L’abandon de la vocation pacifique

Nous avons tous été témoins, par médias interposés, de la dernière offensive israélienne dans la bande de Gaza. Notre but ici n’est pas de déterminer qui a commencé ou qui est à l’origine de ce conflit, même si par ailleurs notre devoir d’intellectuels est d’essayer de situer ce qui se passe maintenant dans la trame plus large de l’histoire. Si nous n’avons aucun pouvoir sur l’État d’Israël, sur le Hamas ou sur l’Autorité palestinienne, nous avons cependant une responsabilité envers notre gouvernement, et cette responsabilité est, en ce moment, marquée par la honte.

 

Le Canada a longtemps été, sans être une puissance mondiale, une force de paix, mais l’appui inconditionnel du gouvernement Harper au pouvoir israélien l’a éloigné de sa vocation pacifique qui, au-delà des intérêts géopolitiques et de la loi du plus fort, devrait reposer sur :

 

la Déclaration universelle des droits de l’homme en vertu de laquelle aucune révolte justifiée contre la tyrannie et l’oppression ne peut inclure une action armée contre des civils, règle que violent aussi bien les tirs de roquettes du Hamas que le bombardement israélien de Gaza ;

 

le respect du droit international, ce qui impliquerait l’arrêt de la colonisation en territoire palestinien, le retrait des territoires occupés, l’élimination du mur, la fin du blocus de la bande de Gaza, conformément aux décisions prises par les tribunaux internationaux.

 

Nous attendons du gouvernement Harper qu’il travaille concrètement à l’établissement d’une paix durable au Moyen-Orient plutôt que d’attiser le conflit actuel par ses prises de position partisanes. Nombreux sont les Israéliens qui s’opposent à la politique belliqueuse de Nétanyahou : il serait peut-être temps de les entendre et de cesser de croire qu’Israël parle d’une seule voix. Nombreux sont les Palestiniens qui croient à une solution pacifique au conflit : il serait peut-être temps de prendre au sérieux l’union récente du Hamas et du Fatah et d’appuyer cette démarche politique plutôt que de définir tout acte de résistance palestinienne comme un acte terroriste.

 

Nous sommes du parti de la paix, et tous ceux qui s’opposent à la haine devraient être nos alliés. Qu’ils soient Israéliens ou Palestiniens, nos amis sont ceux qui s’opposent à la violence et mettent au-dessus des intérêts partisans et des considérations doctrinaires le droit des personnes et des peuples de vivre dans la liberté et la dignité. Nous joignons ici nos voix à toutes celles qui dans le monde entier plaident pour que cesse le massacre de la bande de Gaza et espèrent que la Palestine et Israël en arrivent à la création de deux États, sans quoi il n’y aura pas de paix durable.

 

Que pouvons-nous faire pour atteindre cet objectif ?

 

1. Dénoncer l’aveuglement du gouvernement Harper.

 

2. Regretter le silence du gouvernement québécois.

 

3.Appuyer toute démarche d’ici ou d’ailleurs susceptible d’enrayer la violence : boycottage des compagnies qui font affaire avec les colonies israéliennes, des banques et entreprises qui financent les fabricants d’armes israéliennes, pétitions pour l’imposition d’un embargo militaire immédiat sur Israël comme celui qui frappe déjà le Hamas, dons pour les habitants de Gaza, etc.

 

4. Ne pas laisser la distance, les vacances ou le confort nous éloigner de ce qui se passe présentement dans la bande de Gaza parce que nous serions ainsi complices de la mort d’innocents et que c’est aussi notre avenir à tous, c’est-à-dire la possibilité pour les peuples de vivre en paix, qui s’y joue.

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Cosignataires de la lettre:

Georges Leroux, professeur émérite, UQAM — Pierre Nepveu, professeur émérite, Université de Montréal — Julius Grey, avocat, Grey-Casgrain — Gérard Bouchard, professeur, UQAC — Dominique Scarfone, psychanalyste, professeur, Université de Montréal — Mélissa Grégoire, professeure, Cégep de L’Assomption — Alain Deneault, essayiste — Élise Turcotte, professeure, Cégep du Vieux-Montréal — Paule Baillargeon, cinéaste — Marc Zaffran, médecin et écrivain — Alain-G. Gagnon, Science politique, UQAM — Normand Baillargeon, professeur, UQAM — Christian Nadeau, professeur, Université de Montréal — Pierre Jasmin, vice-président des Artistes pour la Paix — Jonathan Livernois, professeur, Université Laval — Samuel Archibald, professeur, UQAM — Robert Hébert, professeure retraité, Collège de Maisonneuve — Nathalie Watteyne, poète et professeure, Université de Sherbrooke — Eric Martin professeur de philosophie, Cégep Édouard-Montpetit — Itay Sapir, professeur, UQAM — Louise Harel, ex-chef de Vision Montréal — Nicolas Lévesque, psychologue et écrivain — Sarah Rocheville, professeure, Université de Sherbrooke — Gilles Dupuis, professeur, Université de Montréal — Anne-Marie Le Saux, professeure, Collège de Maisonneuve — Jacques Pelletier, professeur, UQAM — Martine Delvaux, professeure, UQAM — Éric Méchoulan, professeur, Université de Montréal — Robert Lévesque, écrivain — Jean Pichette, sociologue — René Lapierre, professeur, UQAM — Marie-Sophie Briquet, professeure, Cégep Gérald-Godin — Michel Roche, professeur, UQAC — François Hébert, écrivain — Marie-Pascale Huglo, professeure, Université de Montréal — Barbara Thériault, professeur, Université de Montréal — Joan Senechal, professeur, Collège Ahuntsic — Frédéric Bérard, Avocat constitutionnaliste — Thomas Hellman, auteur-compositeur — Guillaume Asselin, professeur, Cégep Marie-Victorin — Linda Cardinal, professeure, Université d'Ottawa — Jean Bédard, professeur, UQAR — France Boisvert, professeure, Collège Lionel-Groulx — Julien Villeneuve, professeur, Cégep Maisonneuve — Isabelle Bouchard, professeure, Cégep de Jonquière — Mourad Ali-Khodja, professeur, Université de Moncton — Etienne Poulin, professeur, Cégep Maisonneuve — Geneviève Sicotte, professeure, Université Concordia — Julien Lefort-Favreau, chercheur postdoctoral, Université de Toronto — Gaëtan Lévesque, éditeur — Isabelle Boisclair, professeure, Université de Sherbrooke — Jean-François Bourgeault, professeur, Cégep Saint-Laurent — Benoit Guilmain, professeur, Édouard- Montpetit — Pascale Millot, Cégep Édouard Montpetit, Longueuil — Étienne Beaulieu, professeur, Cégep de Drummondville — Annie Bérubé, professeure, Collège Mérici — Thomas Mainguy, écrivain — Marina Girardin, professeure, Collège Édouard Montpetit — Paul Dumais, enseignant en mathématiques, Collège de Rosemont — Sylvie Morel, professeure, Université Laval — Mathieu Marion, Philosophie, UQAM — Annie Royer, professeur, UdeLaval — Isabelle Malouin, professeure, Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu — Valerie Amiraux, Sociologie, Université de Montréal — Éric Paquin, professeur, Cégep Gérald-Godin — Anne-Marie Miller, professeure, Cégep du Vieux-Montréal — Patrick Poirier, Coordonnateