Résister à la tentation partisane

Photo: Hydro-Québec

Il était rafraîchissant d’entendre le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, M. Pierre Arcand, terminer mercredi matin une entrevue chez Marie-France Bazzo en déclarant : « Je vais laisser le conseil d’administration faire le travail et c’est à lui de faire des recommandations quant au successeur de M. Vandal. »

La tentation est toujours très forte dans les cabinets politiques à Québec de passer outre les normes de bonne gouvernance et de sortir un p.-d.g. d’un chapeau partisan. Tout individu a droit à ses convictions politiques, mais l’essentiel est qu’il remplisse les critères de compétence et de crédibilité selon le mandat. À ce chapitre, le premier ministre, M. Philippe Couillard, n’a pas fait vivre un grand moment de gouvernance au Québec en confiant récemment la présidence du conseil d’administration et du comité de gouvernance d’Hydro-Québec à une personne qui n’a aucune expérience dans la gestion du CA d’une grande organisation. Cela étant dit, il faut maintenant faire confiance à M. Michael Penner.

Comme l’indique l’article 11.6 de sa Loi, le conseil d’administration a déjà établi le profil de compétence et d’expérience du candidat recherché. Le ministre a chuchoté au CA quelques éléments de ce profil : une connaissance du milieu très volatil de l’énergie, un partage de la vision gouvernementale sur un virage « vert » de la vision du développement de l’énergie au Québec, une forte capacité de communication tant en interne qu’à l’externe pour convaincre les parlementaires et l’opinion publique tout en gardant la mobilisation des quelque 20 000 employés d’Hydro.

Crédibilité et expérience

Mais il y a plus que cela : Hydro-Québec est, avec la Caisse de dépôt, le fleuron des sociétés d’État au Québec. Les récents scandales dans l’industrie du génie et de la construction ne l’ont pas touché sérieusement. Il importe que la personne qui prend le gouvernail montre une solide expérience dans la gestion d’une grande organisation complexe dotée d’un mandat où des intérêts souvent divergents doivent être réconciliés. Le prochain patron d’Hydro-Québec devra être crédible par son vécu et sa capacité de diriger et de manoeuvrer au sein de grandes sociétés. Hydro montre une solide tradition de gestionnaires hors pair : Roland Giroux, Lucien Saulnier, Guy Coulombe, Richard Drouin, André Caillé, Thierry Vandal…

Le ministre l’a dit : ce n’est pas un choix politique. Le comité des ressources humaines devra trouver le meilleur candidat en interne ou à l’externe sans se gêner pour regarder à l’international. Le CA, qui compte une bonne moitié de gens expérimentés, peut relever ce défi. Les administrateurs pourraient se précipiter sur le bottin de l’Ordre des ingénieurs en cherchant un dirigeant intègre et honnête. Malgré le flou accusateur des audiences de la commission Charbonneau, ce profil peut encore se trouver. Mais rappelons-nous que le marché de l’énergie a beaucoup changé et que l’époque de la construction de grands barrages dans les milliards de dollars et les régions lointaines est, pour le moment, chose du passé. Au cours des prochaines années, la priorité sera davantage la gestion serrée des actifs actuels de 73 milliards et un contrôle rigoureux de l’utilisation des revenus de 13 milliards. Les usagers veulent des gestionnaires intelligents… Pas juste des compteurs !

Cette nomination sera un indicateur du sérieux de ce gouvernement dans la gouvernance et la gestion du plus important outil de développement économique et industriel du Québec.

10 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 6 février 2015 05 h 10

    Pourquoi ne pas instiller un peu de démocratie dans le processus?

    Pour les sociétés les plus importantes, comme Hydro-Québec, la Caisse de dépôt, la SAQ, la SAAQ, pourquoi ne pas permettre à l'Assemblée nationale de nommer les membres du c.a.?
    Le parti au pouvoir pourrait nommer la moitié des membres et l'opposition l'autre moitié. Les membres du c.a. pourraient alors choisir eux-mêmes, dans leur rang, la personne qui présiderait les travaux de l'organisme.

