La science, vraiment un luxe?

Sans aborder l’aspect économique de ces annonces, il faut réfléchir sur les conséquences que ces coupes auront sur les jeunes.
Photo: Les Débrouillards Sans aborder l’aspect économique de ces annonces, il faut réfléchir sur les conséquences que ces coupes auront sur les jeunes.

On apprenait la semaine dernière que le gouvernement Couillard coupait dans les subventions à la culture scientifique [...] en diminuant le financement de l’Agence Science-Presse puis en coupant le financement du Conseil de développement du loisir scientifique (CDLS). On met la hache dans les Expo-sciences, des concours qui ont non seulement stimulé scientifiquement des milliers de jeunes, mais qui leur ont aussi appris la rigueur scientifique… Toutes ces coupes réduiront probablement la quantité de jeunes qui vont effectuer des carrières de nature scientifique, mais chose sûre, elles réduiront la culture scientifique de la population.

Sans aborder l’aspect économique de ces annonces, il faut réfléchir sur les conséquences que ces coupes auront sur les jeunes et peut-être réfléchir sur un problème qui est beaucoup plus critique dans la société, l’inculture scientifique.

La période des Fêtes est l’occasion pour moi de démystifier l’actualité scientifique auprès de mes proches. Avec mon parcours universitaire, je suis en mesure d’expliquer chaque année qu’un rhume n’est pas une grippe, que les vaccins ne causent pas l’autisme, ce que sont les OGM et que les régimes miracles n’existent pas. Ce que soulèvent ces questions, c’est que les gens ont peu de culture scientifique. Dans une société où la science est omniprésente, nous n’avons pas les outils pour être en mesure de comprendre notre monde. On ne parle pas de comprendre les éléments de physique quantique du film Interstellaire, mais seulement d’avoir une base pour comprendre que de ne pas vacciner nos enfants parce qu’on a peur qu’ils deviennent autistes est dangereux pour la société.

Avoir une culture scientifique, c’est être capable d’être rigoureux dans nos réflexions et nos décisions. C’est comprendre qu’il faut des faits pour avancer des conclusions. Qu’on ne peut pas prétendre quelque chose « parce qu’on pense que » ou, encore pire, parce qu’on a vu ça quelque part sur Internet. Le cas des vaccins est le parfait exemple, une seule étude ratée a démontré un lien entre les vaccins et l’autisme. Cette étude, bâclée, entache le travail de milliers de chercheurs qui ont démontré le contraire. Ainsi, aujourd’hui, nous avons droit au retour de la rougeole dans plusieurs régions. Il ne faut pas blâmer les individus pour cela, mais plutôt l’inculture scientifique.

On parle souvent de l’importance du français au primaire et au secondaire. Le français est important, l’anglais aussi. Mais la science ? On en parle peu, mais souvent on augmente le temps passé sur les autres matières au détriment de l’éducation scientifique. C’est dès l’école que les jeunes doivent être stimulés par la science et c’est là qu’ils doivent apprendre la base. Tous les outils doivent être mis à la disposition des professeurs pour qu’ils puissent transmettre ce savoir et surtout ce regard critique… Si la science m’a appris quelque chose, c’est qu’il faut toujours être rigoureux dans notre pensée… ça permet une indépendance de pensée qui est primordiale pour prendre des décisions éclairées. Cette éducation scientifique ne doit pas seulement se dérouler dans le milieu scolaire, elle doit être partout autour de nous. Les communicateurs et les vulgarisateurs scientifiques le font très bien, mais ils ne sont pas assez nombreux et n’ont pas suffisamment d’outils. Au lieu de couper dans l’éducation à la science et dans la vulgarisation scientifique, on devrait y consacrer plus de ressources et faire de la science un élément central de notre société. Si le XVIIIe siècle a été celui des Lumières, j’espère que le XXIe ne sera pas celui de la Grande Noirceur, car on aura bien besoin de scientifiques pour sauver notre planète.

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