La qualité du français dans nos universités

Photo: Jacques Grenier Le Devoir

Mes poils se hérissent, mes mains se crispent, tout comme lorsque j’entends le cri strident et désagréable que produit un couteau gratté contre le fond d’une assiette: «  quand ” est-il de la sérotonine ? » Je suis étudiante à l’Université Laval, et mes notes de cours, comme mes examens, abondent de perles comme celle-là. En voici quelques autres tout aussi délicieuses : « l’approche psychanalytique s’est développé à l’extérieure de la psychiatrie » ; « on diagnostic cinq garçons autistes pour une seule fille » ; « les huit symptômes décrit ont été classés en trois catégories » ; « ceci dépasser les objectifs du cours ».

Ce ne sont pas des erreurs subtiles sur l’usage du point-virgule ou l’emploi d’un anglicisme sémantique que je relève ici, mais plutôt des fautes d’orthographe et d’accord pour le moins manifestes. Mes yeux saignent. On me fait noter que le texte, malgré ses nombreuses bourdes, en demeure compréhensible. Certes. Mais qu’en est-il de l’intégrité de notre langue ?

Il est, de mon avis, inacceptable qu’un établissement d’enseignement se soucie aussi peu de la qualité du français dans le matériel didactique qu’il produit et distribue. À mon sens, reléguer cette préoccupation au second rang revient à renoncer à notre langue et à notre culture, pourtant si riches. Ce n’est pas l’apprentissage de l’anglais qui menace l’avenir du français — quoi qu’en prétendent certains, ces deux langues ne sont pas mutuellement exclusives —, mais plutôt la faible importance que l’on accorde à l’usage d’un français de qualité.

Fierté à chérir

Je m’aventure sur un autre front… Le rapport Demers, paru lundi dernier, a évoqué, entre autres possibilités, celle d’abolir l’épreuve uniforme de français dans les cégeps, en vue de hausser le taux de diplomation. J’espère sincèrement que les groupes de travail mis sur pied par le ministre Bolduc écarteront cette avenue avec diligence. Heureusement, le ministre a été déjà forcé de le faire. Plutôt que de diminuer les exigences requises pour l’obtention du diplôme d’études collégiales, il faut rehausser les mesures d’aide à l’apprentissage afin que les étudiants en difficulté acquièrent des compétences langagières de base.

« Le français est une belle langue ! » s’exclame-t-on si souvent. C’est vrai. Mais à cela j’ajouterais que cet amour de notre langue naît du temps consacré à l’apprendre, à l’apprivoiser, à l’approfondir. On en goûte bien mieux les subtilités lorsqu’on la maîtrise : on prend alors d’autant plus plaisir à la faire briller dans nos écrits, à en agencer les mots pour créer des combinaisons qui sonnent doux, à en découvrir la tradition littéraire. Cette fierté du français, ne l’étouffons pas.

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16 commentaires
  • Gilbert Troutet - Abonné 30 octobre 2014 09 h 16

    Bravo!

    Bravo pour ce texte, surtout de la part d'une étudiante. Il n'y a pas que le français écrit qui soit approximatif, le français parlé dans nos médias est souvent truffé d'anglicismes et d'incorrections. Or, les médias devraient être des modèles et des références.

  • Jean Richard - Abonné 30 octobre 2014 09 h 29

    L'anglais exclusif

    « Ce n’est pas l’apprentissage de l’anglais qui menace l’avenir du français — quoi qu’en prétendent certains, ces deux langues ne sont pas mutuellement exclusives —, mais plutôt la faible importance que l’on accorde à l’usage d’un français de qualité. »

    En occident, le plus haut taux d'unilinguisme se retrouve chez les anglophones. Ça ne suffit pas à conclure que l'anglais soit exclusif, mais dans le contexte nord-américain, on ne peut pas écarter cette hypothèse du revers de la main. L'anglais reste bel et bien une langue dominante et envahissante. Quand sera complétée l'assimilation des Québécois francophones, y aura-t-il de la place pour une autre langue que l'anglais au Québec ? Le ROC nous donne souvent la réponse à cette question.

