat qui élirait le PQ en 2018. Cette position idéologique est totalement aberrante sur le plan de la stratégie, cela implique que même si les sondages démontraient que l'option stagne ou pire recule, il faudrait quand même tenir un référendum. Je suis souverainiste mais je suis découragée de constater que pour certains souverainistes, le combat porte sur le moment du troisième référendum sur la souveraineté, ce qui est divisif évidemment, plutôt que de convaincre nos concitoyens que le Québec serait beaucoup mieux s'il était un pays indépendant qu'une province canadienne.