    • Richard Laroche - Inscrit 6 février 2015 12 h 56

      Le gouvernement nomme déjà les membres du C.A.
      Les membres du C.A. nomment le PDG.

      Il s'agit ici d'un vulgaire tour de marionnettiste pour nous faire croire que les nominations n'ont pas de lien avec les pouvoirs politiques. Si vous examinez la gouvernance de toutes les sociétés d'État, elles sont toutes à une ou deux poignées de main du pouvoir politique, tout le temps. Tout est une question de connivences, de contacts et d'un groupe de propriétaires-actionnaires (le public) qui laisse sa propriété être gérée dans l'obscurantisme le plus total.

      Loi sur Hydro-Québec
      SECTION II.1
      COMPOSITION ET FONCTIONNEMENT DU CONSEIL D'ADMINISTRATION2006, c. 59, a. 47.
      Administration.
      4. La Société est administrée par un conseil d'administration composé de 17 membres, dont le président du conseil et le président-directeur général.
      4.0.1. Le gouvernement nomme les membres du conseil, autres que le président de celui-ci et le président-directeur général, en tenant compte des profils de compétence et d'expérience établis par le conseil. Ces membres sont nommés pour un mandat d'au plus quatre ans.

  • François Dugal - Inscrit 6 février 2015 08 h 30

    Pensée magique

    Ai-je bien compris, monsieur Nadeau, vous demandez au gouvernement Couillard de ne pas faire une nomination partisane?
    Ben coudonc ...

  • Denis Paquette - Abonné 6 février 2015 08 h 46

    des autocrates

    Est-ce que vous pensez que c'est avec ce gouvernement, que l'on peut y arriver, ce sont tous des sortes d'autocrates a mal de reconnaissance

  • Robert Beauchamp - Abonné 6 février 2015 09 h 22

    Confiance?

    Lorsqu'on apprend que le nouveau président du c/a Michael Penner avait travaillé à l'élection de Philippe Couillard et qui n'avait aucune expérience dans la gestion d'une organisation d'envergure, alors permettez-moi de douter très fortement dl'objectivité entourant le futur grand patron d'Hydro. Non vraiment, aucune confiance. Ce sera un autre ami de confiance.
    Robert Beauchamp

    • Claude Lafontaine - Abonné 6 février 2015 18 h 58

      Vous avez raison, le niveau de confiance que les québécois peuvent accorder à ce genre de décision (choix du PDG d'une Société d'État) est très important (confiance que ceux qui prendront cette décision le feront dans le meilleur intérêt des québécois), mais nous avons trop d'exemples de pures partisaneries politiques pour avoir confiance.

      Rappelez-vous comment la Commission Bastarache a mis en lumière le processus de nomination des membres des C.A des principales organisations publiques (l'épisode des Post-It à J.Charest et l'importance qu'il accordait aux opinions et recommandations des solliciteurs de fonds du PLQ) et surtout pour quels intérêts ces gens là travaillaient un coup bien en selle; c'est ce même PLQ qui est revenu au volant de nos affaires !

      Suite aux choix des candidats à ces postes clés (PDG et membres du C.A d'H.Q par exemple) c'est l'orientation de la Société pour les années à venir qui est influencée ( la production d'un nouveau plan stratégique et l'exécution de ce plan ). Nous sommes coïncés, on serait en droit de croire que si une majorité des politiciens au pouvoir sont vraiment là pour défendre et promouvoir les intérêts de la collectivité ils feraient en sorte que les abus cessent, mais de toute évidence ils ne sont pas assez nombreux pour renverser la tendance ou pas assez courageux pour passer à l'action lorsque les alarmes sonnent.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 6 février 2015 09 h 45

    Qu'est-ce qui se cache derrière ces départs

    Non seulement à la direction mais aussi au Conseil d'administration de l' HQ ( 4 poste vacants). Explication :

    Grand ménage à Hydro-Québec
    Un quadruple départ très mystérieux