Le Conseil devrait faire pression sur Résolu

Actuellement, le Québec au sud de la limite des forêts dites «exploitables» ne compte qu’à peine 5% d’aires protégées.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Actuellement, le Québec au sud de la limite des forêts dites «exploitables» ne compte qu’à peine 5% d’aires protégées.

Dans Le Devoir du 17 décembre, le p.-d.g. du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), M. André Tremblay, fait une attaque en règle contre Greenpeace, nous accusant de faire une « campagne de désinformation ». Cette charge, couplée à celle de Produits forestiers Résolu et de plusieurs représentants régionaux, fait rage depuis que la chaîne Best Buy a décidé d’exiger la certification du Forest Stewardship Council (FSC) pour ses achats de papier provenant de Résolu. Cette décision de Best Buy vise, selon leur déclaration, à renforcer la durabilité de leur chaîne d’approvisionnement.

En préférant le papier FSC, Best Buy exige ainsi que son fournisseur respecte les droits des Premières Nations et des travailleurs, protège les espèces menacées et les forêts vierges et assure une gestion durable de nos forêts publiques. Or si les p.-d.g. de Résolu et du CIFQ grimpent dans les rideaux depuis cette annonce, c’est justement parce que Résolu, le principal fournisseur en papier pour Best Buy, a échoué au test FSC il y a un an et s’est fait retirer trois certificats au Québec et en Ontario. Un quatrième certificat allait tomber en Ontario l’été dernier ; mais Résolu a préféré poursuivre ses vérificateurs afin que leur rapport ne soit pas publié.

Faire ses devoirs

Bien que Résolu ait été averti par ses vérificateurs indépendants à plusieurs reprises et qu’elle avait ensuite un an pour retrouver sa certification, la multinationale a préféré ignorer les recommandations des vérificateurs et simplement miser sur une autre norme créée par et pour l’industrie (SFI). Cette norme n’est ni crédible, ni indépendante, ni exigée par les marchés. Contrairement aux autres grands joueurs du marché qui ont épousé la norme FSC et qui ont fait des efforts pour la conserver au fil du temps, l’ancienne AbitibiBowater se retrouve aujourd’hui pénalisée et préfère attaquer Greenpeace plutôt que de faire ses devoirs.

Actuellement, le Québec au sud de la limite des forêts dites « exploitables » ne compte qu’à peine 5 % d’aires protégées. Messieurs Garneau et Tremblay auront beau crier sur tous les toits que nous sommes les meilleurs au monde, ce discours sonnera faux tant qu’une plus grande proportion de nos forêts publiques ne sera pas allouée aux autres utilisateurs de la forêt, que ce soit pour l’utilisation traditionnelle des communautés autochtones, l’écotourisme, la villégiature ou la recherche scientifique. La norme FSC exige que les compagnies laissent plus de place à la protection de la nature et aux autres utilisateurs de la forêt et utilisent leur influence pour assurer la création d’aires protégées. Plutôt que de se conformer à cette vision, Résolu a préféré faire du lobbying auprès du gouvernement pour empêcher la protection adéquate de nos forêts, se privant du même coup d’importants certificats.

Appel du syndicat

En conférence de presse mercredi, le syndicat de Résolu (CSN) a exigé que la multinationale fasse tout pour retrouver ses certificats FSC. Elle appelle à la création d’un comité de travail et se met à la recherche de solutions. Nous y voyons là une approche constructive qui contraste radicalement avec les attaques aveugles de M. Tremblay. Car les solutions existent, et l’objectif que nous avons depuis des années est justement de miser sur un équilibre entre exploitation et conservation de nos forêts publiques afin d’assurer des emplois stables et des écosystèmes en santé.

Si nous pouvons comprendre la frustration de Résolu face à ses propres échecs et son isolement au sein de l’industrie, nous nous expliquons mal la position du Conseil de l’industrie forestière du Québec. Plutôt que de servir de machine à relations publiques pour Résolu et d’attaquer Greenpeace, et par le fait même les milliers de citoyens qui exigent une meilleure gestion de nos forêts publiques, le CIFQ devrait plutôt se ranger du côté des solutions et travailler de concert avec les différents intervenants, y compris le mouvement environnemental.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

2 commentaires
  • Marie-France Pinard - Inscrite 19 décembre 2014 09 h 30

    Le gros bon sens

    Quel bouffée d'air frais d'avoir enfin l'heure juste.

    Nicolas Mainville fait preuve ici de pondération et d'objectivité, malgré les attaques dont il a fait l'objet, et ce au grand bénéfice de ses lecteurs. J'y vois maintenant plus clair dans le dossier des forêts québécoises,

    Merci...

    Marie-France Pinard