Les nouveaux «réfugiés climatiques»

Le cardinal rouge se déplace de plus en plus vers le nord depuis 50 ans.
Photo: David Hill CC Le cardinal rouge se déplace de plus en plus vers le nord depuis 50 ans.

À l’heure où les chefs d’État du monde hésitent à fixer des objectifs contraignants de réduction des émissions de carbone et où l’obtention d’un accord international paraît illusoire, les effets des changements du climat sont bel et bien réels. Au Québec, ces effets sont pour le moins surprenants : par centaines, des réfugiés nouveau genre se pressent maintenant à nos portes…

À l’échelle planétaire, toutes les analyses prévoient que les changements climatiques réduiront la biodiversité. Toutefois, au Québec, on prévoit une augmentation potentielle du nombre d’espèces animales et végétales. Ce paradoxe s’explique surtout par la position nordique du territoire québécois, dont les basses températures hivernales et la courte saison estivale limitaient historiquement la répartition de nombreuses espèces. Ainsi, bon nombre d’espèces présentes par exemple aux États-Unis pourraient, au fur et à mesure que le climat se réchauffe, migrer progressivement vers le nord et investir le territoire québécois.

Ces changements sont déjà observables. Les observations des ornithologues montrent sans ambiguïté la présence croissante et de plus en plus nordique du cardinal rouge depuis 50 ans, un oiseau confiné à la région montréalaise dans les années 1960. Dans le nord du Québec, le réchauffement climatique a clairement provoqué l’avancée de la limite des arbres d’une dizaine de kilomètres vers la baie d’Hudson. Plus surprenant encore : dans l’est du Canada, la limite septentrionale de répartition de 80 espèces de papillons s’est déplacée en moyenne de 140 kilomètres vers le nord entre 1970 et 2012. Pour les biologistes et gestionnaires de la conservation, l’arrivée de ces nouvelles espèces pose un défi de taille et peut avoir des effets complexes et majeurs sur les écosystèmes actuels comme sur les sociétés humaines.

Se préparer à l’imprévu

L’explosion du nombre de cas de maladie de Lyme au Québec est un exemple éloquent des conséquences que peut avoir la progression de nouvelles espèces sur notre territoire. Cette maladie est causée en Amérique du Nord par la bactérie Borrelia burgdorferi transmise par la tique à pattes noires, elle-même le plus souvent propagée par la souris à pattes blanches. Or, ces trois espèces se propagent actuellement rapidement vers le nord. Ainsi, le nombre de cas annuels, qui variait de 2 à 14 entre 2004 et 2010, est passé à 32 en 2011, puis à 141 en 2013 !

Vous l’avez compris, le temps est maintenant venu de s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique, devenues incontournables. En plus de nécessiter des actions directes au cas par cas, une surveillance constante et rigoureuse des écosystèmes et des espèces problématiques est de mise. L’outil de détection Sentinelle, mis en place récemment par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec, est un exemple de programme visant à accroître notre vigilance face aux changements en cours. Composé d’une application mobile et d’un système cartographique accessible sur le web, cet outil permet aux professionnels de l’environnement comme aux citoyens de localiser et de signaler les espèces exotiques envahissantes, qui progressent et s’établissent à grande vitesse au détriment des espèces natives.

L’acquisition de connaissances sur le fonctionnement des écosystèmes et le développement des sciences dites « prédictives » deviennent aussi essentiels pour tenter d’anticiper les changements à venir. De plus, pour augmenter notre capacité collective à réagir aux « surprises écologiques », une réforme des systèmes de gestion est également nécessaire afin qu’ils deviennent suffisamment flexibles pour être ajustés rapidement aux changements observés.

La responsabilité du Québec

En dehors des problèmes que peut engendrer l’arrivée de certaines espèces dans nos écosystèmes, il faut se demander quelle sera la place des espèces non problématiques au Québec, et plus particulièrement des espèces rares et menacées. Plusieurs espèces risquant de voir leurs populations sévèrement réduites plus au sud pourraient trouver chez nous des conditions climatiques propices. Face à ces « réfugiés du climat », le Québec et le Canada ont une importante responsabilité en matière de conservation de la biodiversité. Cette responsabilité est un argument de poids en faveur de la préservation et de la restauration des habitats ainsi que de la création de nouvelles aires protégées.

