Le Parti québécois doit regagner la confiance des Québécois

Nicolas Marceau croit que le PQ doit demeurer un parti «social-démocrate», un parti de centre gauche.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nicolas Marceau croit que le PQ doit demeurer un parti «social-démocrate», un parti de centre gauche.

Le Parti québécois a pour objectif de faire du Québec un pays. Ce projet noble et moderne se heurte actuellement au cynisme et à la perte de confiance de la population envers la classe politique. Je crois que, pour faire progresser l’appui des Québécois à l’indépendance, notre parti doit d’abord regagner leur confiance. C’est pourquoi nous devons clairement expliquer nos valeurs et nos priorités d’action et répondre aux questions.

Sur le pourquoi de l’indépendance, je réponds qu’être indépendant, c’est être libre et en plein contrôle. Être indépendant, cela veut dire que toutes les décisions concernant le Québec sont prises par les Québécois et seulement par eux. Ce n’est pas le cas présentement puisque la moitié des décisions nous concernant est prise dans un Parlement fédéral où nous ne sommes qu’une minorité, par les représentants de la nation canadienne-anglaise qui y sont majoritaires. L’indépendance nous permettrait donc de faire des choix à notre image, différents de ceux du reste du Canada. Les autres raisons de faire l’indépendance découlent essentiellement de la liberté et du plein contrôle.

Sur le comment, j’ai trois convictions.

La première est que nous devons être transparents. Lors de la dernière élection, on nous a reproché notre ambivalence sur la tenue d’un éventuel référendum. Pour regagner la confiance de nos concitoyens, nous devons donc changer. Au moment du scrutin, ils ne doivent plus avoir à deviner nos intentions. Il faudra ainsi qu’au moment de voter en 2018, les Québécois sachent si un référendum se tiendra advenant que nous formions le gouvernement.

Deuxièmement, pour convaincre nos concitoyens des avantages de l’indépendance, nous devons en faire la démonstration rigoureuse et cesser de croire que de simples slogans feront l’affaire.

Troisièmement, pour faire l’indépendance, le pouvoir est nécessaire. En effet, pour faire le pays, il y a deux exigences : un référendum doit se tenir et il doit être gagnant. La deuxième exigence nous impose de convaincre les Québécois que l’indépendance est avantageuse. De la première découle que nous devons disposer d’un parti politique qui puisse former le gouvernement pour la réaliser dans le cadre d’un référendum. Le pouvoir est donc incontournable.

Ajoutons qu’au pouvoir, notre parti peut transformer le Québec et ainsi rendre l’indépendance plus facilement réalisable. Par exemple, plusieurs voient notre endettement comme un obstacle à l’indépendance. Un gouvernement issu de notre parti peut aplanir cet obstacle en assainissant nos finances publiques. Et le pouvoir permet bien sûr d’autres pas vers le pays : mieux accueillir nos immigrants, renforcer l’enseignement de l’histoire, faire entendre la voix du Québec à l’international, etc. Le pouvoir nous rapproche donc de notre but.

En toute transparence, nous devons également expliquer ce que nous ferons du pouvoir s’il nous est confié. J’estime qu’il faut placer le développement économique de notre nation au sommet de nos priorités. Ainsi serons-nous en phase avec les préoccupations de nos concitoyens. Notre parti doit proposer les meilleures politiques pour assurer l’enrichissement de nos concitoyens, une croissance économique vigoureuse et des finances publiques saines. Nous devons aussi réaffirmer que l’État a un rôle actif à jouer dans notre développement économique.

J’insiste sur la croissance économique pour deux raisons fondamentales. La première est que le progrès économique de notre peuple renforcera sa confiance en ses moyens et lui permettra d’envisager sereinement son émancipation. La seconde est que sans croissance, l’activité économique est un jeu à somme nulle où un dollar gagné par l’un doit provenir des poches d’un autre. Dans un tel contexte, la solidarité à l’avantage des uns se fait nécessairement au détriment des autres. L’absence de croissance fragilise l’appui à la solidarité. En outre, sans croissance, même la plus utile des réformes se fait nécessairement au détriment de certains groupes. Sans croissance, les réformes sont difficilement menées à bien et le progrès n’est guère possible.

Au pouvoir, notre parti sera évidemment guidé par ses valeurs. Nous sommes et devons demeurer un parti social-démocrate, un parti de centre gauche. Or, dans « centre gauche », il y a « gauche » pour valeurs de solidarité, d’équité, d’attachement aux services publics et de respect de l’environnement, et il y a aussi « centre », pour parti pragmatique, réformateur, audacieux, qui cherche l’équilibre entre enrichissement, solidarité et respect de l’environnement. Notre parti doit pleinement assumer ce que les deux termes impliquent. En même temps, parce qu’il vise l’indépendance, notre parti doit regrouper en son sein des Québécois de tendances diverses. Il doit demeurer rassembleur.

Pour que nous avancions sur le chemin du pays, il faut que nos concitoyens, jeunes et moins jeunes, de nos villes et de nos régions, nous refassent confiance. C’est, selon moi, le premier défi à relever.

29 commentaires
  • Michel Sénécal - Inscrit 15 septembre 2014 01 h 16

    Le PQ peut-il gagner?

    Le PQ, est-il le bon parti pour faire l'indépendance?

    A voir tous ceux qui s'agitent, qui disent, on devrait faire ceci ou cela, attendre ou pas, on peut se poser la question. On voit déja ou ça se dirige.

    Toujours la même histoire avec le PQ. Tous les chefs y ont goûtés.

