Assez de la «démocrature» de Jean Tremblay!

Le Québec entier le connaît pour sa croisade religieuse visant à préserver la prière au conseil municipal. Il le connaît aussi pour les multiples leçons sur les tremblements de terre, les orages, les tornades et autres catastrophes que ce notaire de formation a données à la télévision communautaire locale et qui ont tant fait rire l’auditoire de l’émission Infoman. Ce n’est pas pour rien que ce personnage caricatural a été récupéré par Serge Chapleau pour enrichir l’entourage de son Gérard D. Laflaque.

On le connaît cependant un peu moins pour sa manière révoltante d’exercer le pouvoir. En ce domaine, le maire de Saguenay n’est pas drôle du tout. Le chantage et l’intimidation font partie de son arsenal. Le contrôle qu’il exerce sur le conseil municipal lui permet de bafouer les règles les plus élémentaires de la démocratie, trop souvent perçue comme un régime dans lequel l’élu obtenant la majorité peut faire ce qu’il veut pour la durée de son mandat. Mais la démocratie ne saurait se confondre avec la tyrannie de la majorité : elle implique le respect des règles, des procédures et des conventions établies. La minorité possède des droits que la majorité ne peut lui nier. Dans un grand centre comme Montréal, une attitude semblable à celle de Jean Tremblay aurait été vivement dénoncée.

Jésus et les autorités civiles

Jusqu’à récemment, pratiquement personne n’osait contredire le maire pendant les séances du conseil. On se rappelle qu’il avait déposé un rapport à la commission Bouchard-Taylor, payé par la municipalité et exprimant officiellement la position de notre ville, sans débats préalables ni adoption formelle par le conseil. Parmi les positions contenues dans le rapport figurent une critique du droit à l’avortement et une opposition ferme à la séparation de l’Église et de l’État. Voilà un exemple où un élu se sert des fonds publics et de sa fonction pour transmettre ses propres opinions. En principe, un tel geste est illégal. Mais personne, dans son entourage, n’a osé le contredire quand il a prétendu avoir obtenu l’approbation verbale des membres du conseil.

Depuis novembre 2013, Jean Tremblay doit composer avec une opposition qui pose des questions — sans toujours obtenir de réponses — et qui donne un autre point de vue sur ce qui se passe à l’hôtel de ville. Elle est incarnée par deux femmes de l’Équipe du Renouveau démocratique (ERD) et par une conseillère indépendante qui s’y est retrouvée sans l’avoir cherché. Le mépris, les insultes, les quolibets qu’elles subissent de la part du maire dépassent le niveau du tolérable dans une société évoluée. Jean Tremblay réplique avec dédain à quiconque soulève la moindre critique.

À la réunion du 16 décembre dernier, le conseil devait adopter le budget de la ville, d’un montant de 300 millions de dollars. Tout ce que les membres du conseil avaient en main consistait en un résumé, ne comportant aucun des indispensables détails. Mais ce qui est beaucoup plus grave réside dans le fait qu’ils n’ont reçu ces données incomplètes qu’au moment même où le budget devait être adopté. En principe, de telles informations auraient dû être disponibles deux semaines avant son adoption, de manière à permettre aux conseillers et conseillères de prendre une décision éclairée. Mais le maire juge cette procédure inutile. Fort de sa majorité, son budget a été adopté sans difficulté. Ayant dénoncé la manoeuvre, les conseillères de l’opposition ont été grossièrement rabrouées par le maire. Il a d’ailleurs affirmé au cours de la même assemblée que tout le travail effectué par l’opposition avait été totalement inutile. Il se comporte de la même manière avec les citoyens et citoyennes qui posent des questions embêtantes ou critiquent ses manières. Sa conception des rapports entre l’autorité et le peuple est limpide : « Le Christ, qui est notre chef là, qui est celui qui a créé la religion catholique, l’avez-vous déjà vu critiquer les autorités civiles ? Jamais. »