    Par ailleurs, peut-on réellement remettre en cause la qualité de la langue pour deux ou trois petites fautes d'accord, qui tiennent davantage de la coquille que de l'ignorance de la grammaire. Se relire attentivement dans le seul but de déceler ces coquilles ne fait tout simplement plus partie de nos habitudes. Les correcteurs orthographiques pourraient nous avoir donné un faux sens de la sécurité en nous laissant croire que l'on peut s'épargner la relecture d'un texte écrit.

    Et parlant d'importance donnée à la qualité du français, vous pourriez avoir raison d'en parler, mais à la condition de ne pas oublier la relativité de celle donnée à l'anglais. Chez bon nombre de Québécois francophones, l'importance de l'anglais est placée au sommet des priorités, ce qui donne l'impression que celle du français se situe très bas. L'anglais est perçu comme une nécessité et parallèlement, le français devient accessoire. Pire, l'immaturité fait en sorte qu'il est honteux de mal maîtriser l'anglais et prétentieux de trop bien parler français.

    • Paul Gagnon - Inscrit 30 octobre 2014 11 h 26

      "Pire, l'immaturité fait en sorte qu'il est honteux de mal maîtriser l'anglais et prétentieux de trop bien parler français."

      - vous m'enlevez les mots de la bouche.

    • J-F Garneau - Abonné 30 octobre 2014 17 h 10

      Je commence a croire que cette attitude fait maintenant partie de la "gouvernance souverainiste". Tant que nous aurons une piètre qualite du francais au Québec, nous pourrons blâmer l'Anglais (et les anglais, et le ROC, alouette).
      Pourquoi parler de notre rapport avec notre langue, nos exigences, notre tolérance à la piètre qualite de la langue, et comment changer les choses pour le mieux, quand on peut tout simplement faire dévier le problème et blâmer les autres.

    • André Nadon - Abonné 30 octobre 2014 20 h 24

      M. Garneau,
      Pourquoi tant de partisanerie de votre part dans la plupart de vos commentaires?
      Si le ministre de l'éducation s'exprime si mal en français, ce n'est sûrement pas la faute des Anglais du Lac Saint-Jean ou de'' la gouvernance souverainiste''. Ça ne l'empêche pas de prôner l'anglais intensif dès la sixième année et de jongler avec l'abolition des examens de français pour les finissants du Cegep plutôt que de leurs fournir une aide supplémentaire. Il a de toute évidence échoué son examen de français oral avant l'obtention de son doctorat en médecine. Mais l'important , c'est le diplôme!

    • J-F Garneau - Abonné 31 octobre 2014 12 h 32

      M. Nadon, respectueusement, vous confondez tout.
      C'est précisement le but de mon commentaire. Cela me gonfle d'entendre l'éternelle rengaine sur l'assimilation, le ROC, la "relativité" donnée à l'anglais... Y'en a marre.
      Ce serait un enfant de 9 ans , on lui dirait "arrête de regarder et blâmer le voisin, concentre toi sur ce que tu veux... et travaille pour y arriver".

      Mais il y a un discours latent au sujet de la langue, un sous-texte politique, et c'est que, si ce n'était de l'anglais, tout serait parfait... et on continue de se déculpabiliser (et d'éviter d'avoir la vraie discussion) par souci de continuer à entretenir cette béquille. J'aime mieux une société d'idées et débats, plutôt qu'une chambres à écho dans laquelle certains s'enferment, afin de se répéter et répéter que tous nos problèmes sont à cause de "l'autre". C'est facile.

