Les grandes oubliées

Sylvain Pagé
Photo: Clement Allard La Presse canadienne Sylvain Pagé

Pendant que Radio-Canada annonçait une réduction de la durée de bulletins d’information régionaux déjà faméliques, une manifestation se tenait à Mont-Laurier, le jeudi 11 décembre, réunissant plus de 1000 personnes. Pour notre milieu, c’est l’équivalent de 250 000 personnes dans les rues de Montréal.

Qui s’en est soucié ? À qui importe le sort d’une région dite « éloignée » ? Après tout, à partir de Montréal, il faut rouler pendant près de 3 heures sur une route pas toujours de qualité pour s’y rendre. C’est tellement loin ! Et s’il fallait qu’il neige, ce serait l’enfer. Aucun réseau de télé ou quotidien national digne de ce nom ne se donne la peine de couvrir des activités en région rurale à moins qu’il s’agisse évidemment d’un meurtre particulièrement crapuleux ou d’une catastrophe. Qu’il y ait des problèmes à Laval et qu’on en parle, je comprends. Mais que ça prenne toute la place dépasse les bornes. On parlait de Laval il y a deux ans, encore l’année dernière, le mois dernier et je vous prédis qu’on en parlera dans deux semaines. Il y aura toujours une occasion pour parler de Laval, de Longueuil ou de Montréal…

Mais l’inquiétude provoquée en région rurale par « l’oeuvre gouvernementale » que ce soit en santé, en éducation, en agriculture, en tourisme, pour les familles, les jeunes, les aînés, les gens d’affaires ou le communautaire et le démantèlement de ce qui a fait que les régions rurales se maintiennent la tête hors de l’eau n’intéresse personne, sauf nos médias locaux. Heureusement !

C’est insultant pour des gens qui se battent tous les jours afin de conserver leurs acquis et assurer un développement durable pour l’avenir de nos jeunes. C’est insultant pour les 20 leaders en provenance de tous ces milieux de présenter des allocutions qui n’auront aucun écho. Insultant pour la préfète, insultant pour la présidente du conseil étudiant, la mairesse de Rivière-Rouge, le président de l’UPA ou pour notre Mgr qui est venu rappeler qu’Antoine Labelle était justement un curé qui se tenait debout. Qu’il a ouvert le Nord parce que déjà 500 000 Canadiens partaient pour les États-Unis parce qu’ils en avaient assez de manger de la misère. Je sais qu’un meurtre à Montréal, c’est spectaculaire pour la nouvelle, mais une région qui se vide tranquillement, c’est aussi une mort qui mérite du temps d’antenne !

On dit que c’est dans la douleur que la solidarité prend tout son sens. Vendredi, 16 des 17 drapeaux des municipalités de la MRC d’Antoine-Labelle étaient portés fièrement par nos élus. Nous pourrions sans doute gagner l’oscar de la résilience. La dernière grande manifestation date d’il y a dix ans, quand l’industrie forestière était « encore » en crise et que nous avons dû nous faire entendre pour que l’État soutienne ces milliers de travailleuses et travailleurs. Ce n’est pas quand les emplois dits intéressants ou payants auront disparu qu’il sera temps de se préoccuper du sort des régions rurales. Déjà que Radio-Canada couvre le Québec comme une région, imaginez quand il s’agit de sortir de la grande ville… On veut mettre davantage l’accent sur les services mobiles et le Web. Encore faudrait-il qu’Internet, et surtout la haute vitesse, soit disponible dans toutes les régions. Pour beaucoup d’entre elles, on en est encore au service de la Haute Patience !

Le Québec vit une période de grande morosité, cherche ses repères. Dans les Hautes-Laurentides nous ferons tout pour nous faire entendre auprès de notre gouvernement. Nous ne voulons plus être parmi les grandes oubliées. Gandhi disait « Un individu conscient et debout est plus dangereux pour le pouvoir que 10 000 individus endormis et soumis ». Je souhaite que le réveil de notre population puisse être appuyé par tous les leaders régionaux qui espèrent se faire entendre. Et par quelques médias nationaux…

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6 commentaires
  • Dominique Duhamel - Inscrite 15 décembre 2014 06 h 33

    Un territoire, un peuple, une langue

    Il est faux de dire que ce qui se passe ailleurs au Québec n'affecte pas les Montréalais.

    Nous sommes tous Québécois.

  • Mario K Lepage - Inscrit 15 décembre 2014 08 h 26

    Jingle bells...

    Malheureusement, notre peuple, comme tous les autres est présentement affairé à acheter des bébelles! La culture, le développement, l'entraide et la compassion sont le cadet de ses soucis... Ce qui se passe ailleurs affecte les Montréalais, mais la consommation les aveugle tous!

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 15 décembre 2014 08 h 42

    Mots magiques qui expliqueraient tout et rien !

    Dire "Nous sommes tous Québécois" est un argument bidon qui ne prouve rien du tout. Malheureusement on invoque pareil raisonnement dans différents domaines comme si c'était des mots magiques qui expliqueraient tout et rien !

    • Jean-François Trottier - Inscrit 15 décembre 2014 15 h 57

      Eh bien.... Disons que cet "argument bidon" doit être utilisé pour tous ceux qui paient impôts et taxes à Québec et Ottawa et ont droit aux même services que quiconque en tant que citoyens. Par exemple, celui d'être informé sous la logigue des cercles concentriques (plus c'est près, plus ça touche), et le droit d'être entendu, le droit et le devoir de fonctionner sous les mêmes lois, et aussi le droit de se dire Québécois, ce qui signifie que l'on n'est ni Martien, ni Africain ou autre à moins de double nationalité.
      C'est une façon de dire que nous sommes voisins et donc que le principe d'entraide doit jouer, ce qui n'exclut pas l'aide aux gens d'autres régions du globe.
      Évidemment, vous avez le droit de donner autant d'attention aux femmes excisées en Afrique, aux Noirs Américains tués ou emprisonnés pour rien, aux Syriens pris dans une guerre civile ou aux prisonniers politiques en Corée du Nord mais ça n'exclut pas de vous impliquer dans votre voisinage immédiat. De toute façon je doute de votre engagement où que ce soit dans le monde: vous vous réclamez semble-t-il avant tout du droit de ne pas être Québécois. Ni probablement Canadien, ni Nord Américain, non ? Vous voulez surtout ne pas être, alors ne soyez rien, c'est votre choix.

  • Françoise Breault - Abonnée 15 décembre 2014 15 h 55

    Un homme qui se tient debout...

    En paraphrasant les paroles de la chanson Un homme libre de George Dor, votre action me donne le goût d'ajouter: Un peuple qui se tient debout est le plus beau des monuments.

    N'oubliez pas ces mots de Laborit: La récompense ne s'obtient que par l'action.

    C'est vrai que souvent ça prend du temps...

    • Louise Duval - Inscrit 16 décembre 2014 08 h 29

      Bonjour Madame, puis-je vous emprunter une phrase de votre message pour en titrer le "partage" du magnifique texte de M. Pagé ? (i.e. Un peuple qui se tient debout est le plus beau des monuments.)
      Bonne journée à vous.