Le Parti québécois doit repenser son discours

L'idée de l'indépendance n'est pas morte. Ce qui l'est, c'est cette manière vide de la présenter. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'idée de l'indépendance n'est pas morte. Ce qui l'est, c'est cette manière vide de la présenter. 

L'éditorialiste Antoine Robitaille faisait état cette semaine du manque de renouvellement dans l’électorat péquiste. En effet, de nombreux sondages montrent que les jeunes se détachent de ce parti. Un phénomène qui préoccupe, à juste titre, les autorités du Parti québécois.

Dans son éditorial («Le Parti québécois et les jeunes – Pièges de l’âge»), il cite un péquiste mal à l’aise qui assistait, tout comme moi, aux débats qui avaient lieu au Conseil national du PQ en fin de semaine au sujet de ce manque criant de relève. Il va sans dire que je partageais entièrement le malaise de ce militant à l’égard de divers débats et propositions.

Avant de tenter d’attirer les jeunes avec des gadgets, les dirigeants de ce parti devraient, d’abord, se demander pourquoi les jeunes n’y ont jamais mis les pieds. Et pourquoi ils ne lui ont jamais accordé leur vote.

Si je suis entièrement d’accord avec le constat de Robitaille selon lequel il ne sert à rien d’inventer une langue spéciale pour parler aux jeunes ; comme si leur âge, en soi, les définissait et en faisait un groupe homogène. Je ne partage toutefois pas entièrement ses conclusions sur le rapport des jeunes à la question nationale.

Même si la proverbiale « ouverture sur le monde » est aujourd’hui une valeur très prisée, il n’est absolument pas impossible d’intéresser les jeunes — et même de nombreux Québécois — de tous les âges et de tous les horizons à la question nationale. Comment ? En l’assumant pleinement tout simplement et en portant un discours clair, cohérent et intéressant. Je ne dis pas qu’ils seront instantanément séduits, mais ils ont beaucoup plus de chances de porter attention aux propos et de se les approprier. C’est d’ailleurs ce qu’avait entamé Jean-Martin Aussant à travers Option nationale, comme le souligne si bien l’éditorialiste.

Donc, rassurons d’emblée les stratèges du Parti québécois : nul besoin de réinventer la question nationale, les jeunes sont comme eux, intelligents et sensibles aux arguments bien construits et, surtout, portés avec un minimum de conviction.

Idées et cohérence

Robitaille parle avec justesse des changements dans l’éducation et dans les médias depuis 20 ans, mais il oublie une chose : depuis 20 ans, le Parti québécois ne défend plus l’idée de l’indépendance auprès de la population et se contente de traiter de la question dans les événements partisans. Ainsi, pour une personne de 24 ans comme moi, ce parti n’est ni plus ni moins que le concurrent identitaire du Parti libéral du Québec. Mais de quelle identité parle-t-on au juste ? Une identité qui ne mérite d’être défendue pleinement que quand les sondages seront favorables ? Si les jeunes ne voient pas l’intérêt de l’indépendance, c’est que personne ne l’a défendue convenablement et fièrement auprès d’eux ; ni auprès de qui que ce soit d’autre, d’ailleurs.

À quoi a-t-on réduit la question de l’indépendance depuis deux décennies ? À la perspective, visiblement paniquante, si on se fie au comportement des représentants du Parti québécois, d’un référendum. On en sait bien peu sur le mystérieux référendum, sinon qu’il se tiendra peut-être « au moment opportun » ou « pas tout de suite, mais possiblement si vous êtes prêts ».

Ainsi, les péquistes se demandent aujourd’hui simultanément comment attirer les jeunes et comment se débarrasser de ce référendum dont ils font eux-mêmes une chose gênante. Ils se trompent de cible dans les deux cas.

L’idée de l’indépendance n’est pas morte. Ce qui l’est, c’est cette manière vide de la présenter (ou plutôt de ne pas la présenter), en la rendant tributaire d’un engagement référendaire que l’on refuse de prendre. Si ce parti n’arrive pas lui-même à être fier de sa raison d’être, jamais il ne pourra convaincre les jeunes — ou qui que ce soit d’autre — de l’être pour lui. Et ce n’est certainement pas en y allant d’initiatives électoralistes comme la charte dite « des valeurs », ni en proposant des pétitions interminables ou l’attente de sondages favorables en 2018, qu’il saura allumer la flamme indépendantiste des Québécois, jeunes ou moins jeunes.

Ce qui désintéresse les jeunes de la politique, comme la population en général d’ailleurs, ce n’est pas le manque d’accessoires scintillants qui retiendraient leur attention. Non, c’est le manque de discours tout simplement. Le manque d’idées, d’engagement, de transparence et de cohérence.

Nous verrons au printemps si le Parti québécois a finalement tiré une leçon de la défaite du 7 avril. Une leçon qui, bien assimilée, pourrait régler plusieurs de ses problèmes.

