La corporation des thanatologues en a fumé du bon !

Photo: Jacques Grenier Le Devoir

Dans les pages du Devoir, la présidente de la Corporation des thanatologues du Québec (CTQ) s’adressait récemment au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, afin de réclamer de lui un meilleur encadrement des services funéraires offerts au Québec, et cela, dans les plus brefs délais.

Selon Mme Valérie Garneau, la situation nécessiterait une intervention de la part de l’État afin que celui-ci fournisse au monde funéraire de « nouveaux repères » pour guider ses pas. La présidente du CTQ justifie la prise de position de son organisme par une prétendue augmentation des « risques d’erreurs et de fautes graves » qui menaceraient actuellement la profession. Elle cite à ce propos une série de faux problèmes et de comportements burlesques qui, à notre avis, déforment complètement la réalité du domaine funéraire au Québec.

Mme Garneau évoque l’exemple de ce « défunt », originaire de la Louisiane, qu’on aurait exposé assis, avec des lunettes fumées, pour « simuler une partie de cartes ». Ce n’est pas d’hier que nos voisins du Sud nous étonnent avec des idées ou des mises en marché pour le moins particulières, sans pour autant que le Québec emboîte le pas. À notre avis, le Québec a la capacité d’adopter des pratiques en accord avec ses valeurs, même dans un monde en constante évolution. À cet égard, le professionnalisme et l’intégrité des maisons funéraires québécoises représentent une garantie contre le dérapage.

Faux problème

En fait, si le discours de la CTQ nous semble manquer de rigueur, c’est surtout parce qu’il masque le véritable enjeu, soit la vente par certaines compagnies d’assurances (dont une importante multinationale américaine) de l’assurance de frais funéraires, un produit qui risque de coûter beaucoup plus cher aux consommateurs québécois, en comparaison des coûts relatifs aux contrats de préarrangements. Or sur ce dossier épineux, la Corporation reste complètement muette.

Je dirige une maison funéraire, Alfred Dallaire MEMORIA, une PME 100 % québécoise, en activité depuis plus de 80 ans, aujourd’hui entre les mains de la quatrième génération de la même famille d’entrepreneurs.

Chez MEMORIA, nous avons décidé de faire face au changement en réinventant les rituels et en misant sur l’innovation. Reconnue pour son rôle de chef de file, notre entreprise est la seule compagnie montréalaise à posséder la haute certification du Green Burial Council, l’organisme de certification et de contrôle pour les services funéraires « verts » en Amérique du Nord.

Or de notre point de vue, la modernisation du monde funéraire suit un rythme normal et se déroule de façon sereine au Québec. Le seul scandale qui mérite d’être dénoncé concerne la vente de l’assurance de frais funéraires, un problème qui ne fait pas souvent les manchettes mais qui risque de bouleverser la donne, surtout pour les consommateurs québécois.

L’assurance de frais funéraires est un concept introduit au Québec par nos voisins du Sud, en grande partie via des entreprises de façade qui portent des noms québécois, mais qui, dans les faits, sont entièrement détenues par des intérêts américains. Vendue bien souvent de façon mensongère comme des préarrangements, l’assurance de frais funéraires peut coûter jusqu’à quatre fois plus cher au consommateur, selon l’actuaire Jean-Louis Gauvin.

Les bonnes priorités

Aussi, plutôt que de s’attarder à des situations farfelues survenues à 2500 kilomètres de chez nous (selon le New York Times, le cas des défunts exposés dans des scènes mimant la vie quotidienne constituerait un phénomène « rare » aux É.-U., même en Louisiane !), la CTQ devrait s’inquiéter de cette intrusion des géants américains sur notre territoire et poser les seules questions allant dans l’intérêt de l’ensemble des Québécois et non pas uniquement de quelques-uns de ses membres.

Personne ne peut être contre la vertu et l’amélioration a toujours sa place, mais encore faut-il cibler les bons objectifs. J’ajouterais que le Québec a d’autres chats à fouetter et des priorités autrement plus urgentes que de voter des lois coercitives dans le domaine funéraire. Sauf qu’une fois de plus, certains intervenants auront préféré faire passer leurs intérêts avant le seul enjeu législatif réellement significatif dans ce dossier pour le peuple québécois.

