Le bouc émissaire éolien

Selon les auteurs, le Québec pourrait prendre exemple sur le Danemark — qui a mis en place un plan pour s’affranchir du pétrole d’ici 2050 et a comme objectif d’intégrer 50% d’énergie éolienne à son réseau d’ici 2020.
Photo: Thinkstock Selon les auteurs, le Québec pourrait prendre exemple sur le Danemark — qui a mis en place un plan pour s’affranchir du pétrole d’ici 2050 et a comme objectif d’intégrer 50% d’énergie éolienne à son réseau d’ici 2020.

Un an presque jour pour jour après avoir déposé à la Régie de l’énergie une demande de hausse de ses tarifs de 3,4 % pour l’année 2014-2015, Hydro-Québec revient à la charge avec une nouvelle demande de hausse de 3,9 % devant être appliquée à compter d’avril 2015. Tout comme l’an dernier, Hydro-Québec affirme que l’énergie éolienne est en grande partie responsable de cette hausse, comme le mentionnait son porte-parole en entrevue sur les ondes de Radio-Canada mercredi dernier.

 

L’éolien est désigné comme une source d’énergie chère, intermittente, « dont on n’a pas besoin lors des pointes exceptionnelles en période d’hiver ». Cette demande arrive une fois de plus dans un contexte où Hydro-Québec dispose d’importants surplus d’électricité. Les mêmes arguments que ceux publiés dans un texte du Devoir des mêmes auteurs l’an dernier se doivent d’être réitérés afin de rappeler pourquoi l’éolien n’a rien du portrait caricatural auquel certains prétendent pouvoir le réduire.

 

Hydro-Québec achètera cette année de l’énergie éolienne auprès de producteurs privés à un coût moyen de 10 ¢/kWh. Ce coût doit être comparé à juste titre à celui résultant d’autres projets en construction. Le concept économique de coût marginal — combien il en coûte d’ajouter un nouveau kilowattheure (kWh) au réseau électrique aujourd’hui, et ce, quelle que soit la filière choisie — se doit d’être utilisé pour effectuer une comparaison juste.

 

À titre d’exemple, le projet hydroélectrique de la Romaine produira de l’électricité livrée aux abonnés à un coût de 9,6 ¢/kWh. Alors qu’Hydro-Québec prévoit 75 TWh de surplus énergétiques pour la période 2014-2023, on est en droit de s’étonner qu’elle persiste à aller de l’avant avec ce projet commercial téméraire dont les mérites commerciaux n’ont jamais fait l’objet d’un examen public sérieux, tout en affirmant être forcée d’intégrer de l’éolien à prix élevé à son réseau électrique.

  

L’exemple du Danemark

 

Le fait de détenir des surplus d’énergie peut devenir un moyen habilitant de transition énergétique plutôt que le jeu d’improvisations qui enferment le Québec dans des scénarios anachroniques. Le Québec, aidé d’une stratégie énergétique à long terme, pourrait absorber ses surplus par des projets porteurs et s’en servir pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles, dont les importations totalisent quelque 14 milliards de dollars par année.

 

Il pourrait prendre comme exemple le Danemark, qui a mis en place un plan pour s’affranchir du pétrole d’ici 2050 et a comme objectif d’intégrer 50 % d’énergie éolienne à son réseau d’ici 2020. Cette année, l’énergie éolienne est devenue au Danemark la source la moins chère de nouvel approvisionnement en électricité. Ce résultat inespéré est issu d’une stratégie de développement à long terme où les efforts combinés des secteurs politique, universitaire et commercial se sont traduits par une diminution importante des coûts.

 

Le patrimoine hydroélectrique du Québec lui permet d’effectuer un couplage en parfaite synergie avec l’éolien. Le cycle annuel des vents étant en symbiose avec la demande intérieure d’électricité, l’éolien offre aussi plusieurs avantages opérationnels tout en diversifiant le portefeuille énergétique du Québec. Il permet entre autres de diminuer le nombre d’heures de forte pointe dans l’année ainsi que de stabiliser le niveau des réservoirs durant les périodes où les apports hydrauliques sont les plus bas annuellement.

  

La force du vent

 

L’éolien bénéficie de coûts marginaux parmi les plus faibles des sources d’énergie renouvelables et profite également à la création d’emploi et au développement d’une économie prospère. De plus, il est mieux adapté au nouveau contexte de faible croissance de la demande puisqu’il permet une modulation rapide de l’offre en fonction de la demande.

 

La mise en activité d’un parc éolien se réalise beaucoup plus rapidement que celle d’une centrale hydroélectrique, dont le temps de construction est plus long, d’autant plus que l’empreinte écologique de l’éolien est beaucoup plus faible. Son caractère non invasif lui permet aussi de continuer de pratiquer d’autres activités sur le territoire où sont installées les éoliennes, telles que l’agriculture et les activités récréotouristiques. Ce ne sont ici que quelques raisons faisant en sorte que l’éolien se doit d’être considéré comme pouvant faire partie à juste titre d’une stratégie énergétique globale ancrée sur l’avenir.

 

La technologie éolienne est mature, fiable, toujours plus performante et compétitive. Elle ne mérite en rien d’être érigée en bouc émissaire relativement à la hausse tarifaire récemment demandée par Hydro-Québec. Le Québec gagnerait plutôt à consolider l’expertise développée jusqu’à maintenant dans cette filière et à l’inscrire à sa juste valeur parmi les autres formes d’approvisionnement dans une stratégie énergétique nationale à long terme.

