La faillite morale des intellectuels québécois

Des Palestiniens ont établi un camp devant l’hôpital al-Shifa après le bombardement de leur maison par des frappes israéliennes le 2 août.
Photo: Mohammed Abed Agence France-Presse Des Palestiniens ont établi un camp devant l’hôpital al-Shifa après le bombardement de leur maison par des frappes israéliennes le 2 août.

En entrevue la semaine dernière avec la chaîne publique allemande Deutsche Welle, la figure de proue du pacifisme israélien, l’écrivain Amos Oz, déclarait son soutien à la contre-offensive israélienne visant à enrayer durablement l’arsenal de la terreur du Hamas et ajoutait ceci à propos des tactiques criminelles du mouvement islamiste palestinien : « Je crains qu’il n’y ait aucun moyen d’éviter de faire des victimes civiles parmi les Palestiniens tant que le voisin assoit son enfant sur ses genoux tandis qu’il tire sur votre garderie. »

 

La lucidité de cet indéfectible partisan de la paix et critique du gouvernement israélien actuel tranche avec la myopie idéologique et ce qu’il convient d’appeler l’humanisme dévoyé du manifeste anti-israélien publié le 1er août dans Le Devoir (« L’abandon de la vocation pacifique »). En appelant à un embargo militaire sur Israël tout en cautionnant moralement le terrorisme du Hamas qu’il faudrait reconnaître comme un « acte de résistance », ce texte s’avère être une pernicieuse imposture de pacifisme. Sous prétexte de pacifisme, les auteurs et les signataires voudraient priver Israël de son droit et de son devoir inaliénables de défendre sa population. À cet égard, on ne peut que se féliciter de la clairvoyance du Parti conservateur, du Parti libéral du Canada et du Nouveau Parti démocratique, qui guide leur soutien à Israël.

 

Aucune armée au monde ne prend autant de précautions qu’Israël pour épargner la population civile palestinienne. Aucune armée au monde ne révèle à son ennemi où et quand il va frapper comme Tsahal le fait. Et si les lourdes pertes civiles palestiniennes sont à déplorer, il ne faut pas perdre de vue que le Hamas se rend coupable d’un double crime de guerre en ciblant délibérément les civils israéliens tout en utilisant sa propre population comme écran protecteur. Pas plus tard que le 30 juillet dernier, John Ging du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU a reconnu sur les ondes du réseau anglais de Radio-Canada que le Hamas et les autres groupes terroristes de Gaza tirent leurs roquettes sur Israël à proximité des refuges onusiens pour civils palestiniens et depuis des zones résidentielles.

 

Certes, les images de Gaza heurtent notre humanité. Mais on n’entend pas les auteurs et les signataires s’indigner des crimes commis par le Hamas contre son propre peuple.

 

Comme on ne les voit pas monter aux barricades pour décrier le seul vrai charnier au Moyen-Orient qu’est devenue la Syrie où plus de 170 000 personnes ont perdu la vie dans une boucherie dont sont complices les alliés libanais (le Hezbollah) et iraniens du Hamas. Pourquoi cette indignation sélective contre le seul État juif ? Pourquoi ne se sont-ils pas manifestés lorsque le régime du boucher de Damas a assiégé et affamé les Palestiniens de Yarmouk ? Leurs cris d’indignation actuels comparés à leur silence assourdissant sur ce véritable carnage sont révélateurs.

 

Ne considérer un conflit armé que sous la seule lorgnette du bilan des morts condamne à un regard superficiel. Si cette arithmétique morbide définissait l’agresseur, à ce compte, l’Allemagne aurait été attaquée par l’Angleterre en 1939-1945 et la Serbie de 1999 aurait été la victime de l’OTAN. La contre-offensive israélienne gagnerait-elle en légitimité morale si davantage d’Israéliens mouraient sous le feu du Hamas ?

 

Alors que le Hamas a refusé les appels au calme d’Israël avant le déclenchement de l’opération Bordure protectrice, qu’il a rejeté une proposition de cessez-le-feu endossée par la Ligue arabe et l’Autorité palestinienne, mais acceptée par Israël et qu’il a violé le 1er août dernier une cinquième trêve humanitaire, l’identité de l’agresseur devrait être claire.

 

Quand le secrétaire général des Nations Unies (organisation peu suspecte d’être pro-Israël) Ban Ki-moon condamne fermement le bris du cessez-le-feu et le kidnapping d’un Israélien par le Hamas, mais que les intellectuels québécois ne sont pas capables d’en faire autant, c’est le signe d’une grave faillite morale.

