L’architecte Taillibert veut-il s’amender?

Le Stade olympique de Montréal
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le Stade olympique de Montréal

Le pont Champlain dessiné par l’architecte Roger Taillibert semble venu des cieux tant sa grâce, évoquant le silencieux parcours de voiliers sur le fleuve, ou la suave avancée de cygnes sur un grand étang, nous émeut. C’est une réussite. C’est à se demander si c’est le même architecte qui a conçu cet immense tas de béton sans âme qu’est le Stade olympique. A-t-il su s’entourer, cette fois-ci, de collaborateurs géniaux ? Ou est-ce le reflet d’une inconstance remarquable dans son oeuvre ?

Autant les lignes de ce nouveau projet sont légères et vibrantes, autant, sur le stade, elles semblent pesantes, sans vie, mortes et insignifiantes. Je ne sais pas si j’éprouve plus de honte pour lui ou pour tous ces décideurs québécois qui n’ont rien vu (il semble que ce soit le préalable nécessaire ici), qui l’ont approuvé et qui en ont fait un symbole (double honte) de Montréal. Je comprends qu’un artiste ne puisse pas toujours faire des chefs-d’oeuvre ; il faut du fumier pour faire pousser les carottes, disait le frère Jérome. Mais doit-on exposer ses merdes au musée ? On a manqué, et on manque toujours, cruellement de leadership spirituel en la matière, et cela a donné lieu à beaucoup d’argent jeté par les fenêtres : on a surtout nourri beaucoup de prétentions.

Il semble que M. Taillibert soit très prompt à défendre bec et ongles cette faillite et qu’il soit enclin à blâmer tout le monde sauf lui-même. Une mauvaise graine ne produit jamais un arbuste de qualité, et force est de constater que nous n’avons récolté que de la misère avec celui-ci. Est-ce qu’il ne peut véritablement pas voir que ses dessins en particulier n’étaient en aucune manière inspirés ? Auquel cas il nous avouerait implicitement ne pas réellement être un artiste, ou alors est-ce simplement l’orgueil ? Aucun pardon n’est possible s’il n’y a pas de repentance véritable, nous a-t-on déjà dit.

Comment M. Taillibert ose-t-il encore venir s’immiscer dans nos affaires sans d’abord être prêt à faire amende honorable ? Les Québécois sont-ils à ce point naïfs ? Se faire passer un sapin une fois ne leur suffit pas ? Ils en redemandent ?

Quant au stade, il y a un salut possible : construire deux autres tours, en apparence encastrées dans le stade, en matériaux légers (le béton serait bien sûr impossible à gérer), inclinées en trompe-l’oeil (structure droite mais porteuse d’une extension incurvée vers le haut et à la base pour rappeler la tour existante). Ces tours, bien que formant un trio uni et composé autour du stade, pourraient être asymétriques, contraintes d’espace obligent, pour autant qu’elles soient bien dessinées et qu’elles semblent danser entre elles. On en profiterait pour se servir du revêtement de ces nouvelles tours pour changer et rafraîchir celui du stade et s’y harmoniser, lui qui n’a jamais eu un fini à la hauteur de cet investissement, et qui a toujours eu un air — même à la livraison — négligé. On aurait droit alors à un véritable monument, qui a un sens ; les trois tours évoquant la famille autour d’une coupe et la solidarité, dans des proportions qui sublimeraient la cuvette de toilettes olympique existante, pour la hausser à la hauteur de ce que Montréal mérite en tant que ville de création.

Si les tours sont occupées, elles seront rentabilisées, comme n’importe quel autre immeuble. Ces nouvelles tours pourraient-elles offrir un support à un toit plus lourd ? doté même de verrières ? Des rails pour un toit ouvrant pourraient-ils venir s’y ancrer ? Ce sera aux ingénieurs d’y rêver, autant que pour l’aménagement intérieur (loges haute technologie et salles de conférence sous les arcades ?) et la vocation à long terme (centre de congrès ?).

Je n’ai aucun doute sur le fait qu’un immeuble d’une telle prestance n’aura alors aucun problème à trouver des preneurs enthousiastes et des foules pour y accourir. On arriverait peut-être alors à guérir les blessures du passé qui n’en finissent plus de nous faire souffrir.

19 commentaires
  • Albert Descôteaux - Inscrit 18 novembre 2014 05 h 57

    On se calme

    Tout de même, faudrait penser à consulter un psy si le stade olympique vous a causé des blessures qui n'en finissent plus de vous faire souffrir.

    • Alexie Doucet - Inscrit 18 novembre 2014 08 h 41

      Il aurait plutôt fallu consulter un économiste parce que c'est notre porte-monnaie qu'il a fait souffrir pendant des décennies.

