Un plaidoyer pour la solidarité

Depuis que le gouvernement de Philippe Couillard est aux commandes, on assiste plutôt à un saccage de l’État québécois.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Depuis que le gouvernement de Philippe Couillard est aux commandes, on assiste plutôt à un saccage de l’État québécois.

En campagne électorale, le Parti libéral du Québec promettait la protection des missions essentielles de l’État québécois, une accélération de la croissance économique et la relance de la création d’emplois. Mais depuis que le gouvernement de Philippe Couillard est aux commandes, on assiste plutôt à un saccage de l’État québécois qui va bien au-delà de ce que promettait la Coalition avenir Québec.

Le gouvernement justifie l’opération en cours de réingénierie de l’État par la situation prétendument catastrophique des finances publiques du Québec. Il y a là beaucoup de désinformation : les déficits courants sont faibles en proportion du PIB et sont essentiellement conjoncturels ; la dette publique est maîtrisée et le faible endettement du gouvernement canadien par rapport à celui des autres pays développés réduit le poids de la dette pour les contribuables québécois. La vérité, c’est qu’actuellement, rien ne justifie les compressions draconiennes mises en oeuvre par le gouvernement du Parti libéral, si ce n’est sa volonté de faire du Québec une province canadienne comme une autre.

Nous considérons plutôt que le rattrapage socio-économique des Québécoises et des Québécois lors des dernières décennies est dû en grande partie aux interventions de l’État québécois en divers domaines. Contrairement au gouvernement actuel, nous estimons non seulement que l’État social n’entrave pas le dynamisme économique, mais qu’il le favorise en réduisant les inégalités sociales et en structurant le développement économique et social. Conséquemment, l’État doit disposer des moyens de son action. En ce sens, nous soumettons plusieurs pistes de réflexion à la Commission d’examen sur la fiscalité.

En ce qui a trait aux particuliers, le gouvernement doit considérer d’accentuer la progressivité de l’impôt sur le revenu, puisqu’il est évident que les importantes baisses d’impôt dont ont bénéficié les contribuables à haut revenu ces dernières décennies n’ont pas généré l’accélération de la croissance économique annoncée par les idéologues néolibéraux.

De plus, il faut revoir à la baisse certains avantages fiscaux, comme les déductions pour gains de capital et pour options d’achat d’actions. Par ailleurs, le gouvernement devrait considérer la possibilité d’instaurer un impôt minimum sur les successions. Finalement, le gouvernement devrait abandonner l’idée d’augmenter la TVQ pour financer une diminution de l’impôt sur le revenu des particuliers, puisque cela réduirait l’équité du régime fiscal.

Concernant les entreprises, le gouvernement devrait s’assurer qu’elles contribuent équitablement au financement des services publics et des programmes sociaux. Le gouvernement ne devrait pas céder aux pressions des associations patronales qui souhaitent une diminution des cotisations sur la masse salariale (FSS, RQAP, FDRCMO), puisque celles-ci financent des activités essentielles et ne remettent pas en cause la compétitivité des entreprises.

Pour augmenter ses revenus, le gouvernement pourrait évaluer la possibilité d’instaurer un impôt minimum, de réintroduire la taxe sur le capital pour les institutions financières, de revoir certains crédits d’impôt dont bénéficient les entreprises, de lutter de façon plus efficace contre les paradis fiscaux et l’évitement fiscal agressif. Finalement, compte tenu des taux en vigueur dans d’autres juridictions fiscales, une hausse de l’impôt sur le revenu des entreprises est parfaitement envisageable. D’autant plus que les baisses d’impôts octroyées ces dernières décennies à l’échelle canadienne ont été inefficaces pour stimuler l’investissement privé et la croissance économique.

Au lieu de procéder dans l’urgence à une révision radicale du rôle de l’État québécois, sans vraiment consulter la population, le gouvernement Couillard devrait mettre en oeuvre des mesures qui rendraient possible la tenue d’un débat public sérieux et éclairé. La suspension des versements au Fonds des générations d’ici à ce que l’équilibre budgétaire soit atteint réduirait de beaucoup l’impasse budgétaire actuelle.

