Pour un journalisme scientifique solide

«Les amis de la science» (Friends of Science) affichaient en novembre 2014 des publicités qui remettent en question le réchauffement de la planète causé par l’activité humaine.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Les amis de la science» (Friends of Science) affichaient en novembre 2014 des publicités qui remettent en question le réchauffement de la planète causé par l’activité humaine.

En novembre, l’apparition au Québec d’un panneau publicitaire climato-sceptique a entraîné une contre-attaque de l’Association des communicateurs scientifiques, décidée à ne pas laisser ce genre de mensonge prendre racine ici. L’association a produit, à ses frais, des panneaux destinés à rétablir les faits. Cette réaction rappelle combien il est important d’avoir, sur la place publique, une information scientifique solide. Mais elle rappelle aussi combien la bataille est inégale.

Le journalisme scientifique, en particulier, n’a jamais été aussi fragile au Québec. Après avoir connu une période de croissance des années 1960 jusqu’aux années 1980, on assiste à un lent recul : les magazines spécialisés ont fermé les uns après les autres (Forêt Conservation, Franc Vert, Astronomie Québec, L’Enjeu, etc.) ; Québec Science a réduit sa périodicité ; les pages Science ont disparu des quotidiens. Et le mois dernier, l’Agence Science-Presse a failli disparaître, dans la foulée des compressions en vulgarisation scientifique un moment annoncées par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations.

Indépendance indispensable

Ce recul est en partie lié à la crise des médias en général : ceux-ci réduisent leurs budgets, et le journalisme scientifique n’est pas leur priorité. Ce recul est également lié à la croissance des relations publiques en science : les efforts qui, jadis, auraient été consacrés à renforcer le journalisme scientifique sont désormais dirigés vers des initiatives servant à faire la promotion de l’image des compagnies ou des institutions, comme les universités.

Or, on ne saurait trop insister sur l’importance de préserver un réseau de journalistes qui soit indépendant des institutions, des compagnies et des groupes d’intérêt. De plus, un journalisme scientifique solide, et en français, est primordial, à l’heure où le citoyen peut trouver sur Internet le pire comme le meilleur.

En dehors de Radio-Canada, trois acteurs subsistent au Québec : Québec Science, l’Agence Science-Presse et — pour les jeunes — les publications BLD, qui éditent Les Débrouillards, Les Explorateurs et Curium. Tous sont fragiles, à des degrés divers, et si un de ces trois acteurs disparaît, les deux autres s’en ressentiront.

Mais surtout, c’est la qualité de l’information spécifique au Québec qui souffrirait de la disparition d’un ou l’autre de ces acteurs parce que :

son lectorat s’éparpillera en bonne partie vers les médias ou des sites français ou américains, appauvrissant l’information produite au Québec et en français ;

les grands médias (quotidiens, radio et télévision) s’appuient souvent sur le travail des magazines et de l’agence pour traiter des questions scientifiques ;

la disparition d’un des trois diminuera donc le rayonnement de la science québécoise dans la francophonie ;

cela fera un débouché de moins pour la relève en journalisme scientifique, contribuant à décourager les jeunes professionnels de s’investir dans ce secteur.

Si l’on veut soutenir le journalisme scientifique, il faut accepter d’y investir. Le Québec a la chance unique de posséder depuis plus de trente ans trois véritables institutions d’information et d’éducation scientifiques fort populaires : un magazine grand public, une agence de presse et trois magazines jeunesse. Piliers de la culture scientifique québécoise, ces médias doivent être considérés par le gouvernement québécois comme des éléments-clés de toute politique de recherche et d’éducation scientifique et, à ce titre, ils doivent continuer à être aidés par l’État, par des mécènes et par tous ceux qui ont à coeur le rayonnement de l’information scientifique et le développement social et économique de notre société.


*Ont signé ce texte:

Josée Nadia Drouin et Pascal Lapointe, Agence Science-Presse
Pierre Sormany et Raymond Lemieux, Québec Science
Félix Maltais et Isabelle Vaillancourt, Publications BLD


 
20 commentaires
  • Daniel Lemieux - Inscrit 19 janvier 2015 05 h 15

    Erreur de bas de vignette ?

    Les panneaux de Friends of Science ne désignaient-ils pas plutôt le soleil comme cause du réchauffement climatique, en lieu et place des émissions de CO2?

  • Denis Marseille - Inscrit 19 janvier 2015 06 h 30

    A l'heure de l'austérité, faudra faire des choix

    A l'heure de l'austérité, faudra faire des choix. Voulons-nous investir dans la culture scientifique ou dans les écoles religieuses?

