L’occasion de cultiver la dignité de la différence

«En ce premier Noël après le rejet de la charte des valeurs, nous devons nous rappeler la dignité de la différence et nous souvenir que la bonne volonté envers les autres est une valeur critique, éthique et religieuse», souligne le rabbin Chaim Steinmetz.
Photo: Michael Sohn Associated Press «En ce premier Noël après le rejet de la charte des valeurs, nous devons nous rappeler la dignité de la différence et nous souvenir que la bonne volonté envers les autres est une valeur critique, éthique et religieuse», souligne le rabbin Chaim Steinmetz.

Le Québec a beaucoup évolué depuis Noël dernier. Il y a un an, nous étions plongés dans cet horrible débat sur ladite « charte des valeurs », une proposition d’interdire les symboles religieux dans le secteur public qui a divisé la province. Les membres de minorités religieuses, dont je fais partie, se sont sentis visés par ce projet de loi.

L’année dernière, au début du mois de décembre, la Ville de Côte-Saint-Luc a protesté contre la charte en invitant un prêtre pour illuminer un arbre de Noël et un rabbin pour allumer une ménorah en face de l’hôtel de ville. J’étais présent lors du rassemblement et, en tant que rabbin orthodoxe, c’était la première fois que j’assistais à l’illumination d’un arbre de Noël.

Malgré nos différences religieuses, j’ai été profondément ému par l’illumination de l’arbre de Noël. Tandis que nous participions à un rassemblement pour protéger les droits religieux des sikhs, juifs et musulmans, un groupe de chrétiens illuminaient leur arbre de Noël pour manifester leur solidarité ! Au lieu d’être une source de discorde, la religion rassemblait les juifs et les chrétiens et démontrait que la croyance religieuse pouvait promouvoir l’unité et le dialogue.

Alors que la charte n’était pour beaucoup qu’un enjeu politique, d’autres l’ont soutenue parce qu’ils croyaient vraiment que la laïcité pouvait apporter la paix et la tranquillité à la société civile. Ils voient la religion comme une force menaçante dans le monde et la cause de guerres et de conflits. Ils ont donc entrepris de marginaliser la religion dans la charte afin de favoriser une plus grande unité.

Ce que j’ai pu observer lors de l’illumination de l’arbre de Noël et de l’allumage de la ménorah est précisément ce que ces idéalistes ont manqué. Ils partent du principe que l’unité est basée sur la similitude et que si nous pouvons faire en sorte que tout le monde partage les mêmes croyances et la même culture, nous obtiendrons une société pacifique. Mais c’est une grave erreur. L’unité est possible sans l’unanimité. En fait, notre unité est plus solide lorsque nous apprenons à embrasser la diversité.

Après l’attentat contre le World Trade Center, on a demandé à Jonathan Sacks, ancien grand rabbin d’Angleterre, d’expliquer comment la religion peut empêcher la violence. En réponse, il a écrit un ouvrage intitulé La dignité de la différence. Il soutient que le désir d’universaliser sa propre vision du monde est la principale cause de conflits politiques. Plus nous demandons que tout le monde agisse de la même façon et plus il y a de chances de se disputer sur nos différences.

Sacks appuie fortement l’idée que la diversité doit être respectée pour que les hommes puissent vivre en harmonie (il tire cette leçon du récit biblique de la tour de Babel). Il utilise également l’expression talmudique « les voies de la paix » pour servir de paradigme aux relations interconfessionnelles. Il nous rappelle que la paix est en elle-même une puissante valeur religieuse et que la capacité de forger des liens avec des gens qui ne partagent pas nos croyances est une responsabilité religieuse fondamentale.

C’est une importante leçon pour le Québec et pour tous les Canadiens. Ce premier Noël après le rejet de la charte, nous devons nous rappeler la dignité de la différence et nous souvenir que la bonne volonté envers les autres est une valeur critique, éthique et religieuse. Quant à moi, un juif vivant en plein milieu des célébrations de Noël, cette fête me rappelle les amitiés que je partage avec des gens de toutes confessions et de toutes origines.

Il y a quelques années, dans le New York Times, plusieurs professionnels juifs ont affirmé au journaliste qu’ils assuraient les quarts de travail de leurs collègues chrétiens pour leur permettre de fêter Noël à la maison. Le Dr Robert van Amerongen, un juif orthodoxe qui est le directeur du service d’urgence pédiatrique de l’Hôpital méthodiste de New York, a déclaré au journal que, « bien qu’il occupe un poste de niveau supérieur qui lui permet de prendre congé pour Noël, il ne le fait jamais. C’est dans un esprit de bonne volonté ».

Cet exemple est celui que nous devons adopter. La bonne volonté est une autre expression des « voies de la paix » et nous avons appris au Québec, au cours de la dernière année, que la bonne volonté est quelque chose de précieux. Espérons que, ce Noël, nous continuerons à adhérer à la dignité de la différence.