      Plus facile que d’admettre qu'à l’école, la qualité du français des enseignants est insatisfaisante, l’enseignement de la grammaire est dépassé. Le goût de la lecture? Bof. L’étude du vocabulaire? Pourquoi? Des commentaires dans les journaux, sur les blogues mal écrits? Répandu mais pas grave… On va plutôt continuer de mettre l’emphase sur les anglais. La littérature française? Connais pas! Mais c'est la faute au ROC, c'est bien connu.

      Notre société refuse de comprendre que la promotion du français est plus que l’exclusion de l’anglais, par ignorance ou par idéologie. Promouvoir l’universalisme francophone plutôt que de dénoncer l'autre. Il y a 250 millions de francophones dans le monde. On pourrait mettre l'emphase là dessus aussi.

      Continuer de blâmer l'anglais, et ne pas se fixer d’objectifs de qualité du français, ici, chez nous, sans égard au ROC aux américains, est la meilleure façon de disparaitre dans l’océan anglophone. On ne pourra que creuser le fossé qui nous séparera de la francophonie.

  • Albert Descôteaux - Inscrit 30 octobre 2014 10 h 17

    C'est la réalité

    Ce n'est un secret pour personne qu'au Québec, une proportion non-négligeable de professeurs d'université ont une piètre maitrise de la langue française.

    • Hélène Paulette - Abonnée 30 octobre 2014 12 h 51

      Pardon? Jamais entendu une telle affirmation... Le pire français, je l'entends sur nos ondes, dans la bouche de nos fournisseurs d'idées toutes faites et de ''prêt-à-penser...

    • Yvan Dutil - Inscrit 31 octobre 2014 07 h 42

      Il ne faut pas oublier qu'une bonne proportion des professeurs d'université ne sont pas de francophones. Souvent, le français est leur 3e langues.

  • Louise Melançon - Abonnée 30 octobre 2014 10 h 22

    Bravo, Émily!

    Merci pour dire ce qui m'apparaît être l'une des causes fondamentales des difficultés de l'apprentissage du français: le manque de fierté pour notre langue et notre culture françaises. Et c'est cela qui représente le danger de plus en plus réel de l'assimilation!

  • Monique Tremblay - Abonnée 30 octobre 2014 10 h 25

    de la perfection des notes de cours

    "surtout de la part d'une étudiante"? peut-être…
    Je n'ai aucun problème avec le français; je ne fais aucune faute dans mes diapositives, et je corrige les annotations de mes correcteurs. Mais je me méfie des étudiantes parfaites qui, dans un premier temps, exigent qu'on leur fournisse des notes de cours déjà écrites (!!), puis critiquent le fait qu'il y ait des coquilles ou des fautes de français dans celles-ci.

    • Alexandre Pepin - Inscrit 30 octobre 2014 13 h 11

      Vous essayez de changer le sujet. Le fait est qu'il est inacceptable qu'une université distribue du matériel rempli de fautes. Ce n'est pas la responsabilité des étudiants de corriger les fautes d'ortographes dans le matériel que l'université leur fait acheter! (Oui, oui, elles ne sont pas gratuites) À quoi bon apprendre à bien écrire quand mêmes les institutions universitaires n'y prêtent pas attention, comme si c'était un caprice d'enfant difficile; comment un enseignant peut-il oser enlever 10% des points d'un travail à un étudiant pour l'orthographe si ses propres notes de cours sont mal écrites? Il faut cesser le nivelage vers le bas.

    • André Lacombe-Gosselin - Abonné 30 octobre 2014 14 h 39

      Monique Tremblay, ne défendez pas les professeurs qui devraient donner l'exemple de la "perfection française" dans tous leurs écrits. Acceptez que vos étudiants parfois vous dépassent et vous donnent des leçons. "L'exigence prétendue d'avoir des notes de cours par les étudiants vous libère de longues conférences et donnent place à répondre aux questions et doutes des étudiants les plus motivés." Je suis retraité de l'éducation, professeur de français au Mexique depuis plus de 10 ans... alors, je sais de quoi je parle.