Moins de croissance économique, encore moins d’emplois et plus de taxes!

Le ministre des Finances, Carlos Leitão
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le ministre des Finances, Carlos Leitão

Qu’a-t-on appris dans les 400 pages de la dernière mise à jour économique du ministre des Finances Carlos Leitão par rapport à ce qu’il nous disait lors du budget de juin dernier ?

La croissance économique et la création d’emplois seront plus faibles…

Sur la période 2014-2018, le niveau du PIB réel et nominal sera légèrement plus faible (environ 0,25 % et 0,5 %). La création d’emplois sera beaucoup moins forte entre 2013 et 2015 : 30 000 au lieu de 78 000. Le gouvernement n’a pas présenté ses projections de l’emploi pour 2016 à 2018. Dommage. S’il l’avait fait, on aurait constaté qu’on n’atteindra probablement que 50 % de l’objectif de créer 250 000 emplois sur la période 2014-2018. Une autre promesse qui ne sera pas tenue…

… mais des cibles budgétaires inchangées

Moins de croissance économique implique donc des mesures de compensation puisque l’on conserve le même surplus budgétaire en 2015-2016 (1,6 milliard) et en 2018-2019 (4 milliards). Il faut donc aller chercher des revenus additionnels ou alors couper davantage dans les dépenses. Le gouvernement a donc annoncé des mesures spécifiques additionnelles pour accroître ses revenus de 600 millions en 2015-2016. On a également appris que le gouvernement devra trouver pour 1,2 milliard des coupes de dépenses ou des hausses de revenus qui étaient incluses dans son dernier budget, mais qu’il n’a pas encore spécifiées.

Une croissance encore plus faible?

Le dernier budget et la récente mise à jour discutent peu des effets des restrictions budgétaires sur la performance économique du Québec. Le passage d’un déficit de 1,7 milliard en 2013-2014 à un surplus de 1,6 milliard en 2014-2015 puis à un surplus de près de 4 milliards en 2018-2019 aura des impacts économiques. Bien sûr, le fait d’éviter une détérioration grandissante du déficit budgétaire aura un effet positif sur la confiance des investisseurs. Mais il est certain que la politique fiscale restrictive, par son ampleur, pourrait avoir, pour un certain temps du moins, un effet négatif plus important que ce qui est déjà inclus dans ces projections économiques et financières. On pense qu’en l’absence d’un tel resserrement de la politique budgétaire (le passage d’un déficit de 1,7 milliard à un surplus de 4 milliards), l’économie du Québec serait censée croître à un taux proche de 2 % par année sur la période 2014-2018, notamment en raison d’un dollar canadien relativement faible qui stimule nos exportations. La baisse du taux moyen de croissance de 0,3 point de pourcentage (de 2 % à 1,7 %) escomptée par le gouvernement nous semble relativement faible par rapport à l’ampleur du resserrement de 5,7 milliards de la politique budgétaire.

Et si ce n’était pas fini?

Dans cette mise à jour, le ministère des Finances nous rend compte de nouvelles projections démographiques de l’Institut de la statistique du Québec. Il y a là quelques bonnes nouvelles, notamment en ce qui concerne le nombre de travailleurs potentiels qui ne devrait pas diminuer aussi rapidement qu’on le craignait il y a cinq ans. Cependant, le gouvernement reconnaît que le vieillissement de la population ralentira la croissance économique du Québec puisqu’on s’attend à ce que le taux de croissance du PIB réel soit en moyenne de 1,6 % sur la période 2016-2020. Il est toutefois dommage que la mise à jour ne nous en dise pas davantage sur l’évolution de ce taux de croissance pour l’horizon 2021 à 2035 et sur l’évolution du solde budgétaire jusqu’en 2035.

Si l’on en croit la projection à long terme présentée par le Conseil de la fédération en août dernier, l’ensemble des provinces se dirigerait vers des déficits budgétaires de plus en plus importants à long terme. Il n’y a pas de raison pour laquelle le Québec serait capable d’échapper à cette situation.

Si cela s’avère, un éclairage fort différent doit être porté sur l’objectif du gouvernement du Québec de se retrouver rapidement avec des surplus budgétaires. À cause des vents contraires, il sera difficile de maintenir un surplus budgétaire ou de demeurer proche de l’équilibre budgétaire. D’autres efforts et donc, des mesures d’austérité supplémentaires seront sans nul doute nécessaires. Les mesures restrictives temporaires risquent donc de devenir permanentes, voire d’être amplifiées.

Mieux se préparer pour l’avenir

Une situation financière plus saine en vue d’affronter les vents contraires qui pointent à l’horizon sera un atout important pour passer au travers avec le moins de dégâts possible. En revanche, sachant ce qui va nous frapper (le vieillissement de la population, entre autres choses), il vaut la peine de bien réfléchir aux mesures restrictives qui sont nécessaires maintenant dans ce contexte. Ce qu’il faut donc faire, c’est de s’éloigner du court terme et faire des choix en fonction d’une stratégie à long terme.

Malheureusement, le dernier budget et la mise à jour de mardi dernier ne semblent pas avoir été conçus dans une telle perspective et semblent plutôt être dominés par des objectifs de court terme, dont l’atteinte de l’équilibre budgétaire en 2015-2016 à tout prix.

