Un Québec indépendant pour un développement économique intelligent

De retour d'une mission en Norvège pour échanger et apprendre sur l'électrification des transports avec les gouvernements de la ville d'Oslo et de Norvège, des organismes de recherches et des associations d’utilisateurs, je tiens à partager avec vous mon expérience et, par le fait même, vous exposer ma vision du développement économique intelligent pour le Québec.

La Norvège, leader mondial en électrification des transports, vit présentement une croissance exceptionnelle des ventes de véhicules électriques. De moins de 5 000 en 2010, leur nombre a atteint 35 000 au mois d'août. Ce développement a été rendu possible grâce à un climat propice à l'achat mis en place par le gouvernement norvégien. De l'avis de tous ceux que j'ai rencontrés en Norvège, sans une volonté ferme du gouvernement, l'engouement actuel pour les véhicule électrique n'aurait pas été possible. Sans faire un copier-coller de l'approche norvégienne, le Québec peut s'en inspirer

Le développement économique intelligent, c'est opter pour l'électrification des transports au lieu de continuer avec le modèle actuel basé sur le pétrole. Le Québec a toutes les ressources pour devenir un leader mondial dans ce domaine et exporter son savoir-faire. Nous devrions nous donner comme objectif d’atteindre 200 000 voitures branchables pour 2022 et 1 million pour 2030. En plus, nous devrions électrifier tous les autobus scolaires et municipaux d’ici 2030.

Nous avons tous les éléments pour faire partie des meilleurs au niveau planétaire. Nous avons des centres de recherches de niveau mondial, une industrie manufacturière émergente de composantes électriques, une industrie de matériel de transport bien établie (Bombardier, Paccar, BRP, Nova Bus, Autobus Lyon), nous fabriquons des bornes de recharge (AddÉnergie, Gentec), nous avons de l'énergie renouvelable en abondance et à prix compétitif et le sol québécois contient du lithium et des terres rares, éléments que l'on retrouve dans les batteries. Nous fabriquons au Québec un des meilleurs sinon le meilleur moteur électrique au monde chez TM4.

Un Québec indépendant aurait tous les outils législatifs et commerciaux pour agir sur la scène internationale et promouvoir des objectifs importants de réduction des GES ainsi que des solutions technologiques d’électrification des transports, d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique.

Le développement économique intelligent, c'est miser sur l'industrie touristique de l'Est du Québec plutôt que sur un pipeline de pétrole. Le projet de faire transiter du pétrole en provenance des sables bitumineux d'Alberta, via un pipeline traversant le Québec et nécessitant la construction d'un port pétrolier dans la pouponnière des bélugas est une aberration. Le projet d’Énergie est ne procure pas de réel bénéfice économique pour le Québec mais génère de grands risques environnementaux! Ce n’est pas au Canada d’imposer son pétrole au Québec mais à nous, les Québécois, de choisir notre propre politique économique en fonction de nos intérêts et de ceux de la planète.

Le développement économique intelligent, c'est rapatrier le développement de l'industrie éolienne chez Hydro-Québec. Pourquoi laisser ce développement au secteur privé en lui octroyant une part des profits pour des projets presque sans risque alors qu'Hydro-Québec a tous les outils et l’expertise pour gérer efficacement la filière éolienne en la combinant avec la filière hydraulique?

À l'avenir, lorsque le marché québécois aura besoin de nouvelles sources d'énergie, ce sera à Hydro-Québec de mener à terme les projets d'éolien en collaboration avec les communautés locales. Pour ce faire, la division Hydro-Québec Éolien (HQÉ) devra être créée et son bureau-chef sera situé dans l'Est du Québec, lieu principal de l'expertise éolienne, permettant le maintien et la création d'emplois de qualité dans cette région.

Hydro-Québec pour l’international et pour les régions

Le développement économique intelligent, c’est utiliser notre vaisseau amiral économique, Hydro-Québec, pour se projeter à l’international. Il faut remettre sur pied Hydro-Québec International (HQI). Nous avons ici, au Québec, une expertise reconnue mondialement pour les réseaux électriques, la production d’énergie renouvelable hydraulique et aussi éolienne. Nous avons un centre de recherche de renommée internationale en électricité, l’IREQ à Varennes, sans oublier nos ingénieurs et des fournisseurs d’équipements et de services de haut niveau. À l'heure actuelle, plusieurs pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine font face à des défis énormes d’un point de vue énergétique. Nous pouvons les aider à trouver des solutions avec notre expertise en développement énergétique.

