Quand les faits nuisent à l’idéologie

Photo: Bryn Pinzgauer / CC

Il est déconcertant de constater le peu de vérifications faites de la réalité par votre publication lorsqu’il s’agit de s’en prendre à la filière minérale du Québec. C’est de nouveau le cas dans un article publié dans l’édition du lundi 26 janvier, « Un siècle pour restaurer 700 sites miniers », signé par M. Alexandre Shields.

Que Le Devoir prenne fait et parti pour des courants de pensée de son choix, cela s’inscrit dans son héritage et c’est pourquoi cette vénérable institution mérite d’être soutenue. Cependant, dans cet article, M. Shields reprend plusieurs balivernes et mythes urbains déjà amplement véhiculés au sein de la société québécoise par des groupes animés du même biais idéologique.

Annoncer que cela prendra 100 ans à restaurer les sites miniers abandonnés relève d’un titrage sensationnel inutile. Il est triste de voir que M. Shields se plaît à décontextualiser les données publiées par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN). Les faits nous indiquent clairement que sur 198 sites d’exploitation minière abandonnés, près de 60 %, soit 118 sites, ont déjà fait l’objet d’une restauration ou d’une sécurisation. Actuellement, 19 anciens sites d’exploitation font l’objet de travaux majeurs, 31 sites sont à restaurer, dont trois majeurs, et 30 autres sites miniers sont à être sécurisés.

Quant aux sites reliés à l’exploration minière dans le nord du Québec, ces derniers ne représentent d’aucune façon une empreinte comparable à celle d’un site d’exploitation. M. Shields omet habilement d’indiquer que le rapport du MERN confirme « que des travaux de nettoyage sont en cours depuis 2007 [au Nunavik] dans le cadre d’un partenariat entre le ministère des Ressources naturelles, le Fonds Restor-Action Nunavik [un regroupement de sociétés d’exploration], la société Makivik et l’Administration régionale Kativik. Les travaux de nettoyage sur 44 sites sont pratiquement terminés ou font l’objet de travaux en cours. Bientôt, ce seront 213 sites d’exploration sur le territoire Cri qui auront été nettoyés ».

Ainsi, sur le territoire du Nunavik, c’est l’ensemble des sites majeurs et intermédiaires, autres que des camps de chasse, qui seront terminés d’ici deux ans. Quant aux 45 sites mineurs restants, de nombreux spécialistes scientifiques recommandent de ne pas y investir d’efforts de restauration, car l’impact de ces travaux sur l’environnement serait plus important que celui déjà engendré par les sites mêmes. Enfin, il est prévu que la très grande majorité des sites majeurs et intermédiaires sur le territoire d’Eeyou Istchee Baie-James auront été restaurés d’ici 2020.

Quant à la question des garanties financières requises pour assurer la restauration d’un futur site minier au terme de son exploitation, l’article 232.4 de la Loi sur les mines (LSM) stipule que chaque titulaire d’un bail minier doit déposer un plan de restauration, accompagné de 100 % des garanties financières requises, incluant les fosses à ciel ouvert, et ce, contrairement aux affirmations erronées de M. Shields. La mine Canadian Malartic (Osisko) a même déposé avant l’adoption des modifications apportées à la LSM, l’entière garantie financière exigée, soit 47 millions, pour restaurer le site à sa fermeture. La société Goldcorp, quant à elle, a déjà versé 40 millions, couvrant également la totalité des coûts reliés à la restauration du site minier Éléonore, et ce, six mois avant sa première coulée d’or. Dans le cas du projet Québec Lithium, ce site n’est pas abandonné. Un syndic analyse actuellement des propositions financières et l’entreprise est à développer un plan de restructuration.

L’Association de l’exploration minière du Québec considère que le rôle des journalistes est de faire des efforts pour réduire le déficit pédagogique qui existe au sein de notre société, relativement à notre filière économique, en promouvant davantage des analyses plus justes et équilibrées.

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Ce texte a été modifié après publication

Réponse du journaliste

Le travail journalistique s’appuie sur des faits vérifiés et vérifiables. Toutes les informations financières dévoilées dans mon texte ont été obtenues auprès d’une source officielle, soit le MERN. Ces données indiquent que le gouvernement du Québec a dépensé 103 millions de dollars en huit ans pour la restauration des sites miniers abandonnés par des entreprises au fil des décennies. Le ministère évalue que la facture totale devrait atteindre 1,2 milliard, un chiffre que ne mentionne d’ailleurs pas l’AEMQ. Or, le Vérificateur général a lui-même souligné cette information dans un rapport publié en 2013, tout en ajoutant que le gouvernement n’a jamais analysé les coûts totaux de cette industrie pour l’État québécois.