    Le PQ n'a eu que 25% des votes le 7 avril. Il est je crois évident que le PQ ne peut plus seul gagner la cause.

    Aussant a raison. Il y a trop de parti qui ont le même point commun: faire du Québec, un pays. Un seul parti indépendantiste serait beaucoup plus fort.

    Et puis si, en 2018, les Québécois le rejete, on saura au moins a quoi s'en tenir; la démocratie aura parlé.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 septembre 2014 17 h 41

      Un seul parti indépendantiste serait beaucoup plus fort: Le Parti national québécois.

  • Jacques Houpert - Abonné 15 septembre 2014 02 h 11

    Pour faire l'indépendance, il faut prendre le pouvoir et être transparent. Fort bien, M. Marceau, mais encore ? On leur dit quoi, au juste, aux Québécois avant de prendre le pouvoir ?

    Votez pour nous et on va vous convaincre que l'indépendance est avantageuse !

    Votez pour nous et demain on va requinquer une situation économique et des finances publiques qui aujourd'hui vous empêchent de vous émanciper et de vous solidariser.

    Autrement dit, faites confiance à ce bon vieux PQ qui vous le dit et vous le répète: une fois au pouvoir, on va se donner les conditions gagnantes pour faire l'indépendance.

    Monsieur Marceau, assez joué dans ce mauvais film qui a pour thème: le Québec a nécessairement besoin d'être prospère pour accéder à l'indépendance.

    Dès aujourd'hui, soyez conséquent avec ce que vous affirmez d'entrée de jeu..., et je vous cite : ''présentement la moitié des décisions nous concernant est prise dans un Parlement où nous ne sommes qu'une minorité.''

    Il est temps, monsieur Marceau, que vous tiriez leçon des erreurs et des errances passées. Non, le Québec n'a pas nécessairement besoin d'être prospère pour accéder à l'indépendance. Le Québec a nécessairement besoin de son indépendance pour accéder à la prospérité et à la solidarité.

    JH

    • J-F Garneau - Abonné 15 septembre 2014 11 h 03

      "assez joué dans ce mauvais film qui a pour thème: le Québec a nécessairement besoin d'être prospère pour accéder à l'indépendance."

      et sa corollaire: Le Québec n'a pas nécessairement besoin de l'indépendance pour être propère.

  • François Ricard - Inscrit 15 septembre 2014 06 h 01

    Un vieux du PQ

    "...au pouvoir, notre parti peut transformer le Québec et ainsi rendre l’indépendance plus facilement réalisable..."
    Durant les quarante dernières années, le PQ a détenu le pouvoir pendant vingt ans.
    À part les changements importants survenus pendant le règne de René Lévesque, qu'a fait le PQ pour "transformer" le Québec? On n' enseigne plus l'histoire dans nos écoles;
    Montréal n'est plus la deuxième plus grande ville française au monde;durant les dix dernières années notre industrie manufactutière, à cause d'un dollar canadien qui carbure aux sables bitumineux, a fondu comme neige au soleil. L'état québécois a moins de pouvoirs qu'il y a quarante ans.
    Et puis, M. Marceau ignore le volet, le plus important de tous, le volet démocratique. Le parlementarisme à la britannique est totalement caduc. Nos jeunes s'en rendent compte. Nous avons pu le constater lors du printemps érable.
    Ou bien le PQ se renouvelle, se re-fonde comme le suggère si bien Jean-Martin Aussant, ou il se dossoudra dans la CAQ.

    • Michel Sénécal - Inscrit 16 septembre 2014 11 h 28

      Aussant a raison!
      Un seul parti,ça presse!

      C'est la seule façon de pouvoir être élu majoritaire en 2018.
      Comme ça et pas autrement.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 septembre 2014 07 h 27

    … du cœur !

    « J’estime qu’il faut placer le développement économique de notre nation au sommet de nos priorités. » (Nicolas Marceau, député de Rousseau, PQ)

    Bien que, de cette citation, l’économie soit d’intérêts, et tout en la sachant déficitaire depuis, voilà environ, plusieurs « millénaires » déjà d’aucun doute ( ?), la « confiance » de la population adviendra le jour où tout Québec sera fier d’être fier de :

    Sa quête identitaire et linguistique ;

    Son Enfance ;

    Sa Famille ;

    Sa Mémoire-Histoire, et ;

    Sa fierté d’être Québécoise-Québécois, tout autant du corps que de l’esprit et …

    … du cœur ! - 15 sept 2014 -

  • Lise St-Laurent - Inscrite 15 septembre 2014 08 h 02

    Déni quand tu nous tiens

    De bien belles paroles qui démontrent la division interne aux niveaux des idées. Comment faire confiance quand tous prétendants au trône que vous êtes, allez dans des directions différentes avec des idées propres sur l'indépendance ou la tenue d'un référendum, ce n'est pas très rassurant. Je veux bien vous croire lorsque l'économie arrive au premier plan car c'est le moteur d'un peuple ne l'oublions pas, mais pas d'économie forte, on fait pitié si on est seul sur notre île. Vous visez le pouvoir soit, mais renforcir l'économie prend des années donc j'en conclus que l'indépendance sera relégué aux calendes grecques encore une fois. L'idéal fermez le PQ à jamais, vous êtes emprisonnés par ces trop nopmbreuses années d'échecs et de réussites qui sont des chaînes aux pieds. J'en reviens pas d'entendre tant d'idées sur la perception de ce que le PQ devrait être. comment voulez-vous rallier la population et croire en même temps que vous serez élu majoritaire si tous les aspirants-chefs présentent chacun sa vision?