Une décision inappropriée et inquiétante

Le travail du secteur faune est essentiel.
Photo: Design Pics Le travail du secteur faune est essentiel.

La suppression de plus de 50 postes, dépassant largement les objectifs de réduction de 2 % de la masse salariale, a été effectuée dans le secteur Faune du gouvernement Québec. Pour les Québécois, faune et nature constituent une valeur partagée. Elles sont aussi un maillon important de l’activité économique du Québec. Chasse, pêche et piégeage y génèrent des dépenses annuelles de 1,6 milliard de dollars et la création de 14 000 emplois, augmentent la richesse collective de 900 millions et ajoutent 250 millions aux revenus des deux ordres de gouvernement (chiffres de 2012). Le travail du secteur Faune est donc essentiel. II revient à son personnel de déterminer les conditions d’habitat, d’abondance et d’exploitation qui supportent la pratique durable d’activités de prélèvement et d’en maximiser les retombées socio-économiques. Il lui faut effectuer le suivi périodique des espèces exploitées et en prédire l’évolution. Il doit réviser régulièrement les normes de protection de l’habitat et les programmes de restauration des espèces menacées. Enfin, il doit fournir des avis en amont du processus d’élaboration de la majorité des projets de développement. Cet effort est soutenu par celui des agents de protection pour la conservation des habitats et la lutte contre le braconnage.

 

Le travail est exigeant et requiert une formation spécialisée et continue, l’intégration d’un grand nombre de connaissances, compétences et habiletés. Une présence soutenue sur le terrain est nécessaire pour des estimations fiables des paramètres requis et pour la surveillance. Les gestionnaires de la faune québécoise ont acquis une expertise reconnue mondialement, malgré des moyens comparativement limités. Ce contexte a forcé le recours à des solutions créatives, au meilleur coût, en partenariat avec des universités, des organismes de conservation, des municipalités, d’autres ministères et des entreprises, à l’échelle québécoise et canadienne.

 

Avec les départs à la retraite et cette brusque coupure dans la relève, dont plusieurs postes étaient financés par les partenariats établis, cette recette, qui devrait servir d’exemple, n’est plus applicable. La faune sera moins bien connue, gérée, protégée et restaurée, et les retombées économiques de son utilisation seront certainement moindres. Durant notre carrière de scientifiques au service des Québécois, nous avons maintes fois constaté que les meilleures connaissances font les meilleures décisions, celles qui deviennent difficilement contournables. Nous espérons que ces compressions, touchant directement des scientifiques, ne visent pas à obscurcir le processus de décision en matière de protection de l’environnement et de gestion des ressources renouvelables.

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