Les espèces devront pouvoir trouver chez nous des habitats favorables à leur déplacement et à leur établissement, dans les régions fortement habitées du sud de la province comme dans le nord du Québec. Des projets comme celui du parc national Albanel-Témiscamie-Otish, qui couvre un immense territoire de plus de 11 000 km2 dans les régions nordiques particulièrement sensibles aux changements du climat, ont une importance toute particulière. La forme allongée du futur parc, qui s’étale du sud-ouest au nord-est, est également tout indiquée pour faciliter le déplacement des espèces qui montent vers le nord.

Malheureusement, la création du parc tarde à se concrétiser, bien que le territoire ait été mis sous réserve en 2007. De façon générale, tout porte à croire que le Québec n’atteindra pas ses objectifs de création d’aires protégées pour 2015. Or, dans un monde devenu dynamique sous l’effet d’un changement rapide du climat, la survie de nombreuses espèces dépendra sans doute de notre capacité à mettre en place sans tarder un réseau d’aires protégées cohérent et d’envergure qui pourra servir de refuge continental.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique afin qu’ils présentent leur perspective sur un sujet qui les préoccupe ou dont ils traitent dans les pages de leur publication. Cette semaine, un extrait du numéro 56 de la revue À bâbord.
7 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 4 novembre 2014 07 h 30

    Article très intéressant...

    En d'autres mots, le Canada devra payer pour les négligences continentales... mais évidemment Harper préfère s'attaquer à l'Inde ou au Moyen-Orient plutôt que de se tenir debout devant les États-Unis et devant ses concitoyens qui refusent de mettre en priorité la survie de notre environnement

  • Claudette Piché - Inscrite 4 novembre 2014 08 h 18

    Le Québec traine la patte

    Très bon reportage!
    Mais je lis cet article et je me sens projeter des dizaines d’années en arrière car cette problématique n’est pas nouvelle mais le discours se répète inlassablement sans que les gouvernements bougent réellement!
    Pourquoi parce que ces gouvernements répondent aux lobbys qui les font élire ou encore leur procurent du travail pour leur sortie de la politique : Pétrole, pharmaceutique etc.
    Pourquoi mettre en place un vrai système de prévention, de soins concernant la maladie de lyme quand il est dénoncé sur la place publique que le protocole utilisé donc choisi par le Collège des médecins est parasité de conflits d’intérêts impliquant des compagnies pharmaceutiques et d’assurances? Ces preneurs de décisions sont payés par le gouvernement donc par nous avec nos salaires!
    Dernièrement un médecin infectiologue a mentionné lors d’une émission de télévision que la médecine était en retard de dix sur la réalité de la situation réelle. Et encore on ne parle pas de co-infections transmises aussi par les tiques ou autres!
    La Santé Canada a mentionné que les tests pour détecter la maladie de Lyme étaient cause de faux résultats donc de faux diagnostics! Nombreux malades de Lyme ont de faux négatifs, j’en suis un exemple et j’ai dû requérir à des soins aux USA. Même si l’on dénonce la situation du déni et de l’ignorance des instances de la santé malgré toutes les souffrances que nous vivons on nous diagnostique encore trop souvent : hypocondriaque. C’est là que j’ai compris que des médecins feraient un tel diagnostique plutôt que d’avouer leur ignorance, on se permettrait d’en rajouter avec une telle incompétence! Sous quel pouvoir? Est-ce que leur titre le permettrait ?
    Combien cela coutent à tous ceux qui paient ce déni?
    Les médecins spécialistes ne manqueraient pas de travail tout de même avec de bons diagnostiques!

    En 2008, il fut fait des études et on y aurait trouvé des tiques contaminées, où sont les affiches pour en indiquer les

    • Claudette Piché - Inscrite 4 novembre 2014 08 h 51

      En 2008, il fut fait des études et on y aurait trouvé des tiques contaminées, où sont les affiches pour en indiquer les lieux afin de protéger les promeneurs en forêt?
      Pour dire la vraie situation de cette maladie ne faudrait-il pas plutôt chercher là où cela rapporte à …nos élus? Une maladie politique avant tout…

  • Francis Renaud - Abonné 6 novembre 2014 12 h 13

    Témoignage d'une personne atteinte de Lyme

    Je vous transmet à vous cher lecteur le témoignage de Cristina Manago Pilon, une jeune femme atteinte de la maladie de Lyme. Ce témoignage permet de voir de façon concrètement les conséquence de tous ça...