    Moi, je suggère qu'un impôt minimum soit prélevés sur chaque lieu de culte religieux ou du même acabit (raëliens, scientologie, etc...) et que ce fond servent à financer en partie la diffusion de la culture scientifique.

    De plus, les télés d'état devraient avoir l'obligation d'avoir au moins le trois-quarts de leur programation qui traitent de sujet liés à la culture générale dite sérieuse. Dehors les quiz aliénants, les talk show insipides et les téléromans. Il y a d'autres canaux qui n'offrent que ça. Tant qu'à payer pour, peut-on demander d'en avoir au moins un qui ne soit pas comme les autres.

    Mais le pouvoir aime ça un peuple niais. C'est plus facile à diriger.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 20 janvier 2015 08 h 22

      Sans vouloir pousser trop fort, il y a des canaux qui se spécialisent dans la propagation de la science, la langue anglaise est utile en ce sens. Le désavantage... «Découverte» devient 3 ans en retard et ne couvre pas tout.

      Les quiz aliénants, les talk-shows insipides et les téléromans; vous avez toujours le choix final de ne pas les regarder. Peut-être que quand les cotes d'écoute diminueront, ils reverront leur programmation. À la base, c'est toujours le client qui a raison.

      PL

    • Denis Marseille - Inscrit 20 janvier 2015 17 h 11

      @Pierre Lefebvre

      Vous avez eu raison de pousser un petit peu. Mais je considère quand même que le principal mandat d'une télé d'état est de procurer une information de qualité et de donner accès au plus grand nombre à une culture que la plupart n'ont pas les moyens de se payer.

      C'est mon père qui m'a donné le goût de la culture. Il était plombier et nous habitions un quartier ouvrier populaire. C'est par l'entremise des beaux dimanches qu'il m'a légué le plus bel héritage qu'il pouvait me donner.

      Lorsque je lui demandais ce que voulait dire le monsieur ou la madame à la TV, il me répondait toujours qu'il ne le savait pas mais qu'il comptait sur moi pour lui expliquer un jour.

      Aujourd'hui avec internet, c'est plus facile... mais c'est pas certain que c'est la qualité qui prime.

  • Robert Breton - Inscrit 19 janvier 2015 08 h 21

    Science au Qc? qui ça?

    Je suis le vieux prof de science, cégep puis secondaire, depuis 33 ans.
    Je fais ma propre vulgarisation scientifique depuis 33 ans, puisqu'au Québec, il n'y a pas vraiment de culture à ce niveau (oui il y a eu Fernand Séguin et quelques autres, parents pauvres de la télévision).
    Lorsqu'on cherche en classe des informations scientifiques, on va surtout sur les sites d'Europe francophone et même en anglais.
    J'ai même mon propre site web qui fait de son mieux pour vulgariser (plogue: lascienceetfictionderobert.com)!
    Explora est écouté par très peu de mes élèves (2%?), maisles postes qui passent Chasse aux fantômes et autres conneries de ce genre eux, sont très écoutés!
    La science au Québec?

    • Michel Vallée - Inscrit 19 janvier 2015 21 h 38

      @Robert Breton

      Avis aux crédules : «Chasse aux fantômes» et consort sont présentés comme des émissions à caractère scientifique...

  • Guillaume Poulin - Inscrit 19 janvier 2015 10 h 27

    Aucune pitié

    Bienvenue à l'ère d'internet! Vous n'avez pas été capable de vous adaptez pour survivre, apprenez de vos erreurs! C'est la sélection naturelle qui fait son oeuvre.

    Si le gouvernement devait se plier aux plaintes de tous ceux qui essayent de faire pitié afin d'obtenir des subventions, on financerait encore les usines de dactylos...

  • Gilles Brassard - Abonné 19 janvier 2015 10 h 46

    Le Code Chastenay oublié

    Merci pour cette prise de position, que j'appuie à 100%. Mais un oubli s'est glissé dans cette phrase: "En dehors de Radio-Canada, trois acteurs subsistent au Québec..." Vous oubliez Télé-Québec, qui diffuse le magazine scientifique "Le Code Chastenay", tout aussi fragile après 7 ans d'existence. Oups!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 20 janvier 2015 00 h 00

      Le Code Chastenay est en tout premier lieu un presque freak-show télévisuel avec ses trois tonnes d'effets qui apporttent srtictement au contenu.

      Alors moi qui est amateur de contenu scientifique depuis toujours je n'ai jamais pu les toffer plus de 5 minutes...

      Ce n'est pas une bonne idée de faire produire une émission de vulgarisation scientifique par une équipe qui veut faire dans le show-bizz.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 20 janvier 2015 09 h 03

      ''qui apportent strictement RIEN au contenu''