Fermons les CRE et CLD, d’accord

«L'avenir de nos régions et leur essor économique ne passent pas par des structures, mais plutôt par la capacité des élus de prendre les décisions nécessaires et d’en assumer l’imputabilité devant la population.»
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «L'avenir de nos régions et leur essor économique ne passent pas par des structures, mais plutôt par la capacité des élus de prendre les décisions nécessaires et d’en assumer l’imputabilité devant la population.»

Le gouvernement du Québec a annoncé mercredi des compressions importantes aux gouvernements de proximité que constituent les municipalités. De plus, il a décidé d’abolir les Conférences régionales des élus (CRE) ainsi que l’obligation aux municipalités de confier leur développement économique aux Centres locaux de développement (CLD).

Ces structures ne sont pas vitales au développement régional. Lorsque le réseau des CRE affirme que « le gouvernement refile aux municipalités et aux MRC l’odieux de couper dans le développement des régions », elle fait fausse route. De son côté, quand l’Association des CLD titre que le « couperet tombe sur l’autonomie économique des régions », c’est tout aussi faux. Ce sont là des déclarations présomptueuses qui ne reflètent ni la réalité ni l’ambition que les municipalités ont pour leur développement.

Je suis profondément convaincu que l’avenir de nos régions et leur essor économique ne passent pas par des structures, mais plutôt par la capacité des élus de prendre les décisions nécessaires et d’en assumer l’imputabilité devant la population. Au bout du compte, c’est elle qui aura le dernier mot et qui portera un jugement sur les actions posées par ses représentants. Et si l’abolition de certaines structures permettait justement de rapprocher les citoyens des lieux décisionnels lorsqu’il est question de développement ?

Il m’apparaît clair que les MRC sont pleinement en mesure d’assumer les responsabilités qui étaient dévolues aux CRE. Comme nouveau maire, je me suis souvent questionné au cours de la dernière année sur la pertinence de maintenir autant de paliers au sein desquels ce sont souvent les mêmes personnes qui se retrouvent, entraînant ainsi de nombreuses heures de réunions. La concertation régionale demeure cependant cruciale et, à cet égard, le rôle des tables des préfets des MRC d’une région sera primordial.

En ce qui a trait à l’abolition des CLD, je considère que le gouvernement du Québec a été prudent en évitant l’application d’une mesure « mur à mur ». Reconnaître le palier municipal comme un véritable partenaire, c’est aussi le laisser libre de ses choix. À cet égard, les élus locaux sont en mesure de juger eux-mêmes de la structure qui favorisera chez eux un développement économique efficace et créateur de richesse.

À ce titre, il faut souligner le cas d’exception que représente la situation de la Société de développement économique de Drummondville (SDED), un des organismes les plus efficaces du Québec et dont les performances sont souvent citées en exemple ici et ailleurs dans le monde. Créée en 1986, bien avant les CLD, la SDED est à l’origine de l’impulsion remarquable qu’a connue le développement économique dans la MRC de Drummond. En 1998, la SDED acceptait d’intégrer la mission des CLD à sa charte.

Avec ou sans les CLD et les CRE, Drummondville demeurera un des plus importants moteurs économiques du pays et une pépinière d’entrepreneurs. Le gouvernement de proximité qu’est la municipalité et le lieu de concertation supralocal qu’est la MRC sauront assumer le leadership nécessaire pour poursuivre sur notre lancée exceptionnelle, et participeront activement à faire entendre la voix de la région auprès du gouvernement du Québec.

Une nouvelle ère doit s’amorcer

Dans le livre blanc présenté par l’Union des municipalités du Québec, les mairesses et les maires réclament une plus grande autonomie et une reconnaissance accrue du palier municipal. D’ailleurs, j’appuie pleinement l’UMQ et je suis solidaire de sa présidente et son équipe dans la négociation du nouveau pacte avec Québec.

Nous ne voulons plus être considérés comme une administration relevant du gouvernement du Québec, ce que nous ne sommes pas, mais comme un partenaire à part égale, puisque les municipalités ne sont pas redevables au gouvernement, mais bien à leur population locale.

La signature d’un nouveau pacte fiscal devra donc constituer un premier pas qui mettra en oeuvre nos propositions légitimes. Une nouvelle ère doit s’amorcer ; l’heure est maintenant venue où les municipalités doivent assumer pleinement leur développement, en bénéficiant des ressources qui leur reviennent.

Comme maire de Drummondville, ce qui compte pour moi, ce n’est pas les structures, mais les résultats. Si la réforme que nous propose le gouvernement du Québec en abolissant les CRE et les CLD ne vise qu’à économiser de l’argent sur le dos des régions, le ministre des Affaires municipales me trouvera sur son chemin pour lui barrer la route. Cependant, s’il démontre qu’au coeur de sa restructuration se trouve l’importance de rapprocher les ressources des citoyens pour en maximiser les retombées, dans le respect de nos compétences respectives, je serai un partenaire qui l’appuiera.

5 commentaires
  • Line Légaré - Abonnée 7 novembre 2014 07 h 34

    En désaccord!

    Votre analyse est minimaliste. Elle ne tient nullement compte de la composition des tables des CLD. Si on remet exclusivement entre les mains des élus le développement des régions, comment pourrait-il se dégager une vision à long terme? Une bonne partie d'entre eux auront-ils les compétences pour prendre des décisions éclairées? Seront-ils obnubilés par leurs prochaines élections? Où seront entendues les voix du communautaire, des services sociaux, des petites entreprises, etc? Les CLD sont des structures qui permettent de voir le développement non juste de par la lorgnette économique mais bien via une appellation qu'on peut qualifiée de durable.

