Le prix du fleuve?

Photo: Ravi Sarma/CC

Depuis de nombreuses années et de tous les coins du Québec, nous venons passer quelques jours, quelques semaines, quelques mois au bord du fleuve Saint-Laurent. Certains d’entre nous ont même décidé de s’y installer. Que la beauté, le silence, la lumière, la vie du fleuve, de sa faune et de ses rivages puissent être détruits par le terminal maritime que la compagnie TransCanada veut implanter dans le port de Gros-Cacouna, par les forages et le transport du pétrole tiré des sables bitumineux, et surtout par les inévitables catastrophes ou marées noires « improbables », tout cela nous est intolérable.

 

Si cela se produisait, nous pourrions toujours choisir d’autres destinations de vacances, ce qui entraînerait des pertes économiques sans doute plus importantes que « les retombées pour l’économie et l’emploi » que font valoir les intervenants qui défendent le projet, mais aucune de ces destinations ne serait, pour nous, un tel lieu de ressourcement. C’est que le fleuve, qui coule entre la rive nord et la rive sud, entre l’intérieur des terres et l’océan, entre notre passé le plus ancien et notre avenir, est non seulement ce qui nous abreuve (43 % de la population québécoise s’y approvisionne en eau potable), mais aussi ce qui nous relie à nous-mêmes et nourrit notre imaginaire. Si une catastrophe se produisait, ce serait une perte irrémédiable de beauté et de mémoire.

 

Abandonner le fleuve aux intérêts financiers à court terme, c’est compromettre la suite du monde.

 

Le fleuve n’a pas de prix, le fleuve n’est pas à vendre.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

10 commentaires
  • Sylvain Rivest - Abonné 23 août 2014 00 h 55

    ...

    Personne n'a dit qu'il était à vendre!
    En fait on nous demande pas notre opinion.

    Ils se servent...
    ...et nous nettoierons.

    Comme en Alberta. Quoi? Croyez-vous que lorsqu'il n'y aura plus rien à ramasser les compagnies vont remettre le territoire comme il était? Non. Les grosses poches seront déjà parties et la population local se ramassera avec un territoire toxique.

  • Marcel Lemieux - Inscrit 23 août 2014 05 h 48

    Le fleuve pas à vendre

    Pourquoi alors avoir saccagé les plus belles rivières du nord du Québec pour faire des
    barrages réputés vert alors? Hydro Québec ne mérite pas plus que Trans Canada en terme écologique.

    • Benoît Landry - Inscrit 23 août 2014 10 h 24

      Faut pas charrier. Comparer un harnachement de rivière à une pollution toxique qui pourrait résulter d'une marée noire est risible.

      Je suis bien prêt à croire que les intérêts économiques des promoteurs qui poussent l'harnachement ou les ports pétroliers soient comparables, mais de prétendre qu'ils sont comparables en terme écologique ne tient pas la route. Les deux sont peut-être indigestes, mais il est plus facile de se remettre d'une indigestion avec des pommes qu'avec de l'huile à lampe.

    • Jean Richard - Abonné 24 août 2014 11 h 20

      La comparaison n'est pas si risible.

      Une marée noire reste hypothétique. La probabilité qu'elle se produise est réelle, mais reste une probabilité.

      Mais avec les barrages, il n'y a plus de probabilité, il y a une certitude. Il y a la certitude du lessivage de certaines matières qui, passé un certain seuil, deviennent polluantes. Les autochtones ne se sont-ils pas un peu intoxiqués avec des poissons remplis de mercure ? Et autre réalité avec les barrages : on submerge une quantité impressionnante de matière organique (la végétation) qui, en se décomposant sous l'eau, va dégager des tonnes de méthane, entre autres, un gaz qui contribue grandement à l'effet de serre quand il est répandu dans l'atmosphère sans avoir été brûlé.

      Et avec les barrages comme avec les oléoducs, les risques d'accident ne doivent pas être écartés. Des catastrophes causées par l'éclatement d'un barrage, ça s'est quand même déjà produit. Un monstre comme le barrage Manic 5, construit il y a presque un demi-siècle, n'offre aucune garantie totale d'invulnérabilité. Et s'il venait à déjouer les calculs des ingénieurs et à céder ?

      Moyennant une surveillance environnementale serrée et adéquate, le niveau de vulnérabilité d'un oléoduc pourrait s'approcher de celui d'un barrage.

    • Benoît Landry - Inscrit 24 août 2014 14 h 11

      Vos arguments sont bons M. Richard les harnachements ne sont sans conséquences, mais je reste convaincu que la pollution par les produits pétroliers est pire surtout dans un contexte d'un milieu qui est déjà très fragilisé. Il est vraiment temps qu'on se penche sur des ressources plus écologiques comme le biométhane à partir de nos déchets, le solaire passif et la géothermie et tout simplement voir à moins gaspillé en isolant mieux nos maisons et en réduisant notre consommation

    • Michel Grégoire - Abonné 24 août 2014 17 h 15

      J'ai milité par la voie documentaire contre le harnachement des grandes rivières sauvages du Nord Québécois (Laisser Couler le Nord, 2004). Pour m'insérer dans ce débat, mon opinion est que le harnachement de rivières n'est pas sans conséquences, loin de là et devrait être balisé dans une vision d'ensemble des rivières du Québec. Je considère cependant que de favoriser, par un oléoduc et un port, l'exploitation des SB Canadiens (2e gisement de pétrole au monde) et ultimement sa combustion, est extrêmement plus grave que le harnachement des rivières. Oui, j'ai dit extrêmement. Malgré les conséquences environnementales très importantes des barrages sur les écosystèmes et géosystèmes, il s'agit de production énergétique renouvelable et c'est ce qui les distingue du pétrole non-conventionnel, toxique, non-renouvelable et déstabilisateur du système atmosphérique dont nous dépend tellement, a tout point de vue.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 23 août 2014 07 h 22

    Juridiction fédérale ?

    C'est l'argument qu'on nous sert. Or en Colombie Britannique, la PM Christy Clark, dans le dossier de l'oléoduc (Northern Gate) a posé 5 condition pour accepter le projet, tellement contraignantes que cela équivaut à un refu du projet.

    Sa réplique à l'argument qu'il s'agit d'une juridiction fédérale a été une fin de non-recevoir :

    Peut importe ce que dit la constitution, ceux qui décident ce sont les citoyens qui habitent le territoire, point PERIOD (dans le texte en anglais). Comme l'opposition est contre le projet, Ottawa n'a pas répliqué.

    Au Québec nous sommes victimes du syndrome : c'est-pas-beau-la-chicane, (la ligne des libéraux). Donc il ne faut pas compter sur ce gouvernement pour défendre les intérêts du Québec dans ce dossier, comme dans bien d'autres d'ailleurs.

    • Nicole Moreau - Inscrite 23 août 2014 10 h 42

      je suis bien d'accord, ça vaudrait la peine d'essayer.

      le seul problème ici, c'est que le gouvernement est d'accord, les partis d'opposition aussi, ce sont les citoyens et les groupes qui protestent, mais ça, même si on est supposé vivre en démocratie, ça ne semble pas vraiment compter. On fait de l'aveuglement volontaire chez les personnes politiques.

    • Benoît Landry - Inscrit 23 août 2014 12 h 26

      Mme Moreau, ce n'est pas tous les partis d'opposition qui sont d'accord....

      Cela fait parti du problème aussi ici au Québec, on taxe d'extrémiste ceux qui osent se tenir debout et on les ignore trop souvent dans les médias