La bonne perspective

Le premier ministre Philippe Couillard
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard

J'ai lu avec intérêt la chronique de Louis Cornellier publiée samedi sur mon livre La naissance d’un chef, qui raconte les coulisses de l’ascension de Philippe Couillard depuis deux ans. J’ai été heureux de lire qu’il a trouvé l’ouvrage « éclairant » sur plusieurs aspects, et qu’il a notamment, comme moi, jugé l’anecdote sur la guillotine en Arabie saoudite frappante (sinon tranchante) !

Le chroniqueur se dit toutefois déçu de voir que le livre ne donne pas la parole à des opposants de Philippe Couillard, ce qui, selon lui, « frôle la complaisance ». Je refuse cette interprétation. Une précision s’impose donc pour les lecteurs, afin de mieux expliquer l’objectif du livre et ne pas créer de fausses attentes.

L’ouvrage n’est pas une biographie du nouveau premier ministre. Ce n’est pas davantage LE portrait exhaustif de l’homme, même si on y apprend à mieux le connaître. Je passe rapidement sur son enfance, je ne cite pas ses amis d’école, je n’explore pas sa vie de médecin avant la politique.

L’objectif était ailleurs, sur le modèle d’un documentaire qui adopte un angle d’attaque et ne tente pas de tout expliquer. Il s’agissait de raconter les dessous de la course au leadership du Parti libéral du Québec en 2012-2013, à travers la dynamique de l’équipe de Philippe Couillard, ainsi que la dernière journée et soirée avant de devenir premier ministre, le 7 avril, pour boucler la boucle.

L’ouvrage raconte la bataille des ondes et celle dans les circonscriptions, pour faire élire les délégués ; la séduction des militants en région ; la stratégie de l’équipe ; le logiciel secret qui a aidé Couillard à l’emporter au congrès de Verdun, en mars 2013, etc. Le livre accorde aussi une large place aux réflexions de Philippe Couillard, à ses positions à l’époque, aux raisons qui le motivent à revenir en politique.

Les opposants à Philippe Couillard sont donc présents dans le livre, ce sont Raymond Bachand et Pierre Moreau, ses adversaires dans la course. Un chapitre complet traite des attaques à propos d’Arthur Porter, l’ancien dirigeant du CUSM (il y a même une photo des deux hommes à la pêche). Le départ de Couillard de la politique en 2008 vers un fonds privé en santé est abordé.

Mais non, le livre ne donne pas la parole à des députés du Parti québécois, de la Coalition avenir Québec ou de Québec solidaire. Ils n’ont joué aucun rôle dans la course au leadership du PLQ. Les insérer dans le récit, alors que l’objectif était de montrer la dynamique interne de la course et de l’équipe Couillard, n’aurait pas été cohérent.

Le récent documentaire Nation, sur Lucien Bouchard, n’est pas complaisant même s’il n’accorde pas la parole à Brian Mulroney. L’auteur a choisi un angle. Le documentaire sur les coulisses de la grève étudiante de 2012, notamment la dynamique interne de la CLASSE, n’est pas « complaisant », même s’il n’a pas multiplié les entrevues avec les policiers. Ces auteurs ajoutent leurs briques aux connaissances des événements.

Mon livre vise le même objectif, en se concentrant sur une période précise de la vie politique de Philippe Couillard. Lui ou son équipe n’ont pas lu l’ouvrage avant la parution et n’aiment probablement pas tous les aspects. D’autres auraient souhaité y lire autre chose. Un travail journalistique fait rarement l’unanimité. J’estime que cela n’en demeure pas moins un livre utile pour mieux comprendre celui qui dirige maintenant le Québec.

D’ailleurs, des adversaires péquistes et caquistes du premier ministre m’ont dit avoir lu avec intérêt le livre. Ils connaissent mieux « l’ours » qui est devant eux à l’Assemblée nationale. En politique, savoir à qui on a affaire est primordial.

Le récit s’arrête le 7 avril dans la nuit, lorsqu’il devient premier ministre. Pour comprendre la suite, les raisons des compressions budgétaires, ses objectifs et ses erreurs, il faut l’écrire à mesure, ce que font tous les journalistes.

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7 commentaires
  • Marc O. Rainville - Abonné 20 octobre 2014 07 h 23

    ''Les opposants à Philippe Couillard sont donc présents dans le livre (...).''

    Bachand et Moreau n'étaient que des faire-valoir. Le candidat Couillard a été choisi par Sagard et couronné par Sagard. Il y a longtemps que la démocratie a vécu en ce pays. Votre ouvrage ne fait que perpétuer les mythes qu'il est de bon ton de ressasser autour de la politique québecoise.

  • Colette Pagé - Inscrite 20 octobre 2014 10 h 02

    Des questions sans réponse !

    il aurait été interessant de connaître les motivations découlant de la décision du PM de travailler en Arabie Saoudite, un pays dictatorial reconnu pour son non respet des droits humains ? Comment expliquer son intérêt pour la guillotine dans un pays qui coupe les mains des voleurs ? Qu'a-t-il retenu de son long séjour dans ce pays qu'il souhaite importer au Québec ? Toutes ces questions et bien d'autres auraient pu être traités dans ce livre. Par contre, il faut respecter le choix de l'angle choisit par le journaliste pour traiter son sujet.

  • Réjean Guay - Inscrit 20 octobre 2014 10 h 11

    Le livvre est -il l'oeuvre d'un journaliste ou d'un laudateur ? Qui a payé pour la rédaction et la production de ce livre . Pourquoi cette publication à ce moment-ci ?

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 20 octobre 2014 10 h 21

    Un livre de peu d'importance...

    J’ai feuilleté rapidement, en bibliothèque, la biographie de Philippe Couillard. Tout m’a paru tellement léché, des photos jusqu’au montage, que je me suis demandé si cet ouvrage n’était pas une commande politique du Parti Libéral du Québec.

    N’ayant aucune sympathie pour le PLQ, à l’évidence ce livre ne m’est pas destiné, même pas pour comprendre l’homme, car il n’explique rien, ne développe rien... que des constatations faciles, des omissions délibérées. Cette petite hagiographie politique est destinée aux sympathisants libéraux du nouveau "chef". À 19.95 $, cela n’en valait même pas le coût du papier, même la page couverture, une simple esquisse, rebute par son aspect rebrousse-poil!

    La dernière élection n’était pas aussi propre que le laisse entendre le "chef". M. Couillard tente de nous faire oublier qu’il a lui-même lancé quantité "de boue" et ce dès la première heure de l’ouverture de la campagne électorale, avec des tirades langagières du genre: « je déteste ce gouvernement toxique (en parlant du Parti Québécois) … elle va y goûter (Madame Marois)…fourrer le monde» etc. Je pense que personne n’est dupe ici, d’autant plus que ses propos font aujourd’hui partie des archives.

  • François Leduc - Abonné 20 octobre 2014 12 h 16

    La perspective biaisée

    Son angle d'attaque, comme il le dit, est plutôt inspiré par un préjugé favorable manifeste envers son sujet et consiste à ne prendre qu'une période de la vie de Couillard, parsemée d'évènements qui ne sont pas les plus marquants de sa carrière, et de conclure à la naissance d'un chef. En principe, son livre ne devrait présenter que peu d'intérêt sauf pour en apprendre sur ses origines et son parcours scolaire et professionnel. Mais sur le plan politique, on assiste à l'édification d'un mythe.

    En mai 2014, dans la revue Actualité, Alec Castonguay avait titré son article sur Couillard comme suit: "L'Art de devenir un homme d'État" (décidément, il fait bon usage des titres ronflants à son endroit). Comment ? En changeant son style et en adoptant un nouveau langage, une démarche qu'il a faite surtout durant la campagne électorale. Bien sûr, tout le monde l'a remarqué. Il a commencé sa campagne en disant qu'il haïssait le P.Q. (et donc ses membres, ses sympathisants et les électeurs qui appuyaient ce parti, plus d'un million de personnes). Il y est allé d'attaques personnelles à l'endroit de Pauline Marois disant "Elle va y goûter" (de la pure intimidation qui frôle le machisme) et aussi ses menaces de dévoiler des aspects nébuleux la concernant pour la faire taire au sujet de ses fonds dans des paradis fiscaux ou ses amitiés et relations d'affaires avec Porter. Couillard a joué à fond la carte de la peur en agitant le spectre du référendum, une recette payante pour aller chercher des votes. Et ses promesses irréalistes comme la création de 50 000 emplois par année (depuis son élection, il y a perte d'emplois) ...

    Alors pour Castonguay, devenir homme d'État, c'est avoir recours au discours haineux, c'est de se livrer aux menaces, c'est mentir sur son passé et c'est tromper la population.

    Ce fut assez pour que je ne renouvelle pas mon abonnement à l'Actualité.