Pour que le remède n’achève pas le patient

Depuis plusieurs mois, le gouvernement du Québec a entrepris une campagne de désinformation quant à l’ampleur de son déficit. Il tente de convaincre les Québécois que l’État a atteint une taille insoutenable et qu’en conséquence, il est urgent de l’amincir et de réduire l’accès aux services.

Pourtant, le message porté par le dernier budget Leitão est tout autre. On y prévoit un déficit de 1,1 milliard pour l’année 2014-2015, déduction faite des versements au Fonds des générations. Ce chiffre est semblable aux prévisions du gouvernement précédent, confirmées par le Vérificateur général avant l’élection.

Dans les faits, le déficit représente donc un petit 0,3 % de notre PIB, soit environ le sixième du déficit ontarien. Le gouvernement, qui prévoit même des surplus budgétaires l’an prochain, verse dans la dramatisation. Il est vrai, néanmoins, que les intérêts payés annuellement sur la dette nous coûtent cher. Bien que leur poids dans l’économie soit deux fois plus faible aujourd’hui qu’il y a 20 ans, ces paiements nous rendent vulnérables à d’éventuelles hausses de taux d’intérêt, de même qu’aux sautes d’humeur des agences de crédit. Il importe donc de revenir au déficit zéro et de réduire l’ampleur de la dette, comme nous le commandent d’ailleurs nos lois sur l’équilibre budgétaire et sur la réduction de la dette.

De mauvaises politiques

La situation budgétaire dont a hérité le gouvernement Couillard ne peut cependant justifier l’approche radicale et précipitée qui nous est proposée pour revenir à l’équilibre budgétaire. Notre économie risque d’en ressortir affaiblie et les générations futures, hypothéquées. Avec des compressions de dépenses et des hausses d’impôt devant totaliser 3,5 milliards en 2015-2016, un ralentissement économique est inévitable, et un risque de récession existe. La situation de l’emploi, déjà très précaire, risque de s’assombrir. En plus des coûts humains qui en résulteront, nous pourrions assister à une aggravation de l’état de nos finances publiques, puisqu’une économie au ralenti entraînera automatiquement une baisse des revenus fiscaux. On appelle cela un cercle vicieux.

Québec fait fausse route en gelant l’embauche dans les ministères et organismes et en diminuant de 2 % ses effectifs. Non seulement cette méthode est éculée, mais elle n’a fait qu’empirer les choses dans le passé. Sous la gouverne de Lucien Bouchard et de Jean Charest, les ministères avaient souffert une perte d’expertise pour laquelle nous payons encore aujourd’hui. À terme, le nombre de fonctionnaires ne fut pas affecté car un rattrapage quant à l’embauche dut avoir lieu. On n’a aussi qu’à penser au ministère des Transports et à la perte de contrôle résultant des coûts des contrats publics.

Le gouvernement fait également preuve d’une vision de court terme en coupant en éducation et en recherche. Nous nous battons pour rattraper l’Ontario en matière de scolarisation, de diplomation et d’innovation. En freinant cet élan, Québec causera un tort considérable à notre productivité et à notre croissance économique à long terme.

Plusieurs mesures d’austérité proposées jusqu’à maintenant peuvent avoir des conséquences préjudiciables. La réforme du financement des services de garde, avec un prix ajusté selon le revenu, en est un exemple. Comme la majorité des Québécois, nous serions d’accord avec une augmentation importante du tarif unique admissible au crédit d’impôt, suivie d’une indexation prévisible et stable, dans la mesure où la qualité et l’accessibilité à ces services seraient maintenues et même augmentées, surtout dans les milieux défavorisés.

Que faire ?

Si les objectifs à court et moyen termes sont de revenir à l’équilibre budgétaire sans compromettre notre prospérité future, de meilleures solutions sont envisageables. En avril dernier, le PLQ prévoyait une croissance économique de 2,1 % pour 2014. Cette prévision s’élève maintenant à 1,6 % seulement. La situation économique a changé et la politique économique doit suivre. L’atteinte de l’équilibre budgétaire pourrait être étalée sur trois années plutôt qu’une. Cette solution sera bien accueillie par les agences de crédit, qui désirent que nous adoptions une stratégie ferme et crédible de retour à l’équilibre.

En revanche, les changements sociodémographiques du Québec demandent des réformes structurelles et toute réforme devrait se confronter au modèle social dont les Québécois veulent se doter. Le gouvernement a la responsabilité d’être transparent sur ce point et d’avoir au moins l’appui de ses électeurs. Or, nous craignons que Québec réforme l’État sans vision globale de société et que ses politiques soient arbitraires, infondées et incohérentes. Pensons aux hausses salariales considérables accordées en santé. Québec doit au minimum attendre les recommandations de sa Commission d’examen sur la fiscalité avant d’entreprendre des réformes en profondeur. En péchant par excès de précipitation, le gouvernement nuirait au climat des affaires, comme il l’a déjà fait en coupant sans avertir dans les subventions aux entreprises.

