Convertis à l’absurde de la violence

Manifestation de musulmans pour dénoncer les attaques terroristes devant une mosquée du Mans
Photo: Jean-François Monier Agence France-Presse Manifestation de musulmans pour dénoncer les attaques terroristes devant une mosquée du Mans

Le mercredi 7 janvier 2015, les postes de télévision crépitent avec la même nouvelle, la même horreur. L’attaque à l’arme automatique et la mort de douze personnes au journal Charlie Hebdo. Les tueurs ont assassiné froidement des hommes qui n’ont que des idées et des crayons comme arsenal.

La folie des hommes a frappé encore une fois et cette fois pour casser et froisser les traits au fusain de la caricature. Le massacre de Charlie Hebdo ne sert ni les dieux ni les humains, mais uniquement ceux qui ont comme dessein de briser les harmonies de la cohabitation entre les différences et, ainsi, saboter le vivre ensemble.

L’objectif est machiavélique et il tend à forcer les citoyens à rentrer dans des enclos confessionnels échafaudés comme ghettos comme on parquait les lépreux dans des cavernes. Les terroristes radicaux ne souhaitent que la guerre entre confessions pour qu’ils puissent rire dans leurs barbes. C’est le seul trait d’humour qui les rassemble dans un burlesque des plus macabres.

Ils ne souhaitent que de nous ramener et de nous tasser dans un monde tribal où ils décideraient de la vie et de la mort en fonction des critères qu’ils voudraient promulguer. Grouper, couper les ponts avec l’autre, semer la discorde et classifier les gens en fonction du degré de radicalisation et de dangerosité qui leur sied.

Ils ont tué des hommes et, par ricochet, ils ont renforcé le pouvoir d’attraction des idées ciblées et de la liberté dont la liberté d’expression. On ne gomme pas les idées en effaçant les hommes.

Dénoncer la terreur

Au nom des gens qui ont la même vision que moi, nous condamnons énergiquement. Nous dénonçons la terreur et le crime odieux. Nous refusons tout court, net et c’est déjà d’une clarté limpide. Nous ne pouvons nous dissocier de ce à quoi nous n’avons jamais été associés ni par le geste, ni par le verbe, ni par l’intention. Se dissocier suppose être associé a priori. On se dissocie quand on a été partie prenante, protagoniste ou sympathisant. Personne ne devrait nous faire sentir coupables par association.

Chacun doit répondre de ses actes, que ce soient les assassins, que ce soient leurs commanditaires.

Nous déplorons la perte des vies humaines et nous nous sentons concernés comme humains, comme citoyens et comme membres de la profession des penseurs libres, des artistes et des auteurs, des journalistes et des caricaturistes. Nous compatissons avec les familles, des victimes, leurs collègues, leurs proches. Nous offrons nos sympathies aux défenseurs des libertés, aux baroudeurs de la protection des droits et aux humanistes qui dénoncent toutes les violences d’où qu’elles proviennent.

Nous profitons de ce moment de deuil pour lancer un appel à nos amis occidentaux, dont nos concitoyens québécois : faisons attention de ne pas sombrer dans les amalgames et de ne pas extrapoler les gestes odieux sur toutes les personnes qui ont comme confession la religion de l’islam. Des fois, ces actes barbares, quand ils surviennent, facilitent le déploiement des index et des accusations qui culpabilisent et stigmatisent par association. 


La barbarie ne justifie pas les discours haineux et l’ostracisme des communautés déjà fragilisées par tant de terreurs, de rejets et par le rôle de bouc émissaire à toutes les turpitudes.

47 commentaires
  • Michel Vallée - Inscrit 12 janvier 2015 05 h 17

    Macédoine



    «Canado-marocains»

    À mon avis, on est Canadien ou Marocain, et non pas les deux de concert.

    • François Ricard - Inscrit 12 janvier 2015 09 h 16

      Dans un pays multiculturel, nous pouvons être des canado-marocains, des canado-sénégalais, des canado- serbes, des canado de tout acabit.
      Mçeme canado-anglais.

    • Michel Vallée - Inscrit 12 janvier 2015 10 h 27

      @Denis Marseille

      «Votre avis n'a pas force de loi...»

      L’expression à mon avis n’introduit pas un avis, mais une opinion, et mon opinion concernait non pas la double nationalité mais plutôt l’appartenance sociale et culturelle.

