Au-delà de la polémique Bolduc

Selon l’éditeur Hervé Foulon, nos bibliothèques devraient être des cavernes d’Ali Baba.
Photo: Pedro Ruiz le Devoir Selon l’éditeur Hervé Foulon, nos bibliothèques devraient être des cavernes d’Ali Baba.

« Lire, c’est boire et manger. L’esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas. » — Victor Hugo

 

Les déclarations malheureuses du ministre Bolduc, au-delà de la polémique qui a suivi, nous amènent à nous poser de nombreuses questions sur l’éducation que nous voulons offrir à nos jeunes et à la place qu’occupe la lecture dans notre société.

 

Si le ministre a gaffé, il n’en demeure pas moins que peu de gens sont conscients de la piètre qualité des contenus de nos bibliothèques et, d’une manière plus générale, du peu de cas qu’on fait de la lecture. Je ne reviendrai pas sur ce que d’autres ont déjà soulevé : le peu de livres disponibles, et surtout, le réassort des collections qui est mal, voire pas fait, par manque de moyens, ce qui a pour conséquence de confronter nos jeunes à des données obsolètes. Pour les inciter à la lecture, il n’y a pas pire politique puisque dès le plus jeune âge on leur montre que la plupart des livres mis à leur disposition sont périmés…

 

Le rôle d’un livre est de transmettre des connaissances, de faire découvrir, d’où l’importance de renouveler ces collections pour que l’information soit à jour. Mais un livre est également un moyen pour transmettre la culture, les idées, pour approfondir la connaissance de la langue.

 

« Un enfant n’a jamais assez de livres. C’est important d’avoir un accès facile à la lecture, car c’est une stimulation constante pour mieux connaître la langue. C’est vrai que les commissions scolaires doivent faire des choix, mais entre nous, je pense que d’autres choix peuvent être faits », a dit le premier ministre face à la controverse.

 

Merci Monsieur Couillard, mais plutôt que des démentis, ne pourrions-nous nous attendre à une politique culturelle soutenue par l’ensemble du gouvernement, à un appui à la lecture avec les moyens correspondants, à une promotion de notre littérature ?

 

Que sera le Québec de demain si nous ne réduisons pas le taux d’illettrisme ? Que deviendra notre identité si nous ne transmettons pas par la lecture notre patrimoine littéraire et historique ? Pourrions-nous espérer une meilleure coordination entre les ministères de l’Éducation et de la Culture pour favoriser la promotion et la connaissance de notre littérature, et pour établir une politique à long terme de la lecture ?

 

Comme le premier ministre le souligne, « il faut avoir un accès facile à la lecture » et donc au livre, à tous les livres. Il faut que nos bibliothèques, qu’elles soient scolaires ou municipales, regorgent de livres, qu’on y retrouve les « classiques » de la littérature québécoise comme les nouveautés, des livres pour petits, adolescents, adultes, des romans, des documentaires, des essais, etc. Une bibliothèque devrait être la caverne d’Ali Baba.

 

Idem pour les librairies ; n’attendons pas qu’elles crèvent toutes pour réagir ou pour nous lamenter. Agissons et ne laissons pas les mégaentreprises de distribution nous dicter des volontés qui ne sont rattachées qu’à des intérêts économiques et où la diversité culturelle est sacrifiée. Mais pour cela, il faut une volonté politique et accepter d’accorder les budgets nécessaires.

 

Il faut aussi promouvoir la lecture et le livre auprès des familles. À l’image de la Fondation Chagnon qui a réalisé une magnifique publicité encourageant la lecture et la possession d’un livre dès le plus jeune âge, il faudrait multiplier les actions incitant les gens à lire en leur disant tout ce que la lecture apporte, que ce soit pour le plaisir, la culture, l’épanouissement personnel, la connaissance de la langue, etc.

 

S’il vous plaît, mesdames et messieurs les politiciens, de quelque parti que vous soyez, ayez une vue à long terme, pensez à l’avenir de nos enfants et petits-enfants, et pas seulement à la prochaine échéance électorale… Aidez-les à se développer, à se nourrir l’esprit.