    De plus, vos écrits ne transpirent que du "pas dans ma cour" car chez vous cela serait différent. Si vous ne croyez pas aux tables où vous siégez, démissionnez. Il y aura une personne qui vous remplacera afin de travailler de concert avec les gens vraiment intéressés au développement de votre région et ce, non pas juste pour quatre années.

    • Jacques Patenaude - Abonné 7 novembre 2014 09 h 37

      Ce maire voudrait nous ramener à l'époque des anciens commissariat industriels dont les activités consistaient surtout à faire la chasse aux annonces réjouissantes pour favoriser l'élection du maire. La prise en charge par le milieu de son développement économique par la structure des CLD a permis un développement beaucoup plus important et organisé que la chasse aux entreprises qu'on vivait autrefois. Je suis cependant conscient que côté « powertrip » du maire c'est moins efficace.

  • Daniel Cyr - Abonné 7 novembre 2014 10 h 29

    Jeu imcompris des échelles de gouvernance

    Il y a quelque chose que vous semblez ne pas avoir compris dans l'organisation des CRÉ, pourtant le nom réel derrière l'acronyme devrait vous aider - Conférence régionale des ÉLUS! Cette soi disant structure n'était pas composée de nouveaux joueurs, elle rassemblaient les maires et les préfets d'une même région qui avaient là l'opportunité de débattre d'enjeux difficiles voire impossibles à régler à l'échelle des MRC, encore moins à l'échelle municipale. Même la dimension économique chère à plusieurs ne se joue plus aux échelles sous-régionales. Si la structure en question n'a pas donné des résultats... disons probants, dans certaines régions, les maires et les préfets ont à se questionner sérieusement puisqu'ils étaient directement à la barre!

    La concertation un peu forcée par le gouvernement Charest il y a une décennie, et dans bien des cas demandée à l'époque par des maires au nom de la régionalisation, n'a pas été comprise non plus par le nouveau gouvernement de la même allégeance (Parti Libéral). Idem pour certains nouveaux maires! Intéressant de se souvenir que ce palier de gouvernance a été mis en place dans la foulée du leitmotiv libéral «Briller parmi les meilleurs ». Certaines lumières ne brillent vraisemblablement plus autant aujourd'hui! L'expérience des CRÉ n'a pas été heureuse dans toutes les régions, je dois l'admettre, mais encore une fois, on jette le bébé avec l'eau du bain et on procède encore « mur à mur » comme vous le dénoncez dans votre article. Dans certaines régions, la concertation enclenchée au sein des CRÉ aura permis de faire avancer des dossiers importants qui relève de cette échelle. Les MRC auront-elles la capacité, voire la volonté (!) d'assurer la suite des choses? Il est à craindre que la disparition du palier de discussions des CRÉ favorisera la réapparition de l'esprit de clocher. Appelons un chat, un chat! Déjà le déchirement actuel annonce rien de bon!

    Un géographe habitué à voir la pertinence de toute les échelles.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 7 novembre 2014 15 h 03

    Ce maire se contredit

    Il est contre les structures : «Je suis profondément convaincu que l’avenir de nos régions et leur essor économique ne passent pas par des structures, ».

    Mais pas contre la sienne : «À ce titre, il faut souligner le cas d’exception que représente la situation de la Société de développement économique de Drummondville (SDED), »

    Monsieur le maire, quand vous aurez résolu vos contradictions, vous nous expliquerez pourquoi les autres villes n'ont pas le droit de s'organiser. De plus, l'abolition des CLD n'est pas autre chose que de la «coupure» de budget sur le dos des régions. On redonne la mission aux villes, mais avec un budget amputé.

    Ce sont des coupures stupides et incohérentes puisque ce sont des investissements qui rapportent, mais comme on est incapable de voir le retour sur investissement, on coupe.

  • Francesca Désilets - Abonnée 7 novembre 2014 21 h 36

    Drummondville, un moteur économique du pays ? En est-il un pour sa région, le Centre-du-Québec ?

    «Drummondville demeurera un des plus importants moteurs économiques du pays et une pépinière d’entrepreneurs.» J'aimerais que l'auteur m'explique pourquoi la région du Centre-du-Québec, dont Drummondville est la plus grande aglomération, :
    a un revenu moyen par habitant qui ce situe au 14e rang sur 17 des régions administratives du Québec;
    - a un revenu moyen par habitant d'environ 3 000$ de moins que la moyenne québécoise;
    - a eu une baisse du revenu médian des couples de 2010 à 2011;
    - a eu une diminution du taux d'entrepreneurs de 2006 à 2011;
    - a le revenu d'entrepreneurs est le moins élevé au Québec en 2010;
    - est situé au 15e rang sur 17 du nombre de livres neufs vendus par les librairies selon la région administratives, ce qui le positionne à une moyenne de 31 livres par habitant donc au 13e rang sur 17 au Québec;
    - un taux de chômage de 7,4% en 2013, positionnant la région au 9e rang sur 17, même si elle connaît la 5e plus forte hausse d'emploi au Québec cette année-là (en 2009 la région se situait au 4e rang par rapport à son taux de chômage);
    - où les transferts gouvernementaux (aide sociale, assurance emploi, prestations de vieillesse, etc.) augmente le plus rapidement par rapport à 2011 (en comparaison avec les autres régions du Québec);
    - a un nombre plus élevé d'individus de 25 à 64 ans sans diplôme que la moyenne québécoise (2014);
    - aun nombre plus faible d'individus de 25 à 64 ans avec un diplôme universitaire que la moyenne québécoise (2014).