29 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 février 2015 01 h 26

    Peut etre a force de triper histoire

    Une chose est sur il est difficile d'enseigner une chose et son contraire, nous initions notre jeunesse aux thecnologies nouvelles, nous les préparons a la mondialisation, et nous voudrions les voire revenir a l'histoire, bon peut etre est-ce compatible chez certains, mais en ce qui concerne la cohote ce n'est pas fort, fort il faut seulement aller sur face de bouc pour s'en rendre compte, les jeunes par définitions aiment les chose nouvelles, ce qu'ils appellent les choses a la mode et détestent tout ce qui est ringard, depuis quelques années on les a pas beaucoup gatés, ils ne sont pas du tout ou vous croyez , peut etre que le PQ a-t-il perdu la main, s'il ne la retrouve pas bientot, peut qu'a force de triper histoire, il en fera partie.

  • Michel Sénécal - Inscrit 13 février 2015 04 h 52

    Le cirque de la course

    On le voit, la course à la chefferie est plus un cirque médiatique que quelque chose de vraiment important. On peut certainement imaginer qu'il y a un candidat qui n'est pas contre cet état de fait. Pour ce candidat, ça risque donc d'être doublement payant. Pour sa business, sûrement, comme politicien, tout reste à prouver.

    Il est certain que plusieurs prendront note des promesses ou attentes plus ou moins farfelues de quelques-uns des candidats, mais ce qui compte vraiment, c'est ce qui se passera apres.

    Entre 2012 et 2014, on a vu combien le PQ avait un talent fou pour se tirer dans le pied. La charte n'a certainement pas aidé le PQ. Alors imaginez ce qu'ils peuvent faire jusqu'au prochaines élections. Ça donne froid dans le dos.

    • Gilles Théberge - Abonné 13 février 2015 13 h 37

      Vous concluez monsieur Sénécal que la conclusion vous «donne froid dans le dos».

      Je serais porté à penser que c'est plutôt une perspective qui vous réjouit!

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 13 février 2015 20 h 31

      Pourquoi arrivez-vous à cette conclusion, M. Théberge? Parce-que toute personne osant critiquer le PQ serait un traître à la nation? Pensez-vous que nous sommes tous, comme vous, prisonniers de l'ornière de la partisannerie, aveuglément vendus à une marque?

  • Pierre Labelle - Inscrit 13 février 2015 05 h 00

    Merci Mme Perreault.

    Oui un gros merci madame Perreault pour avoir exprimée par écrit ce que des milliers d'indépendantistes vivent en silence. Je milite pour l'indépendance depuis 1966, étais membre du RIN et ensuite du PQ que j'ai délaissé après sa réélection en 81. Depuis je suis un indépendantiste libre, qui par ses commentaires dans les journaux dénonce les mêmes lacunes que votre magnifique texte souligne. Certaines personnes au PQ devraient faire; acte d'humilité, vous lire, et ensuite mettre en pratique certaine de vos suggestions. C'est peut-être là que se trouve ce OUI qu'ils cherchent....

  • Jean-François Trottier - Inscrit 13 février 2015 07 h 11

    Enfin!

    Merci, M. Perreault. Vous alllez directement dans le sens d'une réaction que j'vais laissé au bas de l'éditorial de M. Robitaille.

    J'ajoute que la vision de la nécessité de l'indépendance est née d'une analyse économique. C'est précisément là que le discours doit reprendre.

    De la logique infirmisante de la péréquation et de la généralisation des modèles de l'ouest vers l'est jusqu'au multiculturalisme réductif et impossible, de la transformation du Canada en paradis fiscal à son inféodation à la fluctuation des marchés jusqu'à l'étouffement des initiatives personnelles et régionales, tout dit comme il est question d'économie avant tout.

    Tout dit, aussi, qu'il y a urgence de le nommer et de le discuter.

    Qui mieux qu'Aussant peut s'en faire le représentant et l'âme ? C'est dire comment le PQ est dans le champs...

    Ça, tout le monde est capable de le comprendre, et les jeunes mieux que les plus vieux.

    Il faut sortir du discours béatisant et des slogans pour discuter et éventuellement, persuader.

    Encore merci.

  • Fernand Lavigne - Abonné 13 février 2015 07 h 13

    Tirer la bonne leçon

    "Si les jeunes ne voient pas l’intérêt de l’indépendance, c’est que personne ne l’a défendue convenablement et fièrement auprès d’eux."

    Peut-être que le PQ devra simplement prendre conscience que l'utopie de l'indépendance est de moins en moins défendable auprès de tous les âges, et que les jeunes en particulier ont d'autres ambitions et visées dont la fierté et noblesse sont encore plus défendables.

    Pour un, PKP aura beaucoup de difficulté à communiquer son profond ressentiment envers le Canada auprès des jeunes.
    Fernand Lavigne

    • Jean-François Trottier - Inscrit 13 février 2015 15 h 01

      M. Lavigne,
      disons plutôt qu'ils baignent dans un climat d'écoeurement généralisé pour la politique, écoeurement bien orchestré par Charest et sa clique, puis pas Couillard et son cirque.
      Il serait temps que la politique redevienne quelque chose de vivant et de raisonné. Ainsi leurs ambitions auront une petite chance de se réaliser.

      Quant au Canada, les "jeunes" font comme tout le monde au Québec : ils font le gros dos ou au mieux l'ignorent totalement, comme nous faisons pour une grosse tempête de neige au mois de mars. On ne crie pas contre la neige, on l'endure.