    À tout ceux qui souffrent de la maladie de Lyme j'avais envie de vous partager mes écris sur ce que je vis et ce que vivrent la plupart des personnes atteintes de la maladie de lyme. Un matin ma vie à changer , une vague de douleurs ma transpercer le corps .On a pris le contrôle de ma tête de mes idées , de ma mémoire , de ma créativité et de ma vie .On a pris mon corps en otage .Elle est sournoise , elle grandit en nous chaque jour avec des questions sans réponses , elle dévore tout ce que l'on veux accomplir , elle nous fatigue jusqu'au point ou l'on déteste notre lit car on ne peux plus dormir comme un ange qui rêve ... La bataille ne fini jamais , on est toujours en train de lutter ... Et le lendemain ce que hier on a vécue est comme si on l'avais rêver , c'est comme si le temps nous étaient enlever , et que nos moments sont vécus sans être vécus .. Parfois de l'anxiété qui étouffe le souffle .. Le cœur qui bondit comme si on rendais l'âme .. La tête dans une toile qui nous tisse , le cerveau qui es complètement fatiguer mais en impossibilité d'avoir du repos .. Les jambes lourdes et vieilles .. La peau amorphe et plissée .. La gorge nouée comme un nœud les yeux vitreux qui tire .. L'enflure ,,, l'agression des brûlures et des tiraillements , les spasmes .. Les os et les articulations qui deviennent malade et fragile on a de la difficulté à se mouvoir à se transporter , chaque chose demande un grand effort .. L'énergie est à plat .. Sans le vouloir on prend une pause qui nous mange notre joie de vivre ,. C'est un mal qui ne part jamais , une larme d'impuissance et de souffrance .. Nous nous sentons incompris et abandonnées par le corps medical , certains medecins peuvent nous aider mais la plupart du temps nous devons se faire traiter hors du pays ..nous n

    • Francis Renaud - Abonné 6 novembre 2014 23 h 21

      Suite :

      la plupart du temps nous devons se faire traiter hors du pays ..nous n'avons pas de reconnaissance face a notre lutte quotidienne ,il Nya que notre foi qui continue de s'accrocher pour pouvoir souhaiter la guérison et de pouvoir rire chanter danser travailler s'occuper de nos enfants de notre femme ou époux de notre vie ... Pourquoi nous? Parce que parfois la vie est fait ainsi .. Personne n'est à l'abri aujourd'hui , ce que nous devons faire : aider notre prochain et surtout ne jamais abandonner , l'on dois se battre et améliorer notre mode de vie pour pouvoir aller mieux , le sommeil , l'alimentation , les vitamines , les minéraux , l'air frais , l'exercice , les sauna , toute est question du terrain et non du traitement .. Le traitement aide mais l'on dois soutenir notre véhicule notre corps .. La maladie de Lyme est de loin la maladie la plus incompréhensible puisque les symptômes sont pratiquement infini .. Chaque personne vis son lot différemment .. C'est un jour la fin on a envie D'en finir parfois tellement c'est invivable .. Et le lendemain la journée est meilleure .. Et ça repart comme une roue qui tourne ,,, très difficile d'expliquer à quelqun qui ne le vis pas .. Très difficile de se reconnaître à travers ça .. On peux parfois se dire c'est pas moi ça .. Tellement on se fais envahir par des symptômes qui sont très éprouvant et parfois apeurant .. Je souhaite vraiment à chacun de nous la guérison .. Ce n'est pas un combat facile il demande volonté et courage , il demande foi et effort .. Profiter d'aimer ceux qui vous sont cher et surtout essayer de relaxer .. C'est très dure de se détendre quand le corps est ainsi attaquer mais on dois essayer de l'écouter du mieux .. Musique relaxante et bain chaud calme ma douleur parfois .. J'ai une larme à l'œil en ce moment car cette maladie me vole Bcp de temps et d'ambitions .. C'est un gros stop ...

    • Francis Renaud - Abonné 6 novembre 2014 23 h 23

      Suite ... C'est un gros stop .. Et je suis triste pour tout ceux qui vivent ça je crois que personne ne mérite de souffrir ainsi , je sais qu'avec cette expérience nous ne verrons plus jamais la vie comme avant et que nous pourrons apprendre Bcp à nos prochains .. Je vous envoi pleins d'amour à tous et à toutes .. Parfois on dois suivre nos élans et mon élan est de partager aux lecteurs ce que lon vis reellement .., merci

  • Audrey Bernier - Inscrite 6 novembre 2014 17 h 25

    Une chance qu'on a des chercheurs en biologie pour veiller au grain! ;)