Les experts avant une commission parlementaire

Si la situation du député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, se pose avec tant d’acuité, c’est parce nous avons toléré un niveau de concentration de la presse excessif.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Si la situation du député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, se pose avec tant d’acuité, c’est parce nous avons toléré un niveau de concentration de la presse excessif.

Le débat entourant les règles d’éthique devant régir les élus à l’Assemblée nationale a pris une tournure désolante et désespérante. À lui seul, il est une parfaite illustration de ce qui détourne le citoyen du politique et contribue à nourrir le cynisme ambiant dans la population. L’aveuglement volontaire du PQ à nier toute légitimité et toute pertinence à la question soulevée n’a d’égal que la partisanerie flagrante dont font preuve la CAQ, le PLQ et QS dans la façon dont ils entendent traiter ce débat.

La démocratie est un des biens collectifs les plus précieux que nous ayons. Elle repose en bonne partie sur une presse libre et indépendante, capable de garantir le droit du public à l’information. À l’évidence cette presse doit, dans les faits comme dans les apparences, être libre de toute pression que pourrait exercer sur elle le pouvoir politique alors qu’un de ses mandats c’est précisément d’informer tant sur les décisions que sur les acteurs politiques!

Mais l’intérêt manifesté par certains de nos élus en faveur de l’indépendance de la presse ne peut s’arrêter là. En effet, si la situation d’actionnaire de contrôle d’un Pierre Karl Péladeau se pose avec tant d’acuité, ce n’est pas uniquement parce qu’il est un élu de l’Assemblée nationale, c’est aussi parce nous avons toléré, comme société, un niveau de concentration de la presse rarement égalée dans les sociétés démocratiques avancées. Se draper dans le noble rôle de défenseur d’une presse libre s’accommode mal de ce genre d’omission. Si c’est le citoyen et la démocratie qui sont au coeur de ce débat, pourquoi devrions-nous nous contenter d’une presse qui ne soit qu’à moitié libre? Quelle crédibilité ont les partis politiques sur ce genre de questions si leur volonté d’agir s’arrête après avoir règlé le sort de leurs seuls adversaires politiques?

L’ensemble des partis politiques présents à l’Assemblée nationale doivent se ressaisir et reconnaître à la fois la pertinence éthique et démocratique du débat soulevé, mais aussi les potentiels conflits d’intérêt au coeur desquels chacun se retrouve.

M. Péladeau a certainement le droit de s’engager pleinement dans l’arène politique, y compris en se présentant aux plus hautes charges de l’état. La démocratie ne peut que sortir gagnante d’un processus qui permet à tous de servir. En revanche, l’Assemblée nationale a aussi le droit et la responsabilité d’édicter des règles en vue de protéger la démocratie et le bien commun. Pour ce faire cependant, elle a tout intérêt à élever le débat et à dissiper toute apparence de partisanerie.

Une commission parlementaire n’est pas le meilleur moyen d’y arriver. Si elle permet d’entendre des experts, des groupes ou des citoyens, elle demeure trop souvent prisonnière du jeu partisan. Combien de fois, en effet, n’avons-nous pas vu les témoins dans une commission parlementaire se voir relégués au simple rôle de spectateurs, alors que les représentants des partis politiques se perdaient à s’échanger des répliques toutes plus partisanes les unes que les autres.

Il faut se sortir de ce piège. Aussi, un comité d’experts, dont la composition recueillerait le plus large consensus auprès de tous les partis politiques, pourrait être mandaté pour produire des recommandations sur l’ensemble de cette problématique, qui s’avère aussi complexe que délicate. Plusieurs spécialistes d’horizons différents peuvent apporter une solide contribution, qu’on pense par exemple à des professeurs de journalisme, à des ethiciens, à des spécialistes des questions de gouvernance, etc.

Certes la décision finale reviendrait, comme il se doit, aux élus. La commission parlementaire qui vient d’être votée sur le sujet pourrait avoir toute sa pertinence après un rapport d’experts. Ce faisant, nos élus auraient démontré une certaine sagesse en acceptant de prendre du recul et en se donnant les moyens de faire écran à toutes velléités partisanes. Dès lors le débat qui s’en suivrait à l’Assemblée nationale se ferait à partir de recommandations que personne ne pourrait soupçonner d’avoir été téléguidées pour servir des intérêts moins avouables ou trop parcellaires.

L’importance des questions soulevées et la confiance des citoyens envers leurs élus imposent de sortir le débat des ornières partisanes, de reconnaître la légitimité de la démarche et de lui donner toute la portée qu’elle mérite. Pour cela, un pas en arrière pour mieux avancer s’impose.

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9 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 14 octobre 2014 05 h 08

    Info-Québec

    Pour qu'une démocratie fonctionne, il est essentiel que tous ses membres disposent de toute l'information nécessaire pour prendre les meilleures décisions. En démocratie, le droit à l'information est un droit fondamental de la personne et de la collectivité de savoir ce qui se passe et d'apprendre ce que lon a intérêt à apprendre pour agir en citoyen responsable.
    Si la personne et la société ont le droit de savoir, les personnes et les organismes chargés de linformer ont le devoir de fournir une information pleine, entière et impartiale. Ce qui est loin d’être le cas. L’État, pour bien renseigner la personne et la collectivité, a donc le devoir de remédier à ce manque probant d’information citoyenne.
    L’État du Québec a l’obligation de fournir cette information complète à tous ses citoyens.
    Nous avons déjà Télé-Québec qui esr là et dont les coûts sont défrayés par la population québécoise. Télé-Québec fait de très belles et de très bonnes choses. Excepté nous donner une véritable information citoyenne. Parce que le CRTC ne nous le permet pas.
    Notre droit à l’information est brimé parce que le gouvernement fédéral nous refuse cette information essentielle pour une véritable démocratie.
    Le temps est maintenant venu d’agir.