7 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 6 septembre 2014 12 h 16

    Le beau attire le respect et la fréquentation !

    Des bibliothèques scolaires dégarnis localisés très souvent dans des lieu peu attrayants mal éclairés et dotés de sièges peu confortables sont très souvent le lot de ces lieux de savoir et de plaisir. Partant delà, un virage s'impose. Par contre, pour être réaliste il serait surprenant que l'iniative vienne du Ministre de l'Éducation qui par sa déclaration malheureuse accorde si peu d'importance à cette réalité.

    • J-F Garneau - Abonné 6 septembre 2014 13 h 36

      Une question à se poser, par contre, est combien veut-on investir dans les briques et le mortier? Si la musique n'est pas morte et ne le sera jamais, HMV, Sam the Record Man, et autres grandes surfaces ou l'on trouvait du vinyle et des CDs sont une espece en voie de disparition. Si les films sont plus populaires que jamais, les Super Clubs Videotron, Blockbusters, Boite Noire et autres ne survivent pas.
      Aujourd'hui il existe déjà, Projet Gutenberg, Gallica, Google Books, La Bibliothèque Numérique Européenne... plusieurs ouvrages sont disponibles gratuitement en ligne ou sur liseuse (Kindle, iPad, etc).
      Ne perdons pas le contac avec les livres mais il y a aussi une réalité de découverte et consommation de contenu litéraire qui sera différente pour les générations actuelles et à venir. Les "lieux de savoir et de plaisir" se transforment sous nos yeux, ce n'est qu'une réalité. Je préfère que notre gouvernement investisse dans les auteurs aujourd'hui, que dans la brique et le mortier.

  • Nicole Moreau - Inscrite 6 septembre 2014 13 h 40

    déjà dans les années'80

    c'était connu au ministère de l'Éducation où je travaillais à la fin des années 1980, les bibliothèques scolaires étaient mal pourvues, ce devrait pourtant être un instrument important dans la scolarisation des jeunes et afin de contrer des mouvements vers le décrochage.

  • michel lebel - Inscrit 6 septembre 2014 16 h 10

    Bravo!

    Bon texte d'Hervé Foulon. Bravo! La problématique demeure: aucun gouvernement québécois, à ce jour, n'a porté un grand intérêt à la culture. Il y a eu toutefois quelques rares ministres qui y croyaient, dont les Lapalme,Tremblay et L'Allier.


    Michel Lebel

    • Jean-Marc Pineau - Inscrit 6 septembre 2014 22 h 16

      Monsieur Lebel, vous auriez pu en nommer quelques-autres mais, puisqu'ils étaient ministres du Parti québécois, vous avez choisi de vous arrêter là ?
      En mettant de côté la partisannerie foncée, vous auriez pu nommer : Gérald Godin, Clément Richard, Louise Beaudoin, Liza Frulla, même si elle est rouge...

    • michel lebel - Inscrit 7 septembre 2014 11 h 37

      Ma liste de ministres ne se voulait pas exhaustive! Ce que je sais, c'est que plus d'uns soutiennent que les libéraux ont plus fait en pratique que les péquistes en matière de culture. Ces derniers en ont peut-être parlé plus, mais ont moins agi que les libéraux.

      M.L.

  • André Michaud - Inscrit 7 septembre 2014 10 h 02

    Livres ou lecteurs?

    Le problème ne vient pas du manque de volumes mais du manque de gens intéressés à la lecture. La télé et le cinéma ont pris toute la place , les gens attendent la version visuelle d'un livre.

    Je suis un grand lecteur qui a peu acheté de volumes dans sa vie ($$) mais qui a toujours su trouver toutes sortes de lectures à la bibliothèque municipale (roman, histoire, politique, philo, arts...). Et cela depuis 1957 quand j'ai commencé à lire..

    Je connais des jeunes intéressés à la lecture et ils trouvent les volumes en version numérique gratuitement sur internet...comme ils trouvent gratuitement la musique qui les intéresse. Ce n'est pas le manque de volumes qui est le problème mais le manque d'intérêt des jeunes pour ce médium.