Il faudra également redonner à Hydro-Québec le mandat de travailler avec les régions et de maximiser les retombées locales et régionales de ses activités via ses fournisseurs et sous-contractants. Hydro-Québec doit travailler avec les communautés locales, tant municipales que citoyennes, afin de prendre en considération leurs préoccupations.

Le développement économique intelligent, c’est utiliser nos ressources minérales et forestière comme levier afin d'augmenter significativement la transformation sur notre territoire. Avec la nouvelle loi sur les mines, nous avons les outils pour faire plus de transformation au Québec, ce qui permettra de supporter nos entreprises manufacturières comme, par exemple, le secteur émergent des batteries électriques. Du côté de la forêt, il faut pousser la charte du bois encore plus loin en ajoutant au secteur résidentiel et commercial, le secteur industriel et celui des transports. Nous avons un exemple très récent de succès d’implantation de 16 ponts en bois pour la route des monts Otish. Augmenter les activités de transformation au Québec, c’est renforcer notre tissu industriel, c’est créer un pont avec le secteur manufacturier, l’un des piliers d’une économie forte

Un pays pour posséder tous nos outils

Le développement économique intelligent, c'est posséder tous les outils nécessaires pour nous développer en fonction de nos intérêts. Nous devons nous développer en nous basant sur nos forces, qui sont l'innovation québécoise, notre dynamisme culturel, le système coopératif, notre économie diversifiée de petites et moyennes entreprises réparties sur l'ensemble de notre territoire, nos ressources naturelles renouvelables, le réseau panquébécois des cégeps et des universités, la solidarité sociale et le maintien d'un État fort au service des Québécois. Pour avoir le plein contrôle de notre économie via nos lois, nos impôts et nos traités, nous devons faire du Québec un pays, c'est aussi ça le développement économique intelligent.

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41 commentaires
  • Patrick González - Inscrit 2 octobre 2014 00 h 40

    Et Statoil ?

    La Norvège ne base pas son développement sur le modèle actuel basé sur le pétrole ?… Allo ? Statoil est l’une des plus grandes compagnies pétrolières au monde (la première en Europe) et un des principaux employeurs de la Norvège. Ses opérations comptent pour près du quart du PIB norvégien et du tiers des revenus de l’État norvégien.

    Cf. http://www.eia.gov/countries/cab.cfm?fips=no

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 octobre 2014 15 h 00

      Ni la Suède ni l'Islande n'exploitent de pétrole, mais cela ne les empêche pas d'avoir des politiques énergétiques comparables...

    • Claude Lafontaine - Abonné 2 octobre 2014 20 h 53

      Vous semblez dire qu'il y a incohérence dans les propos de Mme Ouellet, mais il n'y en a pas, c'est vrai que les revenus que la norvège retire de l'exploitation du prétrole sont gigantesques et ce depuis des décennies, mais elle met justement cette stratégie de l'avant en matière de transport électrique pour forcer le changement, donner l'orientation dans la bonne direction. La Norvège peut faire ça (subventions extrêmenent généreuses comme incitatif à l'achat de véhicules électriques) 1- parce qu'elle est riche et 2- parce qu'elle a plein pouvoirs elle sur sont futur,la Norvège est indépendante.

    • Patrick González - Inscrit 2 octobre 2014 22 h 47

      @ Claude Lafontaine
      Ce n’est pas de l’incohérence, c’est une absurdité. L’économie de la Norvège est fondée sur les hydrocarbures comme celle de l’Alberta (23% du PIB contre 22% en Alberta). Qu’elle ait des véhicules électriques n’y change rien. Et je n’y vois rien de mal.

  • François Ricard - Inscrit 2 octobre 2014 05 h 49

    Ça bat le plan nord à plate couture

    La géopolitique peut nous aider à mieux saisir notre situation exceptionnelle en Amérique du nord. Pour découvrir l'importance de cette science, je vous recommande les quelques exposés de Jean-Jacques Nantel à ce sujet sur YouTube.
    Nous avons les ressources naturelles et humaines.
    Il ne manque que la volonté d'agir.
    Nous sommes riches. Mais on s'acharne à nous garder pauvres.

    • Anne Arseneau - Abonné 2 octobre 2014 16 h 27

      Surtout, on s'acharne à nous faire croire que nous sommes pauvres..

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 2 octobre 2014 06 h 53

    L'idéal, c'est le pays

    Mais, en attendant, rien ne nous empêche de procéder à l'électrification des transports.

    Il faut une volonté politique. Où est-elle ?

    • J-Paul Thivierge - Abonné 2 octobre 2014 11 h 27

      Où en est le projet futuriste de l'avenir du monorail électrique suspendu ?