Le déclencheur

« Il y a de plus en plus de risques d’erreurs dramatiques et de fautes graves dans le domaine funéraire. Nous recevons un nombre croissant de requêtes particulières et les règlements en place sont de moins en moins utiles. Les thanatologues et les directeurs de funérailles du Québec ont besoin de votre aide [Monsieur le Ministre], avant que des funérailles ne deviennent un banc d’essai pour tester les limites de la décence humaine. »

— Valérie Garneau, « Industrie funéraire : tout n’est pas permis », Le Devoir, 17 novembre 2014.
5 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 4 décembre 2014 09 h 35

    Le chat sort enfin de la tombe !

    MERCI madame Dallaire-Légaré. Votre article intéressant est des plus nécessaires.

    Lors d'un décès et d'avant le décès, bien des intérêts sont en jeu. Normal cela est.

    Comme il est tout-à-fait normal que tous les intérêts soient clairement connus pour permettre de meilleurs choix éclairés et libres chez les consommateurs.

    Espérons maintenant un mini-sommet québécois pour faire le point sur les rites funéraires.

    Plus le sommet est haut, plus on s'éloigne des petits intérêts et plus on s'approche des intérêts nobles et honnêtes.

    En Sommet, on en fume du bien meilleur !

  • Yvette Lapierre - Inscrite 4 décembre 2014 10 h 15

    Chiquage de guenilles et publicité gratuite

    Pour moi le vrai scandale dans le monde post mortem est la fausse perpétuité des lots dans la plupart des cimetières du Québec. 100 ans, ce n'est pas ce que j'appelerais la Perpétuité. Penser qu'après cent ans (et moins, forcément) les restes des membres de notre famille puissent être pelletés de ci de là et se retrouver sous les cercueils et urnes des nouveaux "propriétaires" de la concession me fait bondir. Quand mes grands parents ont acquis leur lot, dans les années 60, on ne leur a jamais expliqué le sens perverti du mot PERPÉTUITÉ, tous sont morts pensant reposer en paix pour de bon, à part moi!

  • André Michaud - Inscrit 4 décembre 2014 15 h 42

    Avoir une facture détaillée ?

    Pour avoir eu à m'occuper de 4 successions, j'ai toujours déploré que les factures ne sont jamais détaillées..

    Combien coûte le transport entre l'hopital et le salon ?

    Combien coûte de brûler le corps? Etc..

    On demande à nos petits commercants, plombiers, garagistes etc.. de préciser le coût de chaque pièce, le nombre d'heures travaillé et à quel taux horaire..

    Chez les dits "professionnels" , comme les frais funéraires, les dentistes etc.. jamais de facture détaillée.

    il serait grand temps d'obliger de facture détaillées partout pour mieux protéger les consommateurs.

  • Michel Sénécal - Inscrit 4 décembre 2014 21 h 58

    C'est quoi le minimum?

    La mort, on va tous y passer.

    C'est quoi le minimum qui doit être fait au niveau légal?

    Je parle ici du gouvernement et des impôts.
    Pour être en regle et que la famille n'ait pas de soucis.

    Les funérailles, c'est une business. Juste du fric. On profite des gens dans le deuil pour leur vendre des cerceuils en bois rare, avec des belles poignées dorées, qu'on va mettre en terre ou il va pourrir, pour l'éternité.

    On n'est plus dans les années 50, heureusement, quand les églises étaient pleines a craquer parce que les gens croyaient aller en enfer s'ils n'allaient pas a la messe tous les dimanche.

    Faudrait un jour arrêter cette arnaque, cette vente sous pression.
    Il y a des limites a profiter du monde.

  • Yvon Bureau - Abonné 5 décembre 2014 09 h 22

    Au finissant de la vie

    d'avoir décidé ce qu'il voulait que l'on fasse de son cadavre et de sa rencontre/célébration. Mes parents avaient indiqué leurs directives. Je les en remercie. Nous avons fait leurs volontés. Cela nous a unis et notre deuil fut ainsi facilité.

    À nous de prendre le contrôle de ce que l'on fera de nos corps et de noscélébrations/rites funéraires.

    Un site à visiter : www.hommagesuniques.com

    Comment se passe la formation des thanatologues, de nos jours?