« La femme de quelqu’un d’autre »?

Julie Snyder enlaçant la première ministre élue Pauline Marois, au soir des élections de septembre 2012. Elle répond ici au chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Julie Snyder enlaçant la première ministre élue Pauline Marois, au soir des élections de septembre 2012. Elle répond ici au chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Monsieur Legault, ici « La femme de quelqu’un d’autre », comme vous l’avez déclaré samedi dernier lors du Congrès de votre parti et tel que cela a été repris aux nouvelles et abondamment dans les médias sociaux depuis. Je suis malheureusement obligée de vous rappeler qu’il est réducteur de définir une femme par son conjoint.

Il y a maintenant plus de 30 ans, à 16 ans, je débute comme chroniqueuse à la télé communautaire. Je n’ai pas de contact, mon père est agent d’assurance, ma mère technicienne de laboratoire. Le directeur de mon école a envoyé des jeunes pour passer une audition et j’ai été choisie.

Faisant mes premiers pas à la télé bénévolement tout en poursuivant mes études, comme plusieurs, j’exerce mille petits boulots. À l’université, une productrice m’appelle pour tenir une chronique à TQS (aujourd’hui V), j’ai 18 ans et j’y interviewe la future femme de René Angélil, mieux connue sous le nom de Céline Dion.

Je suis également chroniqueuse pour Marguerite Blais, aujourd’hui députée libérale que j’apprécie beaucoup, mais aussi pour Roch Voisine à Top Jeunesse et pour des émissions culturelles de la SRC et TQS. Entre 1989 et 1991, l’émission Sortir me permet de remporter l’Artis de la meilleure animatrice d’un magazine culturel et un prix Gémeaux remis par Bernard Pivot. Puis j’anime L’enfer, c’est nous autres à la SRC pendant cinq ans où je rencontre la future députée caquiste d’Iberville, Claire Samson, alors patronne des communications. Je vous félicite d’ailleurs d’avoir recruté cette femme brillante, considérée par ses pairs comme une grande dame des médias.

En 1997, TVA (qui n’appartient pas encore à Québecor) me permet de devenir la première femme à animer le talk-show de fin de soirée à son antenne. Devenue productrice en 1997, je produis depuis pour TVA, Astral, Télé-Québec, Sony Musique, France Télévisions, Carson Prod, Oprah Winfrey Network, TV5 Monde et des DVD vus à travers le monde pour lesquels des centaines de Québécois ont travaillé.

En 2000, je deviens la première Québécoise à présenter un talk-show en Europe. J’ai aussi fait les premières pages de magazines tels que Paris Match, Châtelaine, L’Actualité, Mirror, Maclean’s et plusieurs reportages dans Elle, Voir, Le Monde, etc. Mon entreprise a reçu d’innombrables récompenses : Socan, Gémeaux, Juno, CanPro, une trentaine de Félix, trois Telly Awards remis aux États-Unis pour les meilleures productions de films et vidéos.

À titre personnel, j’ai à mon actif plusieurs prix : Gémeaux, Artis, prix Montfort, Femme exceptionnelle de la Chambre de commerce de Montréal et je suis chevalière de l’ordre national du mérite de la République française.

Mes enfants m’appellent maman, mais les millions de Québécois qui me font l’honneur de me suivre depuis toutes ces années m’appellent Julie. Quand vous me rabaissez à être la « femme de quelqu’un d’autre », vous faites preuve d’un manque de respect envers le public et les femmes en général, qu’elles soient sur le marché du travail ou à la maison. Une femme se définit par elle-même, au même titre que les hommes. Je suis petite de taille certes, mais moi, vous ne me ferez pas taire. Je sais que je ne suis pas seule.

42 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 4 novembre 2014 03 h 23

    Bravo pour ce texte.