Contrarié par une opposition qui révèle au public les failles de son administration et qui diffuse un peu de lumière dans notre petite noirceur municipale, Jean Tremblay a décidé de lui couper les vivres. « Non, pas une cenne pour l’opposition. J’aurais eu le droit de leur en donner, mais ça ne me le dit pas. » (Entrevue accordée à Paul Arcand, 17 décembre 2014) La Loi sur les cités et villes permet à l’opposition d’obtenir l’équivalent de la moitié des ressources consacrées au cabinet du maire. Les élues de l’ERD ont donc profité des dispositions de la loi pour embaucher trois personnes qui les ont épaulées efficacement au cours de la dernière année. Pour priver l’ERD de ces précieuses ressources, le maire a procédé à la dissolution de son propre cabinet. Dépourvue de locaux et d’agents de recherche, l’opposition se retrouve ainsi considérablement affaiblie, alors que le maire peut encore compter sur l’appareil municipal. Les membres de son cabinet ont d’ailleurs réussi à intégrer la fonction publique de Saguenay (qui en ressortira plus politisée que jamais), en évitant les concours normalement imposés aux personnes qui posent leur candidature.

Opposants isolés

Plus de 36 % des votants ont appuyé le candidat de l’ERD à la mairie en novembre 2013. Du côté des conseillers, les appuis à ce parti représentent 25 % des suffrages exprimés. En comptant les votes obtenus par d’autres conseillers et candidats opposés au maire, le taux réel est plus élevé. Beaucoup plus que « les quatre ou cinq, toujours les mêmes », maladroitement évoqués à l’émission de fin d’année d’Infoman. Suffisamment, à tout le moins, pour démontrer que Jean Tremblay et son équipe ne font pas l’unanimité, encore moins avec tout ce qui s’est passé au cours des derniers mois. Mais cette forte minorité d’opposants se sent terriblement isolée. Elle aimerait bien que l’État et ses institutions répondent à ses appels et s’intéressent à ce qui se passe réellement au royaume de celui qui joue à la fois le rôle de roitelet et de bouffon.

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23 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 29 janvier 2015 04 h 28

    Un curé qui s'ignore...

    Monsieur Tremblay a bien le droit d'avoir les convictions religieuses qu'il professe. Cependant, il outrepasse ses prérogatives de maire lorsqu'il les impose à toute la collectivité du Saguenay.
    La liberté de conscience, une liberté fondamentale, est bel et bien battue en brèche et devrait se voir accorder la même importance que n'importe quelle autre liberté.

  • Rémi Cloutier - Inscrit 29 janvier 2015 06 h 25

    Le maire Jean Tremblay ,la risée du Québec.

    Enfin un article bien documenté sur l'innéfable maire de Saguenay .Il est devenu la risée.du Québec. Depuis un certain temps il a engagé un expert en communication ,qui,"est du bon bord.Ce dernier défends même la position religieuse de son patron.

    • dietrik reinhardt - Inscrit 29 janvier 2015 14 h 46

      Moi je dirai que la population du saguenay, qui le reporte au pouvoir, est la risée du Québec. Les saguenéens cautionnent la dictature Tremblay. On dira ce qu'on veut sur l'homme la démocratie parle et l'électorat choisit...

  • Gaston Bourdages - Abonné 29 janvier 2015 06 h 48

    Combien interpellant le titre de votre...

    ...«papier» monsieur Roche ! Vous accepteriez ce jeu de mots ?
    «Le maire et les anguilles sous roche....s» Est-ce bien monsieur Henry Kissinger qui a dit que «le pouvoir était le plus grand aphrodisiaque» ? Est-ce bien aussi feu monsieur Lévesque, René, qui a dit que «le pouvoir corrompt»? Je cite ce dernier tout en étant en désaccord avec son propos. Je crois plutôt que c'est l'Homme qui corrompt le pouvoir. Le pouvoir, en soi, pris isolément, est propre tout comme l'est l'argent. Ce que l'Homme peut en faire ou en fait...c'est une autre «paire de manches». «Pis» la «démocrature», ça se nourrit de quoi? Ça puise où ses forces, ses énergies, ses intentions, ses actions et encore ? Puissiez-vous remarquer que je suis un simple citoyen ayant déposé à La Commission Charbonneau un ouvrage posant, entre autres, deux questions: «POURQUOI la corruption?» «POURQUOI la collusion?» À vous lire, je me demande s'il existe plusieurs types de corruption? À qui une ou des avenues de réponse(s)?
    Mercis monsieur Roche. J'ai appris à vous lire.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    «Pousseux de crayon sur la page blanche»
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.

    • André Le Belge - Inscrit 29 janvier 2015 17 h 42

      La tartufferie n'empêche pas la malveillance.