Le Québec est une machine économique de presque 400 milliards de dollars par année. Elle représente le cinquième de l’économie canadienne. Son avenir doit être pris au sérieux. Il n’est pas trop tard pour revenir dans la bonne direction.

20 commentaires
  • simon villeneuve - Inscrit 10 décembre 2014 01 h 20

    Il n'y a que le nom de different,

    entre les liberaux du Quebec et les conservateurs de Harper au Canada !

    Ideologie et desinformation au menu pour favorises les interets prives et les plus riches au depend de la classe moyenne et des plus pauvres.

    Pretendre aider les familles, avec les decisions prises par Quebec dernierement, en faisant croire plus tard que les familles et les plus pauvres qu'ils vont sauver de l'impot et devenir plus riches, est une preuve evidente de desinformation.


    La desinformation est meme dans leurs noms representatifs de leurs partis.
    Le nom de leurs formations politiques devraient tout simplement etre : les republicains americains !

    • lise pelletier - Inscrit 10 décembre 2014 08 h 07

      Il manque un élément dans ce texte, tout ce débat économique sur l'État nous vient de la CAQ et des radios-poubelles de Québec.

      Quand le PLQ s'est rendu compte que cela avait un écho dans la population, ils ont adopté ce programme car cela correspondait à leur idéologie de détruire l'État québécois et ainsi le remettre au privé.

      Les chambres de commerce remercie et applaudisse la CAQ et les radios pour leur excellent travail., soit diviser la population.

      Leur tableau qu'on voit ici sur la photo, je vois le PM Couillard le brandir fréquemment à l'Assemblée Nationale lors de la période des questions.
      Et j'entends la ministre Thériault à sa gauche qui répète inlassablement "ouan ouan" comme un perroquet.

  • Robert Lauzon - Abonné 10 décembre 2014 02 h 54

    Ces économistes remettent les pendules à l'heure.

    Les plquistes détruisent les acquis sociaux du Québec à grands coups de coupures sauvages. Ces provincialistes ménent une politique d'austérité en nous rabâchant des fausses peurs d é

  • Hélène Paulette - Abonnée 10 décembre 2014 05 h 31

    Ça saute aux yeux...

    Il est clair que le gouvernement Couillard est tout simplement en train de chercher à financer son Plan Nord. Nous allons nous serrer la ceinture, encore, pour payer des infrastructures pour des compagnies minières qui vont payer un minimum de redevances et dont nous devrons réparer les dégâts lorsqu'elles seront reparties, laissant des chômeurs derrière elles.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 10 décembre 2014 07 h 55

    Je me demande si...?

    Si une grande stratégie de connivence entre le P.Q de PKP et le P.L ne serait pas à
    l'oeuvre en catimini pour mener le Québec à son Indépendance.PKP,bien avant de se
    présenter à la tribune pour brandir son bras et clairement annoncer son ambition,a dû
    mijoter pendant des années sur le comment réussir la Chose?En s'alliant préalable-
    ment avec la classe-affaire du Québec (le Québec inc.) concentrée sous la jupe du P.L.Première étape pour ce faire:diminuer la dette et présenter un équilibre budgé-
    taire rassurant.Comme c'est le P.L qui a été porté au pouvoir,c'est à lui de s'occuper
    à réaliser cette première étape.Le Québec inc.,au pourtour nationaliste et très respec-
    tueux de ce Péladeau 2ième génération,aura partagé,théoriquement du moins,son
    ambition légitime:"Vas-y mon Pierre si tu peux réussir ça en homme d'affaire on va te
    soutenir à commencer par le P.L,La Caisse de Dépôt et les Chambres de Commerce.
    On t'assainit les finances publiques mais prépares-toi pour gagner la prochaine élec-
    tion comme chef du P.Q.Pour le reste,nous verrons cela en temps et lieu."

  • Hélène Paulette - Abonnée 10 décembre 2014 08 h 01

    Et que penser de la taxe sur la masse salariale?

    Pour ne pas déplaire aux Banques, qui rationalisent les postes, on pénalise le Mouvement Desjardins, créateur d'emplois... Quand finira cette détestation féodale des coopératives et des syndicats? Couillard et Coiteux sont les ''foremans'' de la grande entreprise et nous nous agenouillons en bons colonisés...

    • Yves Corbeil - Inscrit 10 décembre 2014 22 h 22

      Nous sommes dirigé par de vrais colonialistes tant au Provincial qu'au Fédéral. Ces gens sont tous au service des puissants dirigeants qui gouvernent le monde.