Psychiatre, une profession à revaloriser

Nous avons tous, estime l'auteur, un préjugé défavorable à l’égard des médicaments qui soignent les maladies mentales, estime l'auteur.
Photo: Julia Pivovarova Hemera Nous avons tous, estime l'auteur, un préjugé défavorable à l’égard des médicaments qui soignent les maladies mentales, estime l'auteur.

Il y a sept ans, j’ai appris que j’avais une maladie mentale. Curieux de nature, j’ai voulu comprendre ce qui m’arrivait et ce qui ne tournait pas rond dans la façon dont on soignait la maladie dans notre société. J’ai maintenant la certitude que le débat sur la médicalisation de la maladie mentale a besoin d’avancer.

Il se trouve en son coeur une contradiction importante. D’un côté, nombre de commentateurs et de spécialistes (journalistes, sociologues, philosophes) affirment que la quantité de médicaments prescrits est alarmante, qu’on trouve toute sorte de nouvelles maladies de manière précipitée et qu’en plus, l’industrie pharmaceutique se remplit grassement les poches. De l’autre côté, en cette Semaine de prévention du suicide, on nous dit que les personnes qui sont en détresse doivent aller chercher l’aide dont elles ont besoin le plus rapidement possible. De quelle aide parle-t-on alors ? Médicament ou pas médicament ? Embêtant.

Actuellement, le problème réside dans le fait que le discours sur la surmédicalisation est séduisant et fondé. Après tout, c’est vrai que les pharmaceutiques font beaucoup d’argent avec les médicaments qu’elles nous vendent ! Mais il y a plus. Le fait qu’une simple pilule puisse nous guérir d’une époque moderne hyperactive qui va à cent mille à l’heure nous répugne. Le « traitement par les pilules » heurte quelque chose de fondamentalement ancré en nous : notre capacité à nous soigner sans solution facile, sans passe-droit. Cela occasionne un effet pervers : les personnes malades ne se soignent pas en raison des préjugés qu’elles ont. Un chiffre en dit long : seulement 30 % des gens faisant une dépression vont chercher l’aide dont ils ont besoin.

Nous avons tous, moi compris, un préjugé défavorable à l’égard des médicaments qui soignent les maladies mentales. Or, si nous voulons sauver la vie de ceux qui songent à se l’enlever, il faut nous défaire à tout prix de ce préjugé. La vie de centaines de québécois — ils sont mille à s’enlever la vie annuellement — ainsi que de leurs familles est en jeu. En bref, il faut que les malades acceptent de se soigner, et cela implique bien souvent — pas tout le temps — d’avoir recours aux médicaments. Ces médicaments rendent les malades fonctionnels, ils les remettent sur pied. D’ailleurs, les psychiatres et les infirmiers oeuvrant dans le domaine le disent, la médication constitue la pierre angulaire du traitement de la maladie.

Revaloriser la profession de psychiatre

Parallèlement, la psychiatrie, en raison de ses zones grises insaisissables, de ses concepts obscurs et, oui, du manque de maturité de la science sur laquelle elle s’appuie, porte beaucoup de préjugés, lesquels jouent contre elle. En résulte une dévalorisation de la profession, qui, à son tour, pourrait expliquer qu’un nombre insuffisant de psychiatres sortent de nos universités pour répondre aux besoins criants. Les listes d’attente pour voir un psychiatre sont interminables. C’est révoltant, compte tenu du fait que les gens qui en ont besoin sont la plupart du temps en situation d’urgence. Disons-le et répétons-le, les psychiatres ne sont pas des charlatans ou des chamans, ce sont des médecins qui guérissent des maladies ! Ce sont des gens qui sauvent des vies. Si l’on commence à voir les choses autrement, peut-être pourrons-nous nous attaquer correctement au mal du siècle.

8 commentaires
  • Marc O. Rainville - Abonné 3 février 2015 05 h 22

    Hum...

    Il y a tout une mouvance parallèle, celle de l'antipsychiatrie, qui va probablement se charger de vous répondre, mon cher monsieur. De mon côté, je ne peux que constater que votre texte est un modèle d'ambivalence. Il me semble que si vous vous étiez laisser aller à ajouter un paragraphe à votre incompréhensible pensum, votre conclusion serait allée dans la direction contraire à celle où vous nous laissez. Je me bornerai à vous faire l'objection classique suivante : que pensez-vous du problème du suicide des psychiatres ?

  • Roxane Bertrand - Abonnée 3 février 2015 08 h 06

    Psychiatre ou psychologue!

    Lorsque des homosexuels ont barricadé les psychiatres lors de congrès de l'association des psychiatres américains en 1973, et les ont obligé à retirer l'homosexualité des maladies mentales, cela n'a pas fait preuve d'esprit scientifique. Ce fut un vote à 58%...vive cette science arbitraire!!!

    Le problème de la psychiatre est qu'elle donne des diagnostics, et des traitements, sur des symptômes, et ce basé sur des jugements sociétaires. Et les médicaments sont lourds de conséquences.