  • Jacques Morissette - Inscrit 29 janvier 2015 08 h 52

    Côté argument, il dit n'importe quoi et son contraire.

    Je cite: « Le Christ, qui est notre chef là, qui est celui qui a créé la religion catholique, l’avez-vous déjà vu critiquer les autorités civiles ? Jamais.»

    Dans la Bible:
    - Jésus devant les autorités romaines (Jean 18.28-19.16)
    - Dans la Bible, c'est écrit que: «Tous son égaux devant Dieu».
    - Etc.

    Je lui conseille fortement de lire la Bible qui parle de la Colère. Il devrait mieux la gérer ensuite.

    Côté démocratique, ce maire est probablement l'enfant de ceux qui, sur le plan politique, se contentent, sans plus, d'aller voter le jour de sélections.

    • Jacques Cameron - Inscrit 30 janvier 2015 06 h 20

      ...l'avez-vous déjà vu critiquer les autorités civiles?...Si on ne peut critiquer les autorités c'est donc qu'il faut reconnaïtre que les autorités de l'époque avaient raison de crucifier le Christ! On n'a pas chercher dans la Bible pour le contredire, cette déclaration est en soi loufoque et témoigne que même un imbécile peut dominer lorsque qu'il est doté d'un front de boeuf.

  • Gilbert Talbot - Abonné 29 janvier 2015 09 h 03

    La démocratie municipale un enjeu majeur à Saguenay

    L'intimidation et les poursuites devant les tribunaux sont les armes préférées de Jean Tremblay pour asseoir son pouvoir. Je n'ai pas assez de place ici pour rendre compte de ses multiples procès; rappelons seulement, pour appuyer le texte de M.Roche, que la prière du maire est en délibéré à la Cour Suprême, qui devrait rendre son verdict ce printemps-ci. Et évidement l'ERD poursuit le maire pour coupure de fonds à l'opposition municipale. L'ERD est un parti naissant et n'a pas les fonds nécessaires pour faire de grands procès, alors que le maire s'appuie sur le service des avocats de la Ville. Une pétition circule présentement sur AVAAZ, pour demander justement que la démocratie revienne à Saguenay. Cette pétition a été mise de l'avant par un comité de citoyen de Saguenay. Je me demande toutefois, compte tenu de toutes les exactions de ce maire, pourquoi le ministère des Affaires municipales n'y jette pas un coup d'oeil. L'existence d'une opposition n'est-elle pas un garant de la démocratie municipale, et son baillonnement une offense à cette même démocratie ?

    • Robert Beauchamp - Abonné 29 janvier 2015 11 h 01

      C'est ce que madame Mailloux a fait, Monsieur.

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 29 janvier 2015 11 h 45

      C'est que, pour encore une fois aller dans le sens opposé de celui de la majorité, il faut écouter l'assemblée municipale à Saguenay, chose que je suis un rare oiseau sur Terre a faire, pour se rendre compte que le maire n'est pas tant dictatorial qu'il est exaspéré. L'opposition et les critiques du public, en gros général, ça se résume vraiment à n'importe quoi. Ça ne vole vraiment pas très haut. Meme si ses histoires de copinage avec Jésus Christ sa branche de sapin ne laisse pas entrevoir non plus la plus limpide lucidité, il a tout bonnement l'air de penser que les attaques venant de ses antagonistes ne méritent pas réellement qu'on échaffaude une réponse digne de ce nom car elles sont tout simplement trop sottes. Il n'a pas droit démocratiquement de décider que les blablas de l'opposition et de ces citoyens ennemis sont des âneries auxquelles aucune oreille préoccupée ne s'attarde, mais on dirait, comme nous sommes perdus en région loin des modes, qu'il s'allègue quelques privautés que les intellectuels n'ont pas droit en ville comme de bafouer au nom du "gros bon sens" tous les griefs de ceux qui ne sont pas de son équipe. Les gens de la région tolèrent car mis à part eux-mêmes, je ne connais personne ici qui opine que l'opposition a raison. Je crois que notre bon maire est surtout un bouffon blasé et que si les citoyens ayant des plaintes et des questions les formulaient le moindrement intelligemment, il prendrait la peine de leur rendre une réponse tout aussi intelligente. Le Saguenay est un royaume ou la démocratie est limitée, mais les seuls que j'ai entendu rire de notre maire venaient des grands centres, ici, mis a part quelques rares intellectuels tres éduqué comme Monsieur Roche et le bye-bye la la, le peuple a tout a fait l'air de s'accommoder de leur maire qui a, je dois le souligner, fait de mon tout petit bled perdu un grand port internationnal. Le maire est peut-être trop régional, mais qui sait si ce n'est pas ce que la région a besoin.

