Malades ou terroristes?


Notre société s’élèverait davantage à réellement tenter de comprendre ce qui pousse un individu à commettre des gestes de la sorte plutôt que d’invoquer une « maladie » subjective.
Photo: Patrick Baz Agence France-Presse Notre société s’élèverait davantage à réellement tenter de comprendre ce qui pousse un individu à commettre des gestes de la sorte plutôt que d’invoquer une « maladie » subjective.

Dans la foulée des récents événements terroristes qui ont touché le monde occidental, de nombreuses analyses ont été réalisées à propos des individus qui les ont perpétrés. De ces analyses, un bon nombre auront été étayées par des journalistes et experts psychologues et psychiatres qui, à tour de rôle, auront défilé en laissant l’impression de faire une différence très nette entre une action violente posée par un dérangé, un malade et une autre, terroriste cette fois, perpétrée par un « soldat » d’une cause.

Dans chacune de ces analyses, ces experts prétendent démontrer ce que la science moderne n’aura jusqu’à ce jour été incapable de faire, c’est-à-dire de faire une distinction claire entre ce qui appartient au normal et au pathologique. En dépit du fait que la médecine et les conglomérats pharmaceutiques auront tenté à maintes reprises d’établir cette distinction en traçant un lien direct entre la biologie et les problèmes de santé mentale, il n’existe toujours aucune preuve scientifique pour confirmer cette hypothèse. En ce sens, les difficultés de santé mentale apparaissent plus tributaires des aspects culturels et politiques d’une société que résultant d’un désordre biologique qui reste à démontrer.

Les exemples pour appuyer cette hypothèse sont nombreux. On a seulement à penser aux dissidents soviétiques qui se voyaient incarcérés dans des asiles en conséquence de leurs croyances politiques et que l’on diagnostiquait comme schizophrènes torpides pour justifier leur retrait de la société. On peut également parler des esclaves noirs aux États-Unis qui tentaient de s’enfuir de leurs maîtres et qui recevaient le diagnostic de drapétomanie, la liberté n’étant à ce moment pas considérée comme un besoin naturel chez eux. Ou plus récemment de l’homosexualité qui était regardée comme une maladie mentale jusqu’à ce que le lobby gai fasse valoir ses droits.

Subjectivité

À travers ces influences culturelles et politiques, le rapport de la psychiatrie à la religion aura toujours été pour le moins conflictuel, et les analyses qui auront été faites des récents événements terroristes en représentent un exemple probant. De cette manière, on semble tracer une distinction nette entre un individu de la même origine culturelle et religieuse que celle du groupe et des intérêts qu’il représente (que l’on qualifie d’extrémiste ou de soldat) et un individu d’une appartenance religieuse et culturelle originalement différente du groupe auquel cette personne se joint (que l’on qualifie d’être instable, malade ou troublé).

Cette distinction purement arbitraire démontre toute la subjectivité du diagnostic psychiatrique et le jugement que son praticien porte sur les croyances, les valeurs et les idées défendues par un individu. Ces croyances, valeurs et idées, parce qu’elles sont différentes de la majorité, parce qu’elles sont violentes et haineuses (dans le cas présentement discuté) et ultimement inacceptables pour la majorité deviennent symptômes ou signes de maladie qui doivent être éradiqués afin de restaurer l’état mental de l’individu troublé. Qu’est-ce qui fait que l’un est moins ou plus « malade » que l’autre sur le plan purement scientifique ? La question demeure à notre avis bien ouverte.

Il nous apparaît extrêmement préoccupant que l’on exerce ce type d’analyse qui non seulement dicte ce en quoi les individus « sains d’esprit » sont en droit de croire, mais continue de perpétuer les innombrables stigmates dont souffrent les individus qui vivent de la détresse sur les plans psychologique, affectif et relationnel. Notre société s’élèverait davantage à réellement tenter de comprendre ce qui pousse un individu ou un groupe d’individus à commettre des gestes de la sorte plutôt que d’invoquer une « maladie » subjective qui prendrait le contrôle des actions posées par des assaillants. Thomas Szasz (1920-2012), psychiatre et philosophe, disait d’ailleurs : « Si vous parlez à Dieu, vous êtes croyant. Si Dieu vous parle, vous êtes malade. »

22 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 12 janvier 2015 01 h 36

    Pas des malades.

    Ce sont plutot des mercenaires(terroristes)qui ont ete fabrique avec une intention politique et religieuse.A ce sujet il est interessant d'ecouter l'entrevue de Boris Cyrulnik,neuropsychiatre, a TV7:
    http://www.tv7.com/point-de-vue-de-boris-cyrulnik-

    • Cyril Dionne - Abonné 12 janvier 2015 17 h 01

      Excellent commentaire Mme Derome.

      Non seulement si dieu vous parle, vous êtes malade, mais si vous parlez à un ami imaginaire, vous êtes aussi malade puisque vous essayez de compenser psychologiquement un manque d'affection évident.