    En effet,une femme ne se definit par son conjoint et vous avez vecu avant d'etre avec celui-ci.Mais pardonnons a M.Legault,tout de meme,puisqu'il me semble etre de culture patriarcale..Vous faites bien cependant de vous affirmer et de lui rappeller que nous sommes dans un siecle ou les femmes devraient etre considerer egales aux hommes.
    Par ailleurs,je pense que plusieurs Quebecois qui vous connaissent depuis vos debuts,vous apprecient en tant que Julie Snyder et non "la femme de..".

  • Suzanne Chabot - Inscrite 4 novembre 2014 03 h 24

    Excusez mon ignorance


    Est-ce qu'on peut savoir dans quel contexte il a dit qu'elle est "la femme de quelqu'un d'autre ?"

    Avant de juger quelqu'un pour ses propos, il convient de savoir dans quel contexte il les a dits.

    • Marc Rainville - Abonné 4 novembre 2014 06 h 40

      Bis. Il me semble que ''Julie'' ne manque pas de tribunes pour faire dans l'auto-promotion. J'ai moi aussi bgesoin d'une mise en contexte. Je ne dirai de ce texte réducteur aux accents bling-bling qu'il me laisse sur ma faim.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 novembre 2014 07 h 46

      L'ignorance n'est pas une défense et la dénigrassion n'est pas acceptable... dans n'importe quel contexte, Madame Chabot.

      PL

    • Jean Lapierre - Inscrit 4 novembre 2014 15 h 46

      Décidément, vous êtes de mauvaise foi. François Legault s'est excusé auprès de Julie Snyder. Votre ignorance des faits reprochés par Julie Snyder n'excuse pas votre opposition systématique au discours qui fait la promotion de l'égalité des femmes et des hommes.

    • Christian Montmarquette - Abonné 4 novembre 2014 17 h 21


      Parfaitement d'accord avec Marc O. Rainville

      Ce vaniteux étalage de carrière n'est pas un plaidoyer pour le respect des femmes. C'est un texte de publicité gratuite pour vanter les propres mérites d'une personne déjà bien suffisamment mise en valeur comme ça.

      Il y a des limites à faire du millage sur la bêtise d'un fait divers.

      - Cm

      .

    • Pierre Grégoire - Inscrit 4 novembre 2014 17 h 50

      Le contexte n'est pas important.
      La femme de l'autre est réducteur peut importe le contexte.

      Comme si François Lefault n'était que le conjoint d'une certaine femme d'affaires.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 4 novembre 2014 21 h 46

      @CM @MOR À ces deux compères des "anti" toutes choses reliées au PQ,au féminisme ou autres sujets qui n'adhèrent pas à leurs convictions, je leur propose de se renseigner avant d'émettre des critiques perfides, haineuses ...et surtout sans fondement...Y'a un bout à tout! Trop c'est trop!

  • Sébastien Boisvert - Inscrit 4 novembre 2014 03 h 47

    Téléréalité glorifiée

    Devant cette téléréalité politique, je trouve que la politique québécoise est rendue bien basse.

    Après les hommes d'État, voici venu les hommes de Télé.

    Décourageant.

  • Michel Paillé - Abonné 4 novembre 2014 04 h 22

    Se faire un nom


    On vous appelle Julie comme on appelait l'une de vos prédécesseures : Lise. Bravo pour cette belle tenue qui révèle une personnalité hors du commun.

  • Renee Goulet - Inscrite 4 novembre 2014 07 h 12

    Bravo Julie!

    Merci Julie pour cette mise au point bien sentie. Tu as brillamment et talentueusement bâti ta carrière sans avoir recours aux tactiques douteuses de nos politiciens qui ne peuvent s'empêcher de salir leurs adversaires au lieu de mettre de l'avant leur programme respectif. Bravo pour ta réussite exceptionnelle et bien méritée. La "femme de l'autre?" Oh, que non! Tu es et resteras notre Julie nationale, femme d'affaires émérite et animatrice hors pair chère à nos coeurs de Québécoises!