De plus, il serait pleinement légitime que le gouvernement reporte à nouveau l’atteinte du déficit zéro, afin de protéger les missions de l’État et de ne pas ajouter au ralentissement économique par le biais de compressions budgétaires. Cela donnerait le temps nécessaire à un débat démocratique sur les réformes majeures proposées, réformes dont le Parti libéral n’a jamais parlé en campagne électorale.

Ces orientations seront présentées par la CSN à la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise le mardi 28 octobre 2014.

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10 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 27 octobre 2014 09 h 39

    Taxer, imposer ...peu d'imagination!

    Peu d'imagination quand tout ce qu'on propose ce sont encore plus de taxes et d'impôts alors qu'on travaille 6 mois par année pour les gouvernements !!

    Il faut innover dans l'organisation du travail , débureaucratiser ...

    Faire payer plus aux plus riches certains services commes les garderies..sans monter leurs impôts .

    L'impôt n'est pas une solution organisationnelle..ça ne changera absolument rien à la mauvaise administration et au gaspillage.

    • Jean-Claude Richard - Abonné 27 octobre 2014 13 h 49

      Vous écrivez : « on travaille 6 mois par année pour les gouvernements ». Non! Personne ne travaille pour les gouvernements; payer des impôts c’est travailler à rendre possible la justice sociale. Se pourrait-il que le mot solidarité ne fasse pas partie de votre vocabulaire?

    • Simon Chamberland - Inscrit 27 octobre 2014 17 h 16

      Quand je vois le peu de productivité de certains ministères, ou quand je vois la corruption, les dépenses inutiles et le favoritisme, j'ai tendance à me dire que la solidarité ne doit pas être confondue avec la naïveté.

    • André Michaud - Inscrit 27 octobre 2014 17 h 37

      @M.Richard

      Je suis membre de la Caisse Solidaire (CSN) depuis ses débuts dans les années 70, refusant ainsi pendant toutes ces années toute ristourne ...et mes ristournes vont donc dans des projets de solidarité et micro crédit...

      Mais pour moi solidarité ne signifie pas toujours plus de dépenses pour nos gouvernements..

      Ainsi j'étais d'accord pour aider les étudiants les plus démunis , mais pas éviter des augmentations à tous y compris les riches..et priver les universités de revenus supplémentaires.

      Même chose pour les garderies à 7$ , bien d'accord d'être solidaire des familles à revenus modeste, mais pas avec des gens qui gagnent de gros revenus de 75,000$ et plus qui eux pourraient par solidarité payer 20$ par jour..

      Même chose pour les syndiqués des villes qui par solidarité devraient payer au moins 50% de leur fonds de pension comme le font ceux du provincial..

      La solidarité peu prendre divers visages...

  • Denis Miron - Inscrit 27 octobre 2014 09 h 44

    Le politicien de droite

    Le PLQ se fait élire en s’appuyant sur un programme qui maintient le budget de l’état social , et une fois au pouvoir, il met en oeuvre un agenda caché qui va à contre sens du programme qu’il a présenté en campagne électorale. Cela ressemble étrangement au PQ qui flashait à gauche avant l’élection de 2012 et qui gouverna à droite une fois au pouvoir. Le vote est à gauche pour maintient de l’état social et le pouvoir est à droite au service d’un petit groupe d’intérêt qui désire s’accaparer le capital que le citoyen verse à l’état en taxe et impôts.La CAQ a le mérite d’être seule à ne pas cacher son jeu et qui parle ouvertement d’un amoindrissement de l’état social.
    Force est de constater que le slogan PLQuiste concernant «les vraies affaire$» prennent un tout autre sen$ une fois le pouvoir conquis, et que les vraie affaire$ étaient silencieuses et rampantes dans un agenda caché. Faut-il s’étonner que l’électeur moyen se sentent désagréablement pris en embuscade à chaque élection par une petite classe d’affairistes qui n’ont aucun problème de conscience à mentir continuellement au peuple pour pouvoir s’accaparer du trésor publique, quitte à rendre la fonction publique disfonctionnelle en lui coupant les vivres pour mieux la privatiser.
    À l’instar des voleurs qui se masquent le visage pour perpétrer un vol, le politicien de droite masquent son discours avec une réthorique qui tend vers la gauche pour voler le pouvoir et ensuite saccager l’état avec son agenda caché. Résultat : destruction de la confiance envers la classe politique. Question qui tue? Comment fait-on pour travailler et vivre vivre ensemble une fois que la confiance est détruite?

    • Denis Miron - Inscrit 27 octobre 2014 11 h 52

      Y a-t-il meilleure façon pour détruire la lettre et l’esprit de la démocratie qu’en transformant le programme électoral des parties en festival de la boulchitte à répétition? Quelle raison faudrat-il donner à l’électeur pour le convaincre qu’il est important de voter, si chaque parti présente à chaque élection un visage à deux faces, un pour la campagne électoral et l’autre pour l’exercice du pouvoir? Pas facile de légitimer le mensonge, même en le répétant comme un mantra

    • Guy Vanier - Inscrit 27 octobre 2014 13 h 58

      Les partis sont maintenant du pareil au même, les bien nantis sont présentement trop influents ( ils contrôlent les journeaux, les banques, les compagnies, ils en sont proprietaires, contrôlent des politiciens, ils les finances) pour êtres contrés par les 99% de la population qui ne savent plus à qui se fier.....

    • Francois Cossette - Inscrit 27 octobre 2014 15 h 06

      La betise n'est pas au gouvernement elle est chez les citoyens qui élisent ces gens qui nous mentent et qui nous volent. La faiblesse de nos démocraties c'est la betise généralisée des électeurs.

    • Denis Miron - Inscrit 27 octobre 2014 16 h 41


      «Ceux qui croient impossible de vaincre les résistances d’une démocratie truquée l’affaiblissent encore, et ceux qui ne font pas confiance en la raison populaire ne lui donnent aucune chance de la voir se développe» Caleb Irri

      «Personne bien sûr ne le sait, mais tout le monde en revanche devrait savoir ceci : c’est le défaitisme de ceux qui n’y croient pas qui engendre l’échec, et non pas l’échec qui engendre le défaitisme.»
      Caleb Irri

  • Patrick Lépine - Inscrit 27 octobre 2014 18 h 59

    Les syndicats, ou l'art de négocier des "peanuts" pour de l'or...

    Ainsi nos bons syndicats ne se préoccupent plus depuis fort longtemps de bien commun, mais bien plutôt du bien de leurs membres, issus presque directement d'un gouvernement sans juridiction.

    Tous ces privilèges négociés l'ont été au détriment du bien commun, et de la plus élémentaire prudence, ainsi les solutions présentées aujourd'hui, ne font qu'appauvrir l'ensemble, pour maintenir quelques privilègiés, dans un système qui n'a plus rien d'humain, mais n'est plus que mercantilisme de bas étages.

    Dans quelques temps, vous proposerez de prostituer vos propres enfants, pour "maintenir" un semblant de train de vie enviable. Enviable, seulement par ceux qui n'auront plus de quoi se nourrir.

    Ne riez pas, les cpe en sont le parfait exemple, garderie "subventionnées" par de l'argent public, mais "emprunté", pas de l'argent économisé, ou produit, de l'argent créer artificiellement. Que se sont empressées de faire les gardiennes?!? Demander de meilleurs conditions salariales... Qui va payer pour ces services? Ceux qui sont présentement placés dans les cpe... Ils n'ont pas l'âge de travailler, qu'ils triment déjà dans la business gouvernementale.