Un séisme contagieux

Le vent de la révolte populaire qui a commencé le 17 décembre 2010 en Tunisie sous le nom de « Printemps arabe » et balayé trois régimes dictatoriaux « en selle » depuis des décennies en Afrique du Nord, vient de souffler plus au Sud, en Afrique noire. Le Burkina Faso, signifiant « Le Pays des hommes intègres », dont la population vient, en effet, de mériter son nom, n’est que le premier d’une liste d’autres qui méritent mieux que des dictatures à vie. Pourrait-on, pour autant, affirmer que ce mouvement populaire qui vient de s’étendre au Sahel va continuer sur sa lancée et souffler plus au sud et à l’est, balayant au passage d’autres régimes totalitaires ? Il serait trop tôt de le dire, dans la mesure où un certain nombre de conditions doivent être réunies pour arriver à ce à quoi nous venons d’assister au Burkina Faso.

« Les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. » Cet adage passé dans le langage populaire n’est qu’en partie vrai, dans la mesure où, dans les pays en développement, par exemple, des facteurs externes se conjuguent avec des facteurs internes pour empêcher le peuple d’orienter sa destinée.

Il est vrai qu’en Afrique, continent où l’armée et la police jouent un rôle important dans la politique de la plupart des États, les dirigeants, avec l’appui de ces organes de sécurité, profitent de l’inexistence de structures politiques démocratiques, de même que de l’analphabétisme, de l’indolence et de la soumission des populations, pour s’installer au pouvoir et le monopoliser. Rares sont, en effet, les pays sur ce continent où les dirigeants ont accédé au pouvoir par un choix libre et éclairé, du peuple. La plupart de ces dirigeants s’y sont établis par l’entremise de coups d’État ou de rébellions qui ont fini par pousser dehors les régimes précédents, pour finalement se faire plébisciter quelques années plus tard par des électeurs en majorité illettrés et craignant pour leur sécurité personnelle. Quoique, depuis peu de temps, un allié de taille vient de voir le jour avec l’arrivée des outils de communication sociale sur Internet, l’éducation continue à jouer un rôle important pour mener au changement de pouvoir, dans la mesure où, pour arriver à lancer et à coordonner un mouvement populaire comme celui qui a pris place à Ouagadougou ces derniers jours, il faut une prise de conscience des enjeux en présence, mais aussi de la façon de relever les défis qui se présentent. Or, dans nombre de pays africains, le niveau de formation de la population constitue un handicap sérieux dans la prise en compte de la mesure, et ce, d’autant plus que l’utilisation de ces nouveaux moyens de communication de masse reste, là-bas, tout de même marginale.

Mais il y a plus que cela. S’agissant des facteurs externes, il ne faudrait pas, en effet, perdre de vue que d’anciennes puissances coloniales jouent toujours un rôle important dans la politique de leurs ex-colonies, où elles continuent à « tirer les ficelles ». Il ne suffit que de savoir, pour cela, que c’est le président français, François Hollande, qui a enjoint au président Compaoré de se plier à la volonté populaire. Or, si la France avait continué à soutenir le président burkinabé, il y a fort à parier qu’il aurait pu manoeuvrer et redresser la situation comme en 2011, le temps de calmer la grogne, de changer la Constitution et plus tard de truquer les élections, en temps voulu.

S’agissant alors de l’espoir que donnerait le départ du président Compaoré à d’autres pays en Afrique, il faudrait donc que soient présents, dans les pays concernés, les deux facteurs mentionnés, à savoir la sensibilisation de la population aux enjeux en présence comme aux défis à relever ainsi que l’implication des anciennes puissances dans le vent du changement.

3 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 17 novembre 2014 05 h 48

    Ma foi,

    ca ressemble au pays du Quebec ......integre !!!!!! J-P.Grise

  • Hélène Paulette - Abonnée 17 novembre 2014 09 h 25

    C'est clair...

    Les anciennes puissances coloniales continuent de tirer les ficelles par corruption interposée.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 17 novembre 2014 17 h 31

      D'accord avec vous. Si la démocratie se portait bien en Occident, et la croissance économique mondiale, j'aurais peut-être crû qu'il soit possible que les pays africains et du Moyen-Orient puissent enfin émerger et mettre fin aux régimes dictatoriaux. Mais dans la conjoncture actuelle et le nivellement des pays occidentaux vers le bas, je doute que cela soit possible.