17 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 9 août 2014 08 h 29

    Oui mais,

    Hydro Québec achète l'énergie éolienne pour un prix moyen de 10 ¢/kWh une fois que les contribuables québécois ont payé pour les construire. Le coût véritable est bien plus que 10 ¢/kWh et ici on ne parle pas du coût de démantèlement puisque la durée d'une éolienne n'est pas plus que 25 ans si on est chanceux. Ce type d'énergie sera rentable lorsque nous auront trouvé des accumulateurs d'énergie (batterie) efficaces pour stocker l'électricité produite. Et lâchez-nous avec la consolidation de l’expertise développée comme si c'était le Saint Graal de l'énergie et comme si on coupait des atomes en deux. Ce ne sont que des moulins à vent à lesquels on a greffé une génératrice.

    Et le Danemark n'est pas un bon exemple d'efficacité énergétique à moins que vous voulez payer plus de 40 à 50 ¢/kWh comme ils le font présentement.

    • Jacques Gagnon - Abonné 9 août 2014 15 h 14

      On ne stocke pas l'énergie éolienne dans des batteries monsieur.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 août 2014 16 h 38

      L'énergie du vent qui est transformée en énergie électrique est stockée dans des accumulateurs. Si l'énergie du vent n'est pas transformée, et bien, ce n'est que du vent. Difficile de faire fonctionner son ordinateur avec du vent...

    • Cyril Dionne - Abonné 10 août 2014 08 h 41

      Petit ajout.

      Pour que l'énergie éolienne perdre son statut d'énergie intermittente tout comme pour l'énergie solaire, on doit être capable d'emmagasiner l'énergie dans des accumulateurs efficaces quand le vent souffle et réutiliser l'énergie quand il ne souffle plus. Malheureusement, rien de tel n'existe et ceux qui nous avons présentement, sont inefficaces, dispendieux et polluants.

      Nos lobbyistes de l'éolienne ne parlent surtout pas de l'impact environnemental que les éoliennes ont sur le faune locale lorsque celles-ci sont déployées. Les pales des turbines tuent les oiseaux, les chauves-souris et à cause des vibrations qui émanent de ces engins, aucun ver de terre ne sera présent. Pas besoin d'expliquer l'importance du ver de terre en agriculture.

      Tout cela pour dire qu'il n'existe aucun moyen de production d'énergie qui ne soit pas néfaste à l'environnement et qui n'a pas d'empreinte écologique. La conservation a bien meilleur goût.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 11 août 2014 08 h 25

      M. Dionne, on stocke l'énergie éolienne avec d'énormes batteries qui existent déjà: les réservoirs des centrales hydroélectriques. C'est pourquoi on parle de couplage parfait entre l'éolien et l'hydroélectrique: quand souffle le vent, les réservoirs peuvent se remplir, prêts pour les pointes hivernales.

      L'impact des éoliennes sur la faune ailée est absolument marginal si on le compare, par GWh produit, à l'impact de l'exploitation et de la combustion de combustibles fossiles, par exemple:

      http://en.wikipedia.org/wiki/Environmental_impact_ (en anglais malheureusement, l'article en français n'existant pas encore).

      Vous dites «Et le Danemark n'est pas un bon exemple d'efficacité énergétique à moins que vous voulez payer plus de 40 à 50 ¢/kWh comme ils le font présentement.»

      Le coût de l'électricité n'est pas in indicateur de l'efficacité énergétique.

      Enfin, vous dites que le coût du démantèlement n'est pas inclus dans les 10 c/ kWh. Qu'en savez-vous?

  • Bernard Terreault - Abonné 9 août 2014 08 h 53

    La Suède et le Danemark sont-ils des pays anglophones ?

    Pourquoi "Department of Earth Sciences, Wind Energy, Uppsala University" ou "DTU Wind Energy" ? Est-ce que ça fait plus convaincant que "Département des Sciences de la Terre, Énergie éolienne, Université d'Uppsala", ou encore que son nom suédois ?

  • Pierre Raymond - Abonné 9 août 2014 09 h 26

    Balivernes de Hydro-Québec...

    One se fait dire n'importe quoi et à l'année longue par l'industrie privée mais j'en ai marre de me faire prendre pour une cruche par les Dirigeants de «mon» Hydro-Québec que certains aimeraient privatiser... et on sait pourquoi et surtout pour qui.

    • lise pelletier - Inscrit 9 août 2014 22 h 35

      En effet M. Raymond, c'est la privatisation de l'Hydro-Québec qui est visée.

      Quelle est la meilleure stratégie pour y arriver ? Des augmentations successives afin d'écoeurer les contribuables pour facilement ensuite les convaincre par d'autres stratégies de marketing que la privatisation serait beaucoup mieux.

      Dans le genre ce qu'ils font présentement avec l'attaque sur les fonds de retraite martelant le message que ceux qui n'ont pas de régime n'ont pas à payer pour ceux qui n'en ont pas.

      Et croyez-moi c'est gagnant comme propagande.

      Les éoliennes ne sont qu'une excuse et une façade, le jeu se joue en coulisses et Power-Corporation sait bien y faire dans ce domaine.

  • André Martin - Inscrit 9 août 2014 09 h 41

    Une synthèse très intéressante.

  • Simon Chamberland - Inscrit 9 août 2014 10 h 30

    Même tarifs ?

    Je remarque que vous donnez l'exemple du Danemark sans parler du tarif de l'électricité là-bas. Chez nous, l'électricité n'est pas dispendieuse, ce qui favorise le gaspillage.

    • Yvan Dutil - Inscrit 10 août 2014 08 h 01

      L'électricité au Danemark est la plus chère du monde : 0.3 Euro/kWh! Dans ces conditions, n'importe quelle source d'énergie n'est pas chère.