9 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 8 décembre 2014 08 h 39

    Néophyte, là aussi, en matières économiques...

    ...je n'ai les compétences pour commenter le travail de messieurs Aubry et Delorme. Je m'en tiendrai à opposer dans la même arène deux mots chers à notre P.M. À savoir? Dans le coin gauche «Austérité», dans le coin droit «Rigueur». Vers qui penchera dame rhétorique dans son évaluation de l'actuelle situation politico-économico-sociale du Québec ? Et si elle retenait «rigueur», doit-on alors nous attendre à ce que nos dirigeants(es) politiques fassent preuves de rigueur dans les traitements qui sont leurs ? L'expression «prêcher par l'exemple«, «ça» veut dire quoi au juste, au plus juste?
    Gaston Bourdages,
    Petit «pousseux de crayon sur la page blanche»
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 8 décembre 2014 12 h 09

    Austérité et rigueur !

    La période de transition dans la création d'un nouveau pays ne demande pas autant d'austérité et de rigueur que le commande le budget de Carlos Leitäo.
    Portugais d'origine, M. Leitäo le sait et pourrait très bien produire une analyse comparative, ce qu'il ne fera pas puisqu'il y aurait la chance pe perdre le tier de sa fortune personnelle.

  • Nicole Moreau - Inscrite 8 décembre 2014 14 h 48

    Malgré ce que prétend monsieur Couillard, nous sommes nombreux à voir dans les décisions du PLQ de l'austérité

    on a vu ce que ça donne dans les pays qui ont pris ce chemin et ces économistes au pouvoir semblent avoir oublié de lire les dernières analyses du Fonds monétaire international qui avoue avoir trop poussé sur l'austérité au détriment du développement économique

    monsieur Couillard, en campagne électorale, parlait de rigueur, mais aussi de développement, pour l'instant, on ne voit aucunement le développement, mais on constate amplement les impacts de l'austérité partout, pertes d'emplois pour le moins catastrophiques depuis avril dernier, fermeture de très nombreux commerces, par conséquent, diminution de l'activité économique et, dans ces moments là, les revenus du gouvernement ne sont pas au rendez-vous, ce qui augure encore plus mal pour la classe moyenne, puisque ça annonce d'autres compressions encore plus sévères.

    dernière nouvelle en date, un autre exemple de mesure d'austérité, on annule la subvention promise pour le projet de Robert Lepage à Québec, pourtant cette personne en fait beaucoup pour promouvoir la créativité québécoise dans le monde.

    on voudrait démanteler une société qu'on ne s'y prendrait pas autrement

  • Henri Gazeau - Inscrit 8 décembre 2014 15 h 45

    Tout s'emballe (1/2)

    Noël approche et l'emballage des mesures de restrictions laisse à désirer. Mais après tout, c'est plutôt d'emballement que je veux parler.

    Il y a en effet un parallèle intéressant à faire entre économie et écologie, en ce XXIe siècle déboussolé.

    La hausse des températures moyennes du globe pourrait avoir un effet boule de neige : plus ça va chauffer, plus ça va s'accélérer. Il en est de même en économie : plus l'État fait en sorte que les contribuables s'appauvrissent, moins il peut attendre de revenus fiscaux de leur part et de la part des entreprises, lesquelles ne prospèrent que si les consommateurs peuvent consommer.

    Le dénominateur commun entre les facteurs de dégradation des sociétés civiles et les facteurs de destruction de la planète? Le modèle capitaliste dur, aveugle, basé sur l'ignorance et l'inertie des ballots (ceux qu'on emballe et qui se laissent ballotter).

  • Henri Gazeau - Inscrit 8 décembre 2014 15 h 59

    Tout s'emballe (2/2)

    On traite la société civile comme on l'a fait pour la planète : brutalement, sans tenir compte de leur fragilité. À la hussarde. On emballe le moteur, et ça passera ou ça cassera!

    C'est très mâle, ce qu'on fait là... Voyez d'ailleurs comme ce pays et cette province oublient de plus en plus l'équilibre nécessaire entre valeurs plutôt féminines et valeurs plutôt masculines. Infirmières, docteures, sages-femmes, enseignantes, jeunes mères essayant de concilier éducation des enfants et travail... les femmes le savent bien et le ressentent mieux que leurs congénères masculins. Aragon aurait-il écrit en vain que la Femme est l'avenir de l'Homme?

    Pas très emballant, hein? L'espoir subsiste pourtant. Ce que le Secrétaire général de l'ONU vient de rappeler au Canada en matière climatique – ce Canada autrefois leader des missions de la paix et de la protection de l'environnement, mais dont l'âme généreuse s'englue dans le bitume du chacun-pour-soi –, le FMI et la Banque mondiale vont peut-être oser le faire sur le plan économique : on ne règle pas impunément un appareil délicat à grands coups de foreuse et de hache. Comme on ne conquiert pas une femme en la forçant.

    Cette planète n'est pas faite pour les vandales mais pour les jardiniers. Nous avons besoin de décideurs éclairés qui aient le pouce vert...