Le temps d’être généreux… et cohérent

Un sondage montre que la majorité de la population sous-estime largement l’écart entre les plus aisés et les moins fortunés.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Un sondage montre que la majorité de la population sous-estime largement l’écart entre les plus aisés et les moins fortunés.

C'est le temps de la grande guignolée. Divers organismes caritatifs vous sollicitent afin de recueillir des fonds et des denrées qui permettront aux plus démunis de vivre le temps des Fêtes dignement. Pourtant, alors que la majorité d’entre nous vont se réveiller le 1er janvier avec un mal de tête, des familles pauvres vont renouer avec la misère.

Espérer régler la pauvreté à coup de dons serait aussi naïf que de croire encore au père Noël. Plutôt que de s’arrêter aux symptômes de ce fléau, comme l’itinérance, la solitude, la détresse psychologique, etc., il faut s’attaquer à sa source ; les injustices socio-économiques. Faut-il souligner que les politiques d’austérité du gouvernement Couillard ne feront rien pour régler ce problème ?

Un mal répandu

Les Québécois, comme les Canadiens, croient qu’il faut en faire plus pour éradiquer la pauvreté, montre le plus récent sondage de l’institut Broadbent. Ce même sondage indique aussi que la majorité de la population sous-estime largement l’écart entre les plus aisés et les moins fortunés. C’est peut-être pourquoi la lettre de la jeune « mère pauvre » de Rosemont, publié la semaine passée, a touché autant de Québécois. La pauvreté est malheureusement une réalité quotidienne pour trop de Québécois. En effet, environ 10 % de ceux-ci ont un faible revenu, selon le centre d’étude sur la pauvreté de l’exclusion.

Alors que l’Institut de la statistique du Québec relevait que le pouvoir d’achat des Québécois avait diminué pour la première fois en 17 ans, les conséquences de la pauvreté sont de plus en plus connues. Les travaux de chercheurs tels que Richard G. Wilkinson ou Kate Pickett montrent que la pauvreté est un facteur important pouvant mener à des grossesses à l’adolescence, à une mauvaise hygiène de vie, à des niveaux de stress toxiques, à des problèmes mentaux, etc. Une récente étude menée par David Stucler et Sanjay Basu témoigne d’une hausse fulgurante des taux de suicide, de consommation de drogue et d’infection au VIH dans les pays européens qui ont connu des mesures d’austérités. Quoi qu’on en dise, la pauvreté coûte cher à une société.

Des solutions connues

Avec un peu d’imagination et de courage, la pauvreté peut devenir un vestige du passé. Plusieurs mesures peuvent être mises en application. Par exemple, les employés à faibles revenus devraient recevoir un salaire minimum vital, comme cela se fait déjà dans la coopérative financière Vancity. Le salaire minimum vital correspond au salaire minimum qu’un employé doit être payé pour pouvoir remplir ses besoins essentiels, comme se nourrir et se loger.

La meilleure option connue à ce jour pour éradiquer la pauvreté est pourtant celle du revenu minimum garanti, comme le montrent plusieurs études, dont les travaux d’Eve-Lyne Couturier de l’Institution de recherche et d’information socio-économiques. Si cette mesure était mise en application, chaque individu recevrait de l’État un salaire minimum qui serait fixé au-dessus du seuil de pauvreté en plus de son salaire habituel. Ceux qui n’ont pas besoin de cette somme supplémentaire devraient payer plus d’impôts pour financer une telle mesure.

En ce temps des Fêtes, faites donc le plus beau cadeau que vous ne pourriez pas faire à ceux qui vivent dans la détresse : parlez à vos proches des conséquences de l’austérité et de la pauvreté. Il faut que nos gouvernements se penchent sérieusement sur les causes réelles de la pauvreté. Ainsi, dans un avenir proche, nous n’aurons plus besoin de grandes guignolées pour assurer un peu de dignité à ceux qui se trouvent dans la misère.

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