 

Si les auteurs et les signataires de ce manifeste se souciaient véritablement du sort des Palestiniens, ils condamneraient le Hamas, qui a déclenché ce tragique conflit au mépris des 70 % de Gazaouis opposés aux tirs de roquettes du Hamas sur Israël, selon un sondage publié en juin par le Washington Institute for Near East Policy, plutôt que d’appeler à la stigmatisation d’Israël. Si ces vertueux pétitionnaires aspiraient vraiment à la paix, ils formeraient l’espoir que ce conflit affaiblira durablement le Hamas dont la seule raison d’être est de boucher tout horizon de paix et d’espoir à la fois pour le peuple palestinien et les Israéliens.

 

Pourquoi cette indignation sélective contre le seul État juif ?

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39 commentaires
  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 4 août 2014 06 h 46

    Et la colonisation continue...

    Pendant ce temps Israël continue à établir ses colonies sur des territoires qui ne lui appartiennent pas.

    • Guy Vanier - Inscrit 4 août 2014 08 h 46

      Les palestiniens utilisent des tires pois quand les israéliens ont les armes les plus puisantes au monde fournis par les américains avec l'accord du Canada (harper) et d'autres pays.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 4 août 2014 06 h 57

    Propagandisme israélien

    Votre point de vue, exprimé dans ce texte, correspond en toute lettre à la propagande du gouvernement israélien. On vous croirait leur porte parole, leur ambassadeur.

    Pourquoi cette indignation sélective contre le peuple palestinien ?

    • Jean Jacques Roy - Abonné 4 août 2014 09 h 37

      Je crois que vous avez vu juste... l'auteur de cet écrit, David Ouellette, n'est rien d'autre qu'un scribe!
      On peut cependant se poser la question : quel est son commenditaire? Qui cherche-t-il à couvrir? L'indéfendable, la barbarrie de la guerre en cours ou à justifier le parti-pris du gouvernement Harper, ami inconditionnel du gouvernement Israëlien.
      Répugnante cette opération propagandiste des conservateurs et minable l'incapacité des partis d'opposition à se lever et à parler franc et fort!

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 4 août 2014 09 h 49

      Pas de quoi s'étonner!

      M. Ouellette est à l’emploi du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CERJI)

      Tel qu’indiqué sur leur site le «CERJI est le porte-parole officiel des quelques 400 000 juifs canadiens. À cet égard, il est un organisme non-partisan chargé de fournir expertises et toutes informations relatives aux préoccupations de la communauté juive».

      Soulignons également que M. Ouellette est né d’un père québécois et d’une mère juive originaire du Maroc. Il se définit comme étant de «droite libérale».

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 4 août 2014 10 h 02

      J'ajoute que vous affichez un scandaleux et méprisant culot de qualifier de «faillite morale des intellectuels québécois» ceux et celles qui ne pensent pas comme vous.

    • Étienne Duclos-Murphy - Inscrit 4 août 2014 11 h 24

      L'auteur a le droit de prendre position pour Israël, c'est une rubrique opinion. Ne vous dotez pas de l'arrogance de la vérité absolue. Il fait volontairement abstraction à des détails importants, mais bon... c'est son travail!

      S'il y a quelque chose de troublant à noter, c'est la dernière phrase de M. Ouelette : "Pourquoi cette indignation sélective contre le seul État juif ?"

      C'est une technique réthorique. Ça sous-entend que si vous parlez "contre" la politique d'Israël, vous êtes antisémites. Analysez la situation de la France là-dessus, ils ont une dizaine d'années d'avance sur nous. Le lien avec la haine est une façon courante de discréditer tout argument. Ne tombez pas dans le piège, restez léger, souriez, et oui, malgré ce qui se passe.

      Paix à tous!

  • Benoît Landry - Inscrit 4 août 2014 07 h 09

    Condamner la violence c'est facile...

    mais condamner les germes de la violence des gens comme M. Ouellette semble incapable de le faire.

    Cela fait depuis la naissance de l'État d'Israël que des juifs qui sont nés ailleurs dans le monde arrive sur les terres palestiniennes, expulsent leur occupants s'y installent et se font protéger par l'armée israelienne. Cette colonisation se serait pas un des germes qui ferait naitre la violence et la haine pour n'importe qui qui devrait dorénavant vivre dans des camps de réfugiés ou entassés dans des villes surpeuplées enclines à se soumettre au contrôle des colonisateurs.

    Israel prétend aujourd'hui simplement se défendre , mais il serait bon de le voir de temps en temps cesser de jeter de l'huile sur le feu en continuant de coloniser en ayant une vraie attitude d'apaisement.

    Je suis loin de croire que tous les juifs à travers le monde appuie ce genre d'action au même titre que tous les musulmans du monde ne sont pas des terroristes, mais à l'heure actuelle Israël n'est pas une victime, elle est devenue agressive et ne supporte aucun forme de résistance à sa colonisation. Que l'on le règle ce dossier avec des gens de bonne intention et la paix aura plus de chance de s'installer.