    • Catherine Lord - Inscrite 29 janvier 2015 16 h 01

      Catherine Bouchard Répondre en coupant les vivres de l'opposition, ce n'est pas ce que j'appellerais seulement avec exaspération. Quand bien même cette opposition aurait tort, le maire n'a certainement pas l'exclusivité de la vérité, même si c'est ce qu'il réussit à vous faite croire. D'autant plus qu'il a laissé sa propre opinion passer pour un rapport du conseil tout entier. Pour ce qui est du port dont vous parlez, c'est payant être du même bord que les élus provincial et fédéral.

      M. Talbot, j'aurais aimé que vous mettiez le lien de cette pétition, que je vais m'empresser de signer, sitôt que je l'aurai trouvée!

    • Christian Montmarquette - Abonné 29 janvier 2015 18 h 33

      « C'est ce que madame Mailloux a fait, Monsieur.» - Robert Beauchamp

      Maleureusement, Louise Mailloux, une peronne pour laquelle j'avais un certain respect, s'est elle-même beaucoup disqualifiée en propageant ses préjugés à l'effet desquels Amir Khadir appuerait soi-disant une culture anti-féministe par sa seule présence dans une réunion de l'Association Bridge.

      Ce n'est pas parce qu'on assiste à un batême qu'on est catholique. Pas plus que c'est parce qu'il existe une photo de Pauline Marois serrant la main de Jean Charet sur le Web, que Pauline Marois est membre du Parti libéral.


      - Cm

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 29 janvier 2015 22 h 16

      Mlle Lord, je tiens à vous rassurer, je ne prends pas toutes les élucubrations du maire pour la science infuse. Je trouve cela totalement inadmissible en démocratie s'il n'y a aucune opposition. Tout ce que je tenais à mentionner aux beaux esprits qui ont ici commenté, c'est que pour perdre mon temps absorbée par les conseils municipaux et la période de question à la télévision, je me dois de confesser que j'ai du mal à contenir mon rire après les fameuses litanies de cette opposition sans le sous et celles des citoyens se sentant lésés.

      On croirait vraiment à une mauvaise blague ou une caricature un peu exagérée des béotiens qui peuplent les régions. J'irais jusqu'a dire que l'opposition fait des prouesses pour être le moins cohérente que possible.

      Il a beau être un authentique " colon" notre maire, il sait reconnaître certaines affirmations qui se veulent être objectivement une perte de temps.

      Je sais que la Démocratie est notre plus grande fierté, mais à Chicoutimi, une coutume à priorité sur le modèle des grandes villes: dans notre région, il faut que la critique soit intelligible pour pouvoir être prise au sérieux. Et cette mesure spéciale est peut-être de mise pour une municipalité aussi " spéciale", ou OUI, les mêmes cinq ou six têtes de mules viennent marteler la même élégie à chaque jour, la bouche pleine devant les kodaks.

      Et pour ce qui est du splendide port de ville la Baie, si c'est le lot des municipalités étant rangées du bord des partis provinciaux et fédéraux de voir sa ville usée complètement revampée par ce nouveau secteur d'activité, je ne peux que bénir le petit Jésus, ma branche de sapin, d'avoir murmuré à l'oreille de Jean de voter pour les libéraux, car pour le village, c'est comme si on avait importé une véritable Fontaine de Jouvence assortie d'une grande fenêtre sur le Monde dans un ghetto ou ne s'aventurerait aucune nouvelle bette jamais si les immenses paquebots ne nous les charriait pas via le fjord.

    • Gilbert Talbot - Abonné 29 janvier 2015 23 h 26

      Pour répondre à madame Catherine Lord, voici l'adresse internet où vous trouverez la pétition pour le etour de la démocratie à Saguenay, qui sera déposée lors du prochain conseil mnicipal : https://secure.avaaz.org/fr/petition/Les_citoyennes_et_citoyens_de_Saguenay_Reaction_collective_forte_pour_exiger_le_respect_des_regles_democratiques//?launch