      Et un psychologue ne fait pas un printemps. Les médecins étudient la science et les psychologues, une pseudo-science. Diagnostic quand tu nous tiens.

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 12 janvier 2015 03 h 25

    Il ne faudrait pas prendre des vessies pour des lanternes

    C'est pas parce que tout le monde occidental est de concert pour dire que ce sont des sapristis de "cinglés" qu'il faudrait venir mêler la maladie mentale la-dedans.

    Si on se place en contexte dans leur réalité aux antipodes de la notre, les djihadistes sont des jeunes hommes qui veulent faire ce qui est bien et servir leur pays, comme des g.i. Et sont même tout simplement des blanches brebis qui font précisément ce qu'il faut faire pour se faire accepter de leurs pairs. Il sont plutôt ordinaires. Comme la plus part d'entre nous.

    Un fou est complètement emporté dans son propre univers et délirant. Une chose est sûre, il est tout seul de son clan parce que sinon on ne dirait pas qu'il est " fou" . Les vrais malades mentaux ne sont pas vraiment subversifs car ils ne se ligueront jamais. Chacun est prisonnier de sa bulle.

    Et je suis vraiment blasée d'entendre ces gens sains toujours associer la violence à la maladie mentale car il y a très sporadiquement un schizophrène qui commet un meurtre à cause des voix qu'il entend. La je tiens à encore une fois causer pour la cause, je fais partie de ce petit pourcentage de la population stigmatisé par les préjugés car j'ai été internée plusieurs fois contre mon gré car je faisais de virulentes et longues psychoses délirantes et bien que je perdais toute politesse et bienséance, je n'ai jamais levé la main ou quoi que ce soit devant quiconque.

    La plupart de ceux qui sont vraiment dérangés se prennent pour l'incarnation du Christ ou se sentent épiés par le F.B.I. Ou bien sont obsédés par les nombres binaires ou trouver une solution à tous les maux du Monde mais une chose est sûre, il sont en très grande majorité tout à fait inoffensifs.

    C'est quoi cette histoire de maladie mentale encore, la pharmaceutique américaine veut débloquer le marché du moyen-orient, c'est ça?

  • Yvette Lapierre - Inscrite 12 janvier 2015 08 h 04

    La sagesse populaire

    aura bien compris en refusant les défenses basées sur les commodes "troubles mentaux" devant les tribunaux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 janvier 2015 15 h 15

      Eh bien, la sagesse populaire a tort. Comme souvent.

  • Diane Veilleux - Inscrite 12 janvier 2015 09 h 17

    Malades ou terroristes?

    Bel exemple démontrant que psychologie et psychiatrie sont des sciences molles, si tant est qu'elles sont des sciences.

    • Michel Vallée - Inscrit 12 janvier 2015 10 h 17

      @Diane Veilleux

      «(...) Psychologie et psychiatrie sont des sciences molles, si tant est qu'elles sont des sciences»

      Je serais curieux de vous entendre nous démontrer la justesse de votre opinion…

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 janvier 2015 15 h 12

      Au contraire, il faut plus de sociologie, de psychologie, de religiologie, de criminologie d'histoire pour prévenir d'autres attaques.

  • Benoît Landry - Inscrit 12 janvier 2015 09 h 25

    Et la normalité?

    Vous le dites bien à la fin de votre texte avec la citation de Szasz :« Si vous parlez à Dieu, vous êtes croyant. Si Dieu vous parle, vous êtes malade. » Et imaginez si en plus vous prétendez entendre le diable....

    À certaines époques ces conversations avec Dieu étaient plus qu'une normalité, on enviait et encensait ces privilégiés qui étaient en contact avec Dieu. Ces rencontres avec le divin se produisaient très souvent dans des périodes de crise, de détresse, de misère humaine. Le même genre de contexte qui est celui vécut par des milliers de musulmans dans le monde. N'est-ce pas alors un peu «normal» que Dieu devienne si important pour ces populations démunies et il faut se l'avouer souvent méprisées par des «occidentaux qui ne cherchent qu'à les soumettre à leurs intérêts». Dieu devient une béquille qui justifie d'endurer les malheurs afin «d'au moins gagner une belle vie éternelle». Et «l'amalgame des sauveurs au service de Dieu» devient une option valable pour ces personnes en détresse.

    La normalité est donc liée à nos perceptions et en contradiction selon nos vécus réciproques.

    Si on veut les aider, doit-on les juger ou faire en sorte que «leurs impressions» à notre égard changent ? Je penche surtout pour cette deuxième option. À nous de faire en sorte qu'ils n'aient plus l'impression, par exemple, de se faire exploiter pour nos intérêts en cessant de supporter des émirats pétroliers qui appliquent la charia sur leur territoire. Cela serait un bon début non ?

    Plusieurs « » dans mon texte, vous devinez sans doute pourquoi.

    • Pierre Grégoire - Inscrit 12 janvier 2015 19 h 31

      À Benoît Landry.
      Merci de votre lecture du phénomène d'excès religieux lié au peu d'espoir que nos sociétés leur offrent.