    Selon les chinois, une dépression est un élément important et positif dans une vie. C'est le moment où les illusions tombent et une reconstruction psychique doit se faire pour devenir une meilleure personne. Bien sûr, cela demande du travail, et c'est incompatible avec une société où les gens ne sont en fait que des ustensiles de travail.

    La déshumanisation de notre société est probablement la cause de l'augmentation faramineuse des maladies mentales. Beaucoup de réactions saines dans un monde malade.

    La pose d'étiquette psychiatrique vient alors stigmatiser la personne et l'empêche d'évoluer. Cette profession crée des malades. Dans le livre "tous fous" de m. Claude St-Onge, on y apprend que 40% des gens auraient une maladie mentale si on se fie au DSM-5.

    De plus, des études récentes démontreraient que les anti-dépresseurs n'auraient pas d'impact, que le sentiment de mieux-être de la personne ne serait que du placebo. Et même lorsqu'ils fonctionnent, les médicaments ne guérissent pas, il cache des manifestations de symptômes.

    La science doit continuer d'évoluer pour comprendre d'avantage et établir d'autre type de traitement pour les gens qui souffrent...et d'avantage y inclure une dimension sociologique et psychologique du problème.

    Je ne dis pas qu'il n'existe pas de maladie mentale mais la psychiatrie n'a pas fait ses "devoirs". Par ailleurs, les psychologues orientent leur pratique pour aider la personne à évoluer. Ce n'est pas aussi "facile" que de pr

    • Jocelyn Cloutier - Inscrit 3 février 2015 09 h 13

      " Selon les chinois, une dépression est un élément important et positif dans une vie. C'est le moment où les illusions tombent et une reconstruction psychique doit se faire pour devenir une meilleure personne. Bien sûr, cela demande du travail, et c'est incompatible avec une société où les gens ne sont en fait que des ustensiles de travail"

      Merci pour ce témoignage de respect envers les 70% (ou la plupart) qui refusent de confier aveuglément leur "mal être" à l'industrie pharmaceutique et à leurs représentants de commerce (psychiatres).

      Dommage que la pensée psychiatrique du Dr. Thomas Szass ne fasse pas plus d'adeptes: " C’est un contestataire et critique de la morale et des fondations scientifiques de la psychiatrie"(http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Szasz)

      Une analyse des plus sommaire des interventions publiques et juridiques (procès) des psychiatres amène à la plus grande prudence vis-à-vis leur conception et approche envers les dérèglements d'ordre psychique et mental.

  • Yvon Bureau - Abonné 3 février 2015 09 h 58

    Gratitude aux équipes en santé mentale !

    «ce sont des médecins qui guérissent des maladies ». D'une façon, oui; d'une autre façon, ce sont les malades qui se guérissent avec l'aide d'équipes interdisciplinaires en santé mentale qui l'accompagnent et le secondent professionnellement.

    Merci pour cet article, Charles-Albert. Fort bien écrit et généreux. Fructueuse et heureuse route à toi !

    Je te partage une fierté. Grâce à la Loi concernant les soins de fin de vie (adoptée en juin dernier), de moins en moins de personnes fortes en âge ou en fin irréversible de vie utiliseront le suicide pour terminer leur vie. Il est tellement préférable et plus souhaitable d’aider les personnes aînées à terminer leur vie respectées jusqu’à leur fin que de les voir se suicider dans la solitude, le désespoir, mettant en danger toutes les santés des autres. Les aînés et les finissants de la vie méritent tellement mieux à la fin de leur vie. Leurs proches et leurs soignants aussi.

    Gratitude aux membres des équipes interdisciplinaires en santé mentale, incluant les psychiatres, bien sûr !

  • Mélanie Champagne - Inscrite 3 février 2015 13 h 39

    Point du vue d'un neurobiologiste, Jean Pol Tassin

    https://www.youtube.com/watch?v=krB8xbUNFuU&index=1&list=PLmUCF8zaE6GuZHtI-v3JuO3yeJow_8FLh

  • Jacques de Guise - Abonné 3 février 2015 13 h 47

    C'est le savoir professionnel spécialisé qu'il faut réexaminer en profondeur

    C'est notamment la conception du savoir fondateur de nombre de professions visant la personne humaine qu'il faudrait repenser et non revaloriser. Dans le contexte actuel, même les métiers de l'humain reposent sur une conception du savoir, élaboré en extériorité à la personne elle-même, suivant les observations empiriques qui se disent scientifiques selon la pensée dominante. Ceci peut certes contribuer à expliquer la réforme en cours qui encore et encore et encore rate le coche, car c'est de la personne humaine dont le système de santé à un urgent besoin de s'occuper et non de ses structures par un réaménagement des pouvoirs. Et pour ce faire, ce sont les professions concernées qui doivent faire un immense travail sur elle-même, et seulement ensuite il incombera aux patients de faire le sien, puisqu'il a malheureusement très peu à dire dans cette guéguerre de pouvoirs.