Industrie funéraire: tout n’est pas permis

Le domaine funéraire est bouleversé depuis quelques temps par de nouvelles mœurs.
Photo: Pascal Guyot Agence France-Presse Le domaine funéraire est bouleversé depuis quelques temps par de nouvelles mœurs.

Monsieur le Ministre,

Si plusieurs membres d’une famille veulent conserver un souvenir du défunt, est-il permis de diviser les cendres ? Pour des funérailles « vertes », le défunt doit-il avoir un cercueil ? Peut-il être nu ? Est-il permis de disperser les cendres d’un être cher, chez soi ou ailleurs ? Peut-on asseoir un défunt dans une chaise, lui mettre des lunettes fumées, simuler une partie de cartes et l’exposer ainsi, comme ça a été fait en Louisiane ? Ajoutez à cela les urnes faites de glace ou de papier, les funérailles 2.0 et les défunts incinérés autrement que par le feu, grâce à de nouvelles technologies, et vous avez un portrait du domaine funéraire d’aujourd’hui. Ce sont autant de questions nouvelles que nous recevons, alors que la population vieillissante crée un « papy-boom », avec les funérailles que cela va entraîner.

Il y a de plus en plus de risques d’erreurs dramatiques et de fautes graves dans le domaine funéraire. Nous recevons un nombre croissant de requêtes particulières et les règlements en place sont de moins en moins utiles. Les thanatologues et les directeurs de funérailles du Québec ont besoin de votre aide, avant que des funérailles ne deviennent un banc d’essai pour tester les limites de la décence humaine.

Récemment, une entreprise a tenté d’organiser des funérailles totalement par l’entremise d’Internet. On y aurait acheté des services funéraires de façon complètement virtuelle, sans jamais négocier en personne avec un professionnel qualifié. Cela est-il permis ? Cela devrait-il l’être ? Autre nouveauté, des magasins à grande surface offrent des cercueils à leurs clients, comme on vend des chandails ou des brosses à dents. Le saviez-vous ?

Enfin et surtout, il est clairement trop facile d’obtenir un permis de directeur de funérailles et beaucoup trop difficile pour le ministère de la Santé de le retirer. Le cas de Patrick Fortin, dans la région de Montréal, l’a trop bien démontré. Certains directeurs de funérailles font faillite, maltraitent les défunts et les familles endeuillées sans que l’État puisse intervenir, au grand chagrin des proches survivants. Ce sont toujours les familles qui écopent pour ce manque de rigueur, Monsieur le Ministre. Ces familles devraient pouvoir se concentrer sur leur deuil et être protégées des entrepreneurs malhonnêtes.

Notre domaine est, comme bien d’autres, bouleversé par les nouvelles moeurs, pour le meilleur, souvent, et pour le pire, parfois. À titre de professionnels, les membres de la Corporation des thanatologues du Québec ne demandent pas mieux que de satisfaire les demandes nombreuses et variées des familles endeuillées, mais ils ont besoin de nouveaux repères que seul votre ministère peut donner. Nous estimons que c’est le rôle de l’État d’encadrer les changements pour protéger les citoyens.

De grâce, revoyez rapidement la loi du domaine funéraire, qui date du XIXe siècle, pour que tous les défunts aient droit à des funérailles dignes et solennelles, que chaque famille endeuillée puisse vivre ce moment difficile et unique le plus sereinement possible, que les défunts soient traités avec respect, que les professionnels connaissent clairement les limites et surtout qu’ils soient rapidement punis s’ils les enfreignent.

D’autant plus que nous savons qu’un projet de loi a déjà été rédigé à ce sujet sous le gouvernement Charest, pour être ensuite tabletté. Aidez-nous, s’il vous plaît, Monsieur Barrette, à mieux servir et à protéger les familles endeuillées du Québec.

9 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 17 novembre 2014 09 h 08

    Intéressant

    Quand arrivent la mort et les après, vaut mieux avoir en mains les dernières volontés de la personne décédée. Tout devient plus simple et plus rassembleur. Car bien des intérêts entrent en ligne de compte, des plus nobles aux ignobles, disait le sage ancien.

    Une révision de la loi serait intéressante et appropriée, tout en se gardant à une saine distance des croyances (comme Les cendres ont une âme) et des grands intérêts des maisons funéraires. Les intérêts nobles seraient à privilégier, et il y en a beaucoup.

    Mon père et ma mère nous avaient donné leurs directives écrites pour la suite de leur mort. Leur respect est passé par le respect de leurs volontés. Et cela nous a grandement unis. Unis dans nos vies, ils nous ont rapprochés et rendus solidaires dans leur dernier respect.

    Pourquoi pas un Sommet sur le sujet, avec nos intérêts supérieurs?

    • Claude Benoît - Inscrit 17 novembre 2014 11 h 28

      Et si vos parents avaient demandé d'être assis dan le salon funéraire?
      faire les dernières volontés n'est pas toujours la meilleur solution,

    • Peter Kavanagh - Inscrit 17 novembre 2014 12 h 08

      M. Benoit, les dernieres volontés sont la seule solution ( dans la mesure du possible) Les changer car elle ne nous plaisent pas est aller à l'encontre des croyances et desir de la personnes décédé.

  • Robert Beauchamp - Abonné 17 novembre 2014 09 h 13

    Le respect

    Il faudrait ressusciter ce projet «mort» au feuilleton. Très préoccupé par la coupe à blanc, je doute hélas, ce gouvernement d'une quelconque sensibilité aux préoccupations citoyennes. En avaient-ils pour leurs patients?

  • André Michaud - Inscrit 17 novembre 2014 10 h 28

    Prix exorbitants

    Pour m'être occupé de 4 successions , ma principale rage était contre les prix exorbitants exigés et le chantage émotif pour acheter des tombes ou urnes plus chères etc..

    Aller chercher un cadavre , le brûler et le mettre dans une boite de carton devrait être une option disponible autour de 500$ , pas 2,000$ et plus... Combien leur côute de faire brûler le cadavre ? On a jamais de facture précise indiquant le prix !

    Pouvez-vous Mme Garneau me dire combien coûte de simplement faire brûler un corps ...afin de comprendre le profit généré ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 novembre 2014 11 h 10

      En effet, pourquoi des cercueils en chêne avec poignées de cuivre? En quoi cela montre-t-il un quelconque respect?

    • Peter Kavanagh - Inscrit 17 novembre 2014 12 h 11

      Entierement d'accord, c'est pourquoi il est important de mettre ses derniere volonté par écrit devant notaire et s'assurer que c'est le notaire qui les prendras en charge.

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 novembre 2014 14 h 45

      Monsieur Kavanagh,
      Quand on ouvre un testament, l'enterrement a eu lieu depuis longtemps.

  • François Laforest - Abonné 17 novembre 2014 12 h 22

    Un défunt maltraité... mortellement !?

    ''Certains directeurs de funérailles font faillite, maltraitent les défunts et...'' C'est probablement comme l'histoire du corbillard qui a embouti un véhicule qui a fait un mort de grièvement blessé.