    • Albert Descôteaux - Inscrit 18 novembre 2014 13 h 48

      Est-ce que les dépassements de coûts ont été la faute de Taillibert ou bien de la gestion par l'État ou encore de la corruption/collusion?

  • Jean Richard - Abonné 18 novembre 2014 08 h 27

    Légitime défense

    « Il semble que M. Taillibert soit très prompt à défendre bec et ongles cette faillite et qu’il soit enclin à blâmer tout le monde sauf lui-même. »

    M. Taillibert avait tout contre lui : être français et être audacieux.

    Quand on regarde tout ce qui est sorti du milieu de la construction ces dernières années, on peut comprendre que M. Taillibert n'ait pas à supporter à lui seul les dérapages entourant le stade olympique. S'il n'y avait que le stade olympiques, soit, on pourrait le croire, mais il n'y a pas que ce stade : il y a des ponts qui ne durent que 50 ans, des viaducs qui se décomposent sur place, des routes qui ont allure de champs de mines en moins de 4 ou 5 ans, et si on descend dans la taille des projets, on a des centaines, des milliers d'immeubles mal construits, avec cette culture du camouflage des vices propres à l'industrie.

    « Autant les lignes de ce nouveau projet sont légères et vibrantes, autant, sur le stade, elles semblent pesantes, sans vie, mortes et insignifiantes. » Ça, c'est un pur jugement esthético-émotif, avec un peu de prétention sur les bords. Le stade olympique, il est là depuis bientôt 40 ans, et il fait partie du paysage montréalais. Qu'on l'ait très mal exploité depuis la fin des jeux, ce n'est pas le problème de son concepteur.

  • Hélène Paulette - Abonnée 18 novembre 2014 08 h 41

    Vous errez madame...

    Taillibert ne nous a pas imposé son concept, il a été choisi à l'issu d'un concours. On ne peut pas en dire autant du projet de pont du fédéral qui a choisi le "petit modèle" de pont en vogue présentement chez nos voisins du Sud. Il ne faut pas confondre non plus les mésaventures du stade, causées par les modifications de nos ingénieurs et la corruption qui régnait sur le chantier. N'oublions pas le contexte , les Olympiques, et le fait que le stade s'inscrivait dans un ensemble. Le fait que nous ne puissiez apprécier l'effet d'ensemble relève surtout de l'emplacement, contesté à l'époque,qui empêche le recul et amplifie l'effet de masse...

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 18 novembre 2014 09 h 27

    Taillibert copie-t-il le viaduc de Millau ?

    "Le pont Champlain dessiné par l’architecte Roger Taillibert semble venu des cieux" mais il a un profil qui ressemble étrangement au viaduc français de Millau ... Immitation ou hasard ?

  • Sylvain Auclair - Abonné 18 novembre 2014 10 h 23

    En effet

    Quand on a construit le stade, cette architecture semblait à tous très audacieuses et avant-gardistes. Ce n'est pas de la faute de son architecte s'il n'a été fini à temps et que la toile originale a finalement pourri dans son entrepôt.

    • Michel Vallée - Inscrit 18 novembre 2014 12 h 12

      … Et il me semble que, pour économiser, la hauteur du mat prévue par les plans originaux a été raccourci après coup par les ingénieurs d’ici lorsqu’il a été parachevé plus d’une dizaine d’années après les olympiques de 1976, ce qui a nuit par la suite au déploiement de la toile.

      C’est qu’il ne faudrait pas oublier que le stade olympique a été laissé inachevé pendant des années après la tenue des Jeux.

    • J-F Garneau - Abonné 18 novembre 2014 13 h 08

      Non, mais c'est la faute de l'architecte de proposer un concept de toile rétractable sur câbles, peu adapté au climat du Québec. Si Taillibert avait certes élaboré quelques projets avec des structures de membranes suspendues par des câbles, force est d'admettre qu'il y a une erreur de conception.

    • Michel Dion - Abonné 18 novembre 2014 17 h 46

      Cette toile aurait-elle été moins pourrie si elle avait été mise sous tension et avait dû subir toutes les manipulations et les intempéries pendant cette dizaine d'années???
      Rappelons-nous que Drapeau et Taillibert avaient un projet de tour penchée pour l'Expo 67. Faute de budget ce projet n'a pas vu le jour.
      Pour les Jeux olympiques de 76, Taillibert ressort ce vieux projet et pour donner une pertinence à cette tour, il improvise cette idée hazardeuse de toit rétractable suspendu à celle-ci. Ce n'est certainement pas comme ça qu'on élabore un projet architectural. Taillibert aurait dû lire Synthesis of Form de Christopher Alexander, il y aurait appris que c'est l'étude des contraintes et des inadéquations à éviter qui dictent la forme et non le contraire. De plus, cette discipline peut donner souvent des esthétiques plus inattendues et intéressantes.