cache information close 

Une hausse des droits de scolarité nuisible

Le président de la République française aura un entretien en tête-à-tête avec le premier ministre du Québec lundi. L’épineuse question de l’augmentation des droits de scolarité pour les étudiants français dans les universités québécoises demeure incontournable. Depuis l’accord de réciprocité entre la France et le Québec de 1978, les étudiants français et québécois peuvent étudier dans n’importe quelle université française ou québécoise (exception : les grandes écoles) en bénéficiant du tarif local.

Cet accord de réciprocité s’inscrit dans une longue tradition d’échange migratoire et de collaboration scientifique prolifiques. Nombre de chercheurs et de professeurs québécois ont ainsi été formés en France depuis les années 60. Au fil du temps, cet accord est devenu un des éléments fondamentaux de la relation privilégiée France-Québec telle que voulue par le Général de Gaulle et les premiers ministres Lesage, Johnson père et leurs successeurs.

À l’automne 2013, 12 493 étudiants français étaient inscrits dans une université québécoise. Représentant 38 % de tous les étudiants étrangers au Québec, ils paient 2224 $ par an en droits de scolarité. Advenant une décision de Québec de porter leurs droits au tarif des étudiants canadiens non-résidents, ce montant passerait à 6234 $ par année, soit 180 % d’augmentation. Dans ces conditions, cet engouement français pour le Québec universitaire ne risque-t-il pas de s’estomper ? Les étudiants français viendront-ils aussi nombreux au Québec dans le futur ? Même si les conditions d’étude ne sont pas, pour nombre d’entre eux, aussi idéales en France qu’au Québec, ils ont accès, en Europe, à une formation de qualité et à des coûts bien moindres qu’ici : moins de 300 $ par an au 1er cycle ; moins de 600 $ aux cycles supérieurs dans les universités françaises.

Le Québec y gagnera-t-il vraiment à long terme ? Outre l’apport économique indéniable de ces jeunes français (ils doivent se loger, se nourrir, se vêtir), il y a d’autres aspects. Les étudiantes et étudiants français qui auront passé quelques années ici, familiarisés avec le contexte québécois, forment une pépinière inestimable en matière d’immigration francophone. Quant à la langue française au Québec — le nombre significatif d’étudiants français dans les cycles universitaires supérieurs étant très important dans les universités francophones — cette présence contribue significativement, pour les établissements situés hors des grands centres urbains, au développement de la capacité de recherche en région. Les chercheurs d’ici et de France collaborent régulièrement dans la réalisation de projets de recherche, la copublication d’articles scientifiques ou l’encadrement d’étudiants (500 étudiants français et québécois par an au niveau doctoral) dans le cadre de cotutelles de thèse. Ces collaborations multiples et fructueuses contribuent à maintenir la langue française comme langue du savoir et de l’innovation.

Le manque à gagner pour les universités du Québec avec ces 12 495 étudiants français bénéficiant du tarif universitaire québécois s’élèverait à 50 millions de dollars. En haussant les droits de scolarité pour les étudiants français, le Québec a bien plus à perdre, à long terme, et sur les plans économique, universitaire, recherche et innovation, immigration, compétitivité internationale, survie de la langue française au Québec et francophonie, qu’à gagner à très court terme !

11 commentaires
  • Jean Lengellé - Inscrit 1 novembre 2014 02 h 27

    Intervention maladroite ou à tout le moins déplacée?

    Il me semble que le personnel consulaire de France ou d'ailleurs n'est pas là pour dire quoi faire au Premier Ministre, en particulier à la veille d'une rencontre avec le Président de la France, que ce soit en termes de finances ou d'immigration potentielle, ou de bénéfice linguistique plus ou moins hypothétique.
    En outre, concevoir les étudiants comme un bien de consommation qui rapporterait gros, et, on présume compenserait les "déficits des universités" semble trahir un brin de mépris pour le réseau universitaire qui ne saurait pas compter sur ses doigts pour se sortir de l'ornière, et aurait besoin du grand frère pour se faire expliquer la bonne façon de faire. Il est vrai qu'on en a eu récemment un excellent exemple avec le Directeur du CHUM. En outre, la proportion d'étudiants français qui fréquentent McGill ou Concordia aurait pu être indiquée à l'appui des prétentions de contribution à la francophonie!
    Mais, ceci dit, ce qui est le plus regrettable, c'est bien l'apologie du clientélisme mercantile, en fait la véritable source du malaise universitaire actuel.