      Comme faire une ligne de démonstration et de fenêtre technologique
      pour relier l'aéroport de PET de Dorval au centre ville via le centre de la 2-20 .

      Depuis que ni le CN ni le CP veut contribuer au passage d'une navette aéroportuaire
      ni à la diminution des émissions de GES par l'électrification du réseau ferroviaire principal en région urbaine.

      Il devient urgent d'évoluer vers diminution de notre dépendance pétrolière.
      Et de penser s'électrifier de notre énergie propre à 99,7 % .

  • Victor Beauchesne - Inscrit 2 octobre 2014 07 h 10

    et la cimenterie de Port Daniel ?

    De bien belles paroles mais ce sont les gestes concrets qui comptent. Vous aviez approuvé les subventions massives au projet de loin le plus pollueur au Québec, vous n'allez quand-même pas blâmer le fédéral pour ce geste odieux pour les émissions de GES. Est-ce cela que vous appelez du développement économique intelligent ?

    • François Ricard - Inscrit 2 octobre 2014 10 h 49

      La cimenterie de Port daniel, à cause des nouvelles technologies, sera au moins 45% moins poluuantes que les cimenteries actuelles.
      Pour quelles raiso0ns ne pas remplacer ces dernières? Pour garder la pollution à son plus haut niveau?

    • J-Paul Thivierge - Abonné 2 octobre 2014 11 h 19

      Mme M Ouellet n'a jamais proposé ni approuveé le projet hyper polluant et inutile de port Daniel.

      Elle a par ailleurs approuvé l'étude de faisabilité sur le monorail électrique suspendu
      comme une partie majeure du volet de l'électrification des transports collectis et individuels.

      Des milliers d'emplois d'avenir peuvent être créés par ces projets d'électrification
      mais le PLQ préfèrent brader nos ressources minières épuisables dans le plan nord
      où le PLq s'agenouille devant les promoteurs et leur apporte l'énergie et les routes
      sans même avoir les engagements de transformation ici par les Québécois ;
      comme les diamant de Stornoway qui ne seraient pas traité à Matane où il y a des installations requises !

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 2 octobre 2014 16 h 49

      M. Ricard, le fait est que Port-Daniel brulera le combustible le plus polluant qui soit, le coke de pétrole qui est le résidu du raffinage des sables bitumineux, qui ne libère pas seulement du CO2 mais aussi des métaux lourds qui se déposeront dans la Baie des Chaleurs et les campagnes environnantes.

      Vrai, un chargé de relations publiques a dit ce que vous répétez maintenant. Mais est-ce vraiment le cas?

      Impossible de le savoir, puisque le projet ne sera pas soumis à une évaluation environnementale indépendante!!! Ni le PQ ni les Libéraux n'ont (ou n'avaient) l'intention de soumettre cet énorme projet industriel à un BAPE! Et cela est inacceptable.

      Les deux partis veulent: rendre l'économie du Québec dépendante de l'exploitation du pétrole, transformer le Québec en base d'exportation pour le bitume dilué de l'Alberta et transformer le Québec en incinérateur pour les déchets de l'Alberta.

      Et vous défendez cela.

    • Victor Beauchesne - Inscrit 3 octobre 2014 07 h 14

      Si la cimenterie de Port Daniel est une si bonne affaire, pourquoi nécessite-t-elle autant de fonds publics?

      À ce que je sache il n'a jamais été question de fermer les autres cimenteries car les promoteurs de Port Daniel nous ont dit que sa production serait entièrement destinée à l'exportation.

      Nouvelles technologies mon oeil, cette cimenterie à elle seule émettra autant de GES que toutes les autos du Québec, et pourquoi , pour exporter du ciment ? Non , on connait la chanson, Mme Marois l'a dit aux Gaspésiens que c'était un cadeau pour avoir voté du bon bord . Et le BAPE M. Ricard ?

      Il y en a qui boivent n'importe quel Koolaid, en autant qu'il soit versé par un de leurs partisans.

  • Michel Richard - Inscrit 2 octobre 2014 07 h 19

    Nécessaire d'être indépendant ?

    Mme Ouellet écrit tout au long de son article que le Québec a ce qu'il faut. Pourquoi ne pas prendre le virage électrique qu'elle préconise dès maintenant alors ? Évidemment son parti n'est pas au pourvoir . . .

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 octobre 2014 14 h 59

      Toutes les règles concernant l'équipement des voitures sont fédérales... Et le rendement de toute subvention doit être partagé avec le fédéral, même s'il n'a pas mis un sou...