L’incompréhensible assassinat du FFM

Serge Losique, président du Festival des films du monde, devant le Cinéma Impérial.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Serge Losique, président du Festival des films du monde, devant le Cinéma Impérial.

Depuis la création du Festival des films du monde il y a 38 ans, je n’ai manqué qu’une édition. C’est dire que j’ai vu cette manifestation naître et se développer, devenant bientôt la première manifestation cinématographique du Québec, tant par sa fréquentation, de loin la plus importante à Montréal, que par la diversité et la richesse de son offre culturelle. Bref, un vrai bonheur pour le public qui peut ainsi découvrir des oeuvres venant de tous les continents, malheureusement souvent peu distribuées le reste de l’année. Ah, certes, ici point de foire aux vanités où l’on transforme les comédiennes en arbres de Noël ambulants, point de chichis ou de tapis rouge, ou si peu : les véritables stars sont les réalisateurs et leurs oeuvres. Seul compte le plaisir des spectateurs qui peuvent ainsi sortir, une fois l’an, des autoroutes trop balisées de la distribution commerciale. Le résultat est là : des séances bondées en plein air Place des Arts, des queues devant l’Impérial et les salles du Quartier Latin. Qui peut nier le succès du Festival, sauf à être aveugle ou de mauvaise foi ?

 

Cela dit, pour avoir été délégué général de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes pendant 30 ans, du Festival international des programmes audiovisuels (FIPA) pendant 22 ans et du Festival international du film d’histoire de Pessac depuis 25 ans, je sais aussi que le budget d’un festival, pratiquement dans tous les pays, se discute, s’établit et s’ajuste en fonction des subventions publiques et des commanditaires privés, généralement d’une année sur l’autre, disons fin novembre, début décembre pour l’année suivante. On peut ainsi esquisser la maquette de la manifestation, envisager son expansion, savoir le nombre d’invités qu’on pourra recevoir ou, au contraire, réduire la voilure et s’adapter lorsque les restrictions budgétaires vous y obligent.

 

En revanche, annoncer seulement deux mois avant le début du Festival la suppression pure et simple des subventions publiques (SODEC, Téléfilm Canada, ville de Montréal) pour un montant d’environ 680 000 $, puis en juillet celles de Tourisme Montréal et Loto Québec (avec une inconnue pour Tourisme Québec) pour un autre montant d’à peu près 400 000 $, cela est incompréhensible et n’a pas de précédent. Car comment la direction du Festival pourrait-elle trouver en si peu de temps plus de 1 000 000 $ alors qu’elle est en pleine programmation et qu’elle a déjà mis en place les grandes lignes de la manifestation ? C’est purement et simplement de l’assassinat.

 

Alors pourquoi ? Pourquoi pénaliser un événement culturel qui est un énorme succès public ? En 2005-2006, les subventions publiques avaient déjà été supprimées et un contre-festival organisé qui n’eut qu’une édition dont on se rappelle surtout l’échec cuisant. Serge Losique et Danièle Cauchard avaient maintenu leur manifestation : les spectateurs furent au rendez-vous. Il en va de même aujourd’hui. Il me semble donc que le gouvernement québécois, son premier ministre et sa ministre de la Culture ainsi que le maire de Montréal devraient être fiers d’avoir avec le Festival des films du monde la plus grande manifestation cinématographique de l’année dont le prestige dépasse largement les frontières du Québec et du Canada.

 

En essayant aujourd’hui d’étouffer ce festival, ce n’est pas Serge Losique et Danièle Cauchard qu’on cherche à évincer, c’est avant tout le public québécois qu’on va punir et les professionnels du monde entier qui venaient à Montréal en même temps que les délégations officielles étrangères.

 

Au risque d’ailleurs de voir les grandes manifestations cinématographiques se déroulant au Canada n’avoir plus lieu qu’en anglais, pardon en américain, à Toronto ou ailleurs. Décidément, pour le maudit Français que je suis, les voies de la politique culturelle du Québec sont parfois bien mystérieuses.

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