  • Simone Lussier - Inscrit 1 novembre 2014 11 h 49

    Entente dépassée...

    Je ne prends que très rarement la part du ROC mais dans ce cas, il est tout à fait inacceptable que l'on donne privilège aux étudiants étrangers sur les frais universitaires mais pas aux citoyens de notre pays d'abord. Français ou pas, ils devraient devoir payer des frais à la hausse, comme tout étudiant étranger. Après tout, compressions ici et compressions là, on ne peut, de toute évidence se permettre ce genre de luxe. Comme si nous avions absolument besoin des français pour s'identifier. L'ironie dans tout ça est la suivante - la promotion du français... Je connais un étudiant français venu ici faire ses études sur le bras de l'état... À McGill!!! Promotion du français? À la rigueur, ce privilège ne devrait s'appliquer qu'aux universités francophones. C'est d'un ridicule. J'étais furieuse d'entendre ça. De plus, dans un article précédent dans Le Devoir, le ratio des Québécois qui étudient en France ne se compare même pas. On exclu les grandes écoles en France? Eh bien ici, c'est un buffet - tu prends ce que tu veux, et en plus on on t'offre un permis de travail, une résidence permanente et une citoyenneté en un temps éclair. Quelle est ce besoin de se prostrer devant tout ce qui est français? On se débrouille très bien sans eux. Faut être juste. Enfin, c'est pas notre force la justice, ces jours-ci...

    • Cyril Dionne - Abonné 1 novembre 2014 15 h 48

      D'accord avec vous. En tant que francophone hors Québec, j'ai dû payer des frais de scolarité comme étudiant canadien (au moins deux fois le prix) pour une université québécoise. Alors, j'apprends l'an passé que des étudiants de la France ne payaient que le minimum des frais encourus. Entre d'autres mots, je subventionnais des étudiants étrangers.

      Les étudiants étrangers, ceci inclus ceux de la France ou de ses anciennes colonies, devraient payer les mêmes frais de scolarités qu'un étudiant chinois par exemple. Finis les privilèges pour les étudiants français. Finis le multiculturalisme francophone à la &*%#@$ !

  • Bernard Terreault - Abonné 1 novembre 2014 13 h 13

    Bris de contrat

    Renier cet accord de réciprocité passé avec la France il y a près de 50 ans ce serait un bris de contrat. Et dans les premières décennies les Québécois en ont beaucoup profité, surtout au niveau des études supérieures. La recherche dans les universités francophones à cette époque au Québec faisait pitié, sauf peut-être en médecine, et ces échanges ont beaucoup contribué à rattraper notre retard.

    • Cyril Dionne - Abonné 1 novembre 2014 19 h 31

      Cet accord avait été conclu par René Lévesque (1978) à l'aube du référendum de 1980. Le gouvernement de l'époque voulait bénéficier d'un support favorable de l'un des cinq plus puissants pays de la planète lors de la négociation avec le ROC suite à un « OUI ». Et qu'avait demandé la France en retour (en plus de plusieurs autres choses) ? Un accès presque gratuit aux universités du Québec pour les ressortissants français sous l'égide d'un accord de réciprocité.

      Radio-Canada notait en 2008, en ce qui concerne les étudiants français au Québec, que « l'attrait de l'anglais étant ce qu'il est, les étudiants français sont de plus en plus nombreux à s'inscrire dans les universités anglaises du Québec. Ce qui leur permet d'économiser des milliers de dollars en frais de scolarité qu'ils devraient autrement payer dans les universités américaines ou canadiennes anglaises ». Ces collaborations, entre la France et le Québec, ne sont pas aussi « multiples et fructueuses » comme on voudrait nous le faire entendre. Et en ce qui concerne la vitalité de la langue française, cet accord n'apporte rien de concret à part les frais de scolarités presque gratuits aux étudiants français qui évoluent dans les universités du Québec.

  • Eric Troncy - Inscrit 1 novembre 2014 16 h 27

    Qui est dépassé ?

    Ayant bénéficié de ces échanges mutuels France - Québec pour d'abord découvrir le système éducatif Québécois puis décider d'y réaliser une partie de mes études en cotutelle de Doctorat, avant de mener une carrière professorale au sein d'une de ces institutions, je voudrais souligner la qualité de l'analyse empreinte de justesse et la vision (que trop) réaliste du Conseiller consulaire François Lubrina. Il ne faut pas tout mélanger et d'abord corriger les erreurs véhiculées dans les messages quelque peu rageux associés à cet article jusqu'à présent :
    - Un Conseiller consulaire n'est pas un employé du Consulat. Mais l'expérience et la popularité du Dr Lubrina dans la communauté française en Amérique du Nord lui octroient toute la crédibilité requise pour une telle intervention.
    - La non intégration des étudiants Québécois dans les Grandes Écoles Françaises est due à leur incapacité de réussir leur concours d'entrée.
    - Les échanges France - Québec découlent d'une histoire commune et d'une relation internationale unique qui en soutiennent toute la richesse au niveau éducatif, scientifique et économique (la balance commerciale découlant de cette histoire nous est éminemment favorable). Plutôt que de céder aux sirènes du révisionnisme historique pour soutenir des visions douteuses, rappelez-vous que la devise du Québec est "Je me souviens". D'un point de vue migratoire, le recrutement de personnes éduquées et francophones n'est pas seulement un avantage, c'est une quasi-nécessité et je vous l'illustre : Étant professeur dans une Faculté professionnelle, celle-ci ne pourrait tout simplement pas fonctionner sans le recrutement annuel de jeunes diplômés Français qui assurent la continuité de service dans notre clinique, mais aussi l'encadrement des étudiants de premier cycle. N'oubliez pas que nous devons enseigner en Français, c'est un devoir. Vous ne pouvez imaginer combien il est difficile de recruter et de retenir dans nos rangs le personnel non-francophone.

    • Cyril Dionne - Abonné 1 novembre 2014 18 h 38

      Non, non et non. Nous sommes les grands perdants dans cette équation. La relation d'une histoire commune et d'une relation internationale unique a pris fin lorsque la France a troqué le Canada français pour des îles antillaises à sucre en 1763.

      La balance commerciale de cette histoire est éminemment favorable aux étudiants français et de ses anciennes colonies. Pas aux français d'Amérique ou ceux qui vivent au nord du 45e parallèle. Cette histoire de multiculturalisme francophone nous est aussi aberrante que celle imposée par les grands gagnants du traité de Paris de 1763, nos chers anglophones.

      Et quelle condescendance. Nous sommes aussi capables de nous débrouiller tout seul économiquement, socialement et culturellement sans à avoir à payer pour éduquer les étudiants étrangers des autres pays. Nous n'en avons plus rien à cirer de la France.

  • charles noel - Inscrit 1 novembre 2014 18 h 41

    Grandes ecoles

    Le système des Grandes Ecoles en France et leur mode de sélection est impitoyable et Eric Troncy a raison de mentionner que préparer un concours d'entrée nécessite de passer 2 a 3 années en France, sans garantie de réussite (encore faut-il être admis en classe préparatoire). l'admission au compte-goutte est possible en 2 ième année (pas partout) mais il faut avoir au minimum une maitrise et la sélection est la aussi impitoyable.

    Pour mémoire il entre 400.000 élèves dans le système francais chaque année, de ce nombre seulement un petit millier arrivent a intégrer les grandes écoles (Polytechnique, Centrale, Mines, etc.) après 14 années de préparation et des concours d'entrée démentiels.

    Des départements entiers d'université québécoises devraient fermer sans cet apport (étudiants ou professeurs) francophone mais surtout francais.