    • Richard Lapierre - Inscrit 4 août 2014 07 h 18

      ''Que l'on le règle ce dossier avec des gens de bonne intention et la paix aura plus de chance de s'installer''

      Vous rêvez?! Croyez-vous vraiment que les terroristes du Hamas ou d'ailleurs sont des ''gens de bonnes intentions''? Vraisemblablement, vous comprenez difficilement ce qui anime ces Jihadistes. Imaginez seulement envoyer vos femmes et enfants déminer un champ de mine. Impossible direz-vous?

    • Simon Chamberland - Inscrit 4 août 2014 07 h 59

      Précision :

      Depuis 2005 il n'y plus de colonies dans la bande de Gaza. Toutes les colonies furent démantelées par le gouvernement d'Ariel Sharon.

    • Benoît Landry - Inscrit 4 août 2014 08 h 52

      M. Chamberland, vous avez raison sur ce point technique, mais Gaza est remplit de gens qui ont été expulsé de leurs terres et ceux-ci vivent maintenant sur un territoire assiégé en permanence par le gouvernement colonisateur. Ces gens veulent retourner chez eux et se sentir libre chez eux.

      Gaza n'est qu'une prison à ciel ouvert....

    • André Martin - Inscrit 4 août 2014 09 h 51

      Aucun parent au monde ne va offrir délibérément son enfant à un missile, fut-il israélien. Il ne s’agit que de désespoir pur. Ces gens-là sont entassés derrière un mur dans un camp de concentration, avec nulle part ou aller ou se cacher. Ils se font tirer dessus comme des pigeons dans le fond d’un baril.

      Même un humoriste notoire, et juif, trouve difficile de ne pas rire de la rhétorique israélienne. Je n’ai retrouvé qu’un commentaire et une version « illicite » du segment, parce qu'apparemment même les prestations de certains clowns, aux USA, sont « revisitées » :

      https://www.youtube.com/watch?v=hJhQQTzi3sg
      https://www.youtube.com/watch?v=EGn1A2yXIrI

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 4 août 2014 10 h 27

      Faits de base :

      Gaza est sous blocus, et les Gazaouis n'ont pas accès à la mer pour pêcher, ni à 30% de la superficie de Gaza, les terres les plus arables. L'administration est de facto sous contrôle israélien, les nappes phréatiques sont sapées par Israël, les oliviers sont brûlés.

      Simili-territoire autonome, continuellement aliéné, sous pression. Lorsqu'il vote, le peuple palestinien se fait également dire qu'il ne sait pas voter, que son gouvernement demeure illégitime (venant de Bush c'est plutôt cocasse).

      Et si le Hamas se modère, accepte la solution des deux États et se rapproche du Fatah, alors Israël se fâche puisqu'il perd la justification de ses crimes et bombarde Gaza pour radicaliser le Hamas.

      Ensuite nous réfléchirons.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 4 août 2014 10 h 37

      Je me demande si Washington en fournissant armes et munitions à Israël, aiderait toujours ce pays dans leur guerre contre les Palestiniens s’il n’y avait pas autant de juifs vivant aux USA? Pas certain...

      (Selon des statistiques de 2010, la population juive dans le monde est d’un peu plus de 13 millions de personnes. De ce nombre 5, 703,700, soit 42,5%, habitent Israël et presque autant vivent aujourd’hui aux USA, soit 5, 275,000 ou 39,3%. Le Canada pour sa part arrive au 4ième rang, après la France, avec 400 000 habitants, concentrés dans deux grandes agglomérations, Toronto et Montréal.)

  • François Séguin - Abonné 4 août 2014 07 h 52

    La faillite morale des partisans de l'occupant israëlien

    Qui auraient intérêt à comprendre cette réflexion du général de Gaulle sur l'oppression du peuple palestinient par Israël :

    " L'occupation ne peut aller sans oppression, répression, expulsion " ; elle engendre " la résistance [qu'Israël] qualifie de terrorisme ". (Cité dans Le Monde Diplomatique, août 2014)

    Qui aurait eu l'outrecuidance de mettre sur le même pied la violence des résistants français et celle de l'armée d'occupation allemande.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 4 août 2014 08 h 39

    État Palestinien

    Je n'ai pas lu l'article des intellectuels en question, j'étais en voyage, mais j'ai attrapé quelques secondes d'entrevue du représentant-médias. Ce qu'il a dit n,a surpris: la communauté internationale a aidé et a accepté la constitution d'un pays nouveau pour les Juifs. Alors, il est temps que cette même communaué offre un pays ou territoure pour les Palestiniens. Cela fait sens, non? Protez-vous bien, sinon, lâchez-vous, comme disait mon père!

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 août 2014 13 h 24

      Rappel historique: en 1948, l'ONU a établi DEUX pays sur le territoire de la Palestine mandataire. Les Palestiniens ont alors refusé le partage, et les pays arabes ont attaqué Israël.