 

Au rythme actuel, il faudrait 93 ans pour venir à bout du nettoyage des sites abandonnés. Cette période pourrait être considérablement réduite si le gouvernement applique le plan de restauration dévoilé mardi par Le Devoir.

 

Étonnamment, ce plan élaboré l’automne dernier n’a jamais été rendu public, même s’il comporte des investissements de 700 millions de dollars dans un contexte de politiques d’austérité.

 

N’en déplaise au lobby minier représenté ici par l’AEMQ, les Québécois sont en droit de savoir comment sont dépensés les fonds publics. Ils ont tout autant le droit de connaître la vérité sur l’ampleur de l’héritage toxique laissé par des décennies de négligence environnementale du secteur minier.

Alexandre Shields
7 commentaires
  • Jean-François Trottier - Inscrit 30 janvier 2015 07 h 56

    La moyenne et l'extrême

    Mme Fillion,
    à force de vouloir prouver vous tombez dans un sophisme déclaré.

    Personne n'a pu lire l'article auquel vous faites référence sans comprendre qu'il s'agit d'une projection basée sur les budgets et activités actuelles accordés au réaménagement. C'est une évidence patente.

    D'autre part vous évitez habilement de parler de la structure corporative des minières, des avantages à l'installation consentis par le gouvernement dont la construction de routes, chemins de fer et ports pour exportation rapide, des exonérations telles que le dépôt pour restauration devient à peine une ristourne consentie... quand il l'est puisqu'une petite faillite peut facilement arriver à faire disparaître ce dépôt au fil des années nécessaires à la liquidation... aucours desquelles rien ne se fait. puisque l'entreprise pourrait "peut-être" se restructurer.

    À force de défendre tout votre monde, vous donnez votre aval aux pires "corporate bums" de votre secteur.

  • Simon Thibault - Abonné 30 janvier 2015 08 h 09

    Mme Fillion a raison... totalement raison.

    Soyons honnêtes. Pour une fois que l'AEMQ n'exagère pas les faits. Je suis biologiste spécialisé en environnement minier et je peux vous assurer que Mme Fillion a profondément raison de remettre ici les pendules à l'heure après le texte de M. Shields. Les propos qu'elle tient dans cette lettre sont véridiques et leur portée n'est pas détournée. Aucun sophisme n'est ici utilisé contrairement au texte original. Le Devoir, dans le traitement qu'il fait trop souvent de l'environnement minier, devrait peut-être s'en inspirer...

  • André Michaud - Inscrit 30 janvier 2015 12 h 41

    Mythes et légendes

    Merci Mme Filion de déboulonner une autre légende urbaine véhiculée par une certaine gauche et sa "religion verte ", plus romantique que scientifique.

    Ces gens ne réalisent pas les énormes changements autant au niveau des forêts, des mines et des usines qu'il y a eu depuis 5o ans. ils ne réalisent pas que déjà ces industries ont dépensées des milliards pour améliorer notre environnement, et que plusieurs ont même employé des écologistes pour mieux planifier leurs travaux.

    il ne faudrait pas oublier comme le disait l'ex ministre Marceau , que pour exploiter une mine de fer il faut investir 11 milliards et cela avant de faire un sous de profit et sans savoir quel sera le prix du fer l'année prochaine. Et on ne pourrait vivre sans le fer et toutes ses utilités.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 30 janvier 2015 13 h 55

    ???

    «Ce texte a été modifié après publication»


    Qu'est-ce que cela signifie ?

  • Patrick Fiset - Inscrit 30 janvier 2015 13 h 55

    Merci Mme Fillion.

    Enfin une réponse sensée. Je suis ingénieur minier, J'ai travaillé et travaille encore dans deux des trois exploitations citées dans la réplique de Mme Fillion et je ne peux qu'appuyer ses dires sans réserves ! Il est temps d'arrêter de brandir des chiffres sensationnalistes et de s'acharner sur une industrie en particulier. La réalité est à des années lumières de la publicité du PQ lors des dernières élections où l'on voyait un camion de 100 tonnes décharger un petit caillou de profits pour le Québec. On en a par dessus la tête des articles et des commentaires démagogiques sans égards aux réalités de terrain.