    • Michel Vallée - Inscrit 12 janvier 2015 10 h 28

      @Denis Marseille

      «Votre avis n'a pas force de loi...»

      L’expression à mon avis n’introduit pas un avis, mais une opinion, et mon opinion concernait non pas la double nationalité mais plutôt l’appartenance sociale et culturelle.

    • Michel Vallée - Inscrit 12 janvier 2015 10 h 28

      @Denis Marseille

      «Votre avis n'a pas force de loi...»

      L’expression à mon avis n’introduit pas un avis, mais une opinion, et mon opinion concernait non pas la double nationalité mais plutôt l’appartenance sociale et culturelle.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 12 janvier 2015 14 h 33

      Messieurs Vallée et Ricard, voilà le genre de raisonnement auquel vous vous livrez le lendemain de ces belles manifestations de solidarité et d'unité. Et pour votre information, M. Ricard, la double nationalité existe aussi dans nombre de pays qui ne se réclament pas du multiculturalisme.

      Continuez, les extrémistes de toutes parts applaudissent votre étalage de patriotisme mesquin pétri de chauvinisme.

    • Michel Vallée - Inscrit 12 janvier 2015 23 h 22

      @Jean-Christophe Leblond -

      « […] Les extrémistes de toutes parts applaudissent votre étalage de patriotisme mesquin pétri de chauvinisme.»


      C’est plutôt ceux qui revendiquent la double appartenance nationale, qui font preuve de chauvinisme… et même deux fois, plutôt qu’une !

  • michel lebel - Inscrit 12 janvier 2015 05 h 56

    Le poids des mots


    Question qu'il faut se poser: le poids des mots. Ceux-ci, incluant les caricatures, ne sont-ils pas aussi des "armes"? Voilà une grave question. Les mots sont rarement neutres ou innocents. Autant la liberté d'expression est sacrée, fondamentale, dans une société démocratique, autant les mots ont un poids.
    On en vient alors à réfléchir à la responsabilté de celui ou celle qui exerce cette liberté. Voilà bien une grave question éthique! Si on dit non à la censure, on ne peut aussi publier ou dire n'importe quoi, au nom du vouloir vivre ensemble. Est-ce le seul droit qui doit tracer les limites de l'expression? Je ne le crois pas. Ce qui renvoie alors à la responsabilté de chacun.


    Michel Lebel

    • Gaston Carmichael - Inscrit 12 janvier 2015 09 h 17

      Le crime de Charlie Hebdo fut de dessiner Mahomet en caricature. Or, le Coran interdit de représenter Mahomet sous quelque forme que ce soit.

      Je comprend parfaitement que tout bon musulman devrait respecter cet interdit.

      Toutefois, est-il raisonnable que les diktats d'une religion s'appliquent à la planète entière, croyants et non-croyants?

    • Gaston Carmichael - Inscrit 12 janvier 2015 09 h 30

      Il semble que Le Devoir ait fort bien compris votre message.

      Dans sa chronique de ce matin, Stéphane Baillargeon nous apprend qu'il s'est fait "tassé" pour avoir osé écrire une chronique un peu trop irrévérencieuse envers la religion catholique. Je le cite:

      "En tout cas, l’ancien directeur de l’info qui m’a interdit d’écrire sur la religion à la fin de l’été 2002 devait bien le penser. C’était après une couverture jugée trop irrévérencieuse des Journées mondiales de la jeunesse, à Toronto. Pourtant, franchement, il n’y avait pas de quoi fouetter un mécréant comme en Arabie saoudite."

    • Michel Vallée - Inscrit 12 janvier 2015 09 h 52

      @michel lebel

      « […] Les mots ont un poids. On en vient alors à réfléchir à la responsabilité de celui ou celle qui exerce cette liberté […] »


      Les mots ne pèsent pas lourd, sans lecteurs et sans allocutaires : les mots ont une portée en raison des auditeurs et des lecteurs ; la responsabilité de la liberté de parole incombe donc à ces derniers.

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 janvier 2015 10 h 12

      Ce sont ceux qui ont les armes qui sont responsables, pas ceux qui n'ont que leur parole. Et dites-le clairement: selon vous, a-t-on le droit de ridiculiser les religions? Les religions auraient-elles un statut à part des autres systèmes de pensée?

    • François Ricard - Inscrit 12 janvier 2015 10 h 49

      M. Carmichael,
      Nulle part le Coran défend-il de reproduire Mahomet de quelque façon que ce soit.
      Cette interdiction, d'ailleurs, n'est apparue qu'au 18e siècle avec le wahabisme.
      Dans des mosquées chiites d,Iran, il est possible de voir de semblables représentations.

    • michel lebel - Inscrit 12 janvier 2015 11 h 29

      @ Sylvain Auclair,

      En Occident, on a certes le droit de ridiculiser, entre autres, les religions. Cela fait partie de la liberté d'expression. Le droit est une chose, mais il n'est pas tout. Le jugement, le bon goût ont toujours leur place. À chaque média de juger s'il publie ou non un texte, selon les normes qu'il décide. C'est ainsi que Le Devoir, notamment, refuse des commentaires ou des articles. C'est son droit le plus strict.

      M.L.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 janvier 2015 19 h 56

      Et le Charlie Hebdo est une publication de mauvais goût, je l'admet et c'est aussi son droit le plus strict. Le jugement et le bon goût n'a pas sa place dans Charlie Hebdo, ce n'est pas son rôle. Et ce n'est sûrement pas une raison pour rentrer dans le tas les canons fumants. Y a des cons qui n'ont vraiment pas le sens de l'humour.

      PL

    • Michel Vallée - Inscrit 12 janvier 2015 23 h 52

      @michel lebel

      « [...] Le bon goût (a) toujours (sa) place [...] »

      C’est-là une opinion qui est susceptible d’être contredite par ceux qui la juge moins digne d’estime : le bon goût relève d'un jugement de valeur empreint d’un relativisme social, dont la morale est parfois surannée.

  • François Ricard - Inscrit 12 janvier 2015 06 h 16

    Tous sont partie prenante

    Tant et aussi longtemps que l'islam n'enseignera pas à ses adhérents que la loi d'Allah, en ce bas monde, passe après la loi étatique, des illuminés se poindront qui voudront étendre la "Ouma" spirituelle et temporelle à toute la terre.
    Dès le bas âge, de jeunes enfants de trois, quatre, cinq ans sont endoctrinés à croire que, spirituellement et politiquement, la loi d'Allah est supérieure à toutes les lois étatiques édictées par les différents pays.
    Comme le christianisme, le judaisme, l'islam doit se réformer en profondeur pour faire place à la laicité et la démocratie.
    Si on n'inmsite pas sur pareille réforme, on est alors partie prenante.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 12 janvier 2015 14 h 39

      C'est qui, cet islam, à qui vous dictez de devoir enseigner telle ou telle chose? Dans votre imagination c'est un genre de pape qui vit à la Mecque?

      Pas sûr de comprendre.

      Vous dites, «Tant et aussi longtemps que l'islam n'enseignera pas à ses adhérents que la loi d'Allah, en ce bas monde, passe après la loi étatique [...]». Autrement dit, vous semblez croire que les Musulmans sont tous des criminels potentiels, puisqu'ils n'auraient pas compris qu'ils doivent respecter la loi.

      Est-ce que révèlent les statistiques?

    • Michel Vallée - Inscrit 13 janvier 2015 10 h 25

      @jean-christophe leblond

      «C’est qui, cet islam, à qui vous dictez de devoir enseigner telle ou telle chose? Dans votre imagination c'est un genre de pape qui vit à la Mecque?»

      Il m’apparaît pour le moins paradoxal que l’on concilie le progressisme avec la défense de préceptes religieux

  • Josée Duplessis - Abonnée 12 janvier 2015 06 h 52

    D'accord

    Je suis entièrement d'accord avec vos écrits.
    J'espère qu'ils seront entendus de tous.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 janvier 2015 07 h 29

    Entendu

    Merci de ce message. Nous vous avons entendu. Nous le savons. Maintenant, faites le savoir aux terroristes radicaux.

    PL

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 12 janvier 2015 14 h 41

      Vous pourriez aussi essayer de le faire comprendre à plusieurs des commentateurs du Devoir qui, eux, ne semblent pas avoir compris.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 janvier 2015 20 h 11

      Je ne suis responsable que de mon opinion, M. Leblond.

      PL