    • Loraine King - Abonnée 14 octobre 2014 14 h 49

      L'information gouvernementale n'a rien à voir avec la presse libre. La liberté de presse est reliée à la liberté d'expression des citoyens, non pas à l'obligation d'informer les citoyens qui incombe à l'état.

      L'état canadien, et québécois, ont des sites web sur lesquels ils peuvent transmettre de l'information aux citoyens, et les délibérations des députés à l'assemblée et en comité sont disponibles depuis toujours.

  • Pierre Labelle - Inscrit 14 octobre 2014 07 h 18

    Règlé quoi au juste?

    Ce dont on "accuse" par présomption PKP, il y a fort longtemps que c'est pratique courante dans les journaux de Power et Gesca. C'est quoi cet acharnement à vouloir bâillonné quelqu'un qui se tient debout? Avant PKP c'était son père à qui on tentait de faire peur, à plusieurs reprises on lui a mis les batons dans les roues, cela n'a fait que renforcir sa volonté de bâtir cet empire qu'est devenu Québécor; un de nos plus beau fleuron. Qu'on commence par se penché sur la politique éditorial des quotidiens de Power et Gesca à savoir: La Presse, Le Soleil, Le Droit, La Voix de L'Est, La Tribune, Le Nouvelliste pour ne nommer que ceux là. Vous remarquerai la position géographique de ces journaux, en campagne électorale, ces journaux et leurs éditoriaux jouent un rôle important, et pour qui, pour le PLQ et ce depuis des décennies. Je m'intéresse à la politique depuis 1964, je n'ai pas encore vue un de ces quotidiens recommandé aux électeurs de voté pour un autre parti que le PLQ. Si quelqu'un peut me prouver le contraire qu'il le fasse savoir. Alors les gens de la droite comme les caquistes, les libéraux et autres du même acabit font preuve d'hypocrisie crasse avec leur motion qui est beaucoup plus un bâillon. Si la fédération des journalistes du Québec veut être prise au sérieux, qu'elle commence par dénoncer ce qui est réalité depuis des lustres avant de se pencher sur des cas purement hypothétique, alors là seulement je commencerai à croire que cette fédération sert à quelque chose. En attendant, que les Legault et autres tremblent devant un PKP, cela ne peut être que bénéfique pour la démocratie.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 octobre 2014 07 h 22

    confiance

    «la décision finale reviendrait, comme il se doit, aux élus.» «sortir le débat des ornières partisanes»

    Vous croyez vraiment que nos élus pourront prendre une décision impartiale, mon amie ? Mais vous êtes d’une naïveté maladive terminale.

    Comme un grand l’a déjà écrit : «Mais qu’est-il allé faire en cette galère ?»

    C’est soit la sagesse de mon âge qui parle ou mon dédain de ce que je vois, mais je te dis : «Retourne dans tes terres mon Pierre Karl et laisse ces petits esprits malicieux s’entre déchirer entre eux ! Je ne t’en voudrai pas. Tu viens de prouver quelque chose : Jamais je ne donnerai le «pouvoir total» à ces gens-là, de quelque parti qu'ils ou qu'elles soient !»

    Complètement dépité !

    PL

    • François Ricard - Inscrit 14 octobre 2014 07 h 36

      En effet, croire que la décision finale appartient aux élus est une aberration.
      C'est le premier ministre qui, en définitice, a toujours le dernier mot.
      Les députés ne sont là que pour endosser ses décisions. Ils doivent tous respecter la ligne de parti.
      Quant à l'opposition, ses membres peuvent gueuler mais n'ont que fort peu d'influence sur la décision du premier ministre qui est un véritable dictateur pour la durée de son mandat.
      À quand une constitution républicaine démocratique qui comportera une véritable distinction des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire? Un paus indépendant où le peuple est vraiment souverain?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 octobre 2014 10 h 17

      Je cherche encore ce pays mytique où le peuple est souverain en fait comme en théorie. Pas trouvé à date.

      PL

    • Pierre Schneider - Abonné 14 octobre 2014 11 h 12

      Ce ne sont pas aux élus, encore moins à des "experts" de décider qui a le droit de gouverner ou pas. C'est au peuple de s'exprimer. Et celui de Saint-Jérôme, en toute connaissance de cause, l'a fait.

      Tout le reste ne demeure qu'un déni de démocratie.

      Appuyé par dess gens qui se réclament de la souveraineté populaire ! Cherchez l'erreur élitistes soumis à la rectitude politique.

  • Louis Huot - Inscrit 14 octobre 2014 10 h 24

    Une bonne suggestion?

    Bien oui, François Ricard, retenons le système américain de complète séparation des pouvoirs, à la Montesquieu, et enfonçons-nous comme eux dans la vase de l'immobilisme parlementaire.

    • François Ricard - Inscrit 14 octobre 2014 18 h 40

      Les USA ont, à la base, un systéme beaucoup plus démocratique que le nôtre.
      Malheureusement, le manque de contrôle des caisses électorales a permis au complexe militaro-financier de s'emparer des élus et de changer un système démocratique en ploutocratie.
      Le système américain fait une nette distinction des pouvoirs. Malheureusement ils ont perdu le contrôle de leur système à cause des caisses électorales. Eisenhower en 1958 avait averti ses compatriotes que le complexe militaro-industriel était à faire main basse sur leur gouvernement. Tous ses successeurs ont préféré ignorer son avertissement.
      Nous pouvons et devons apprendre de leur erreur.
      Et cet "immobilisme" en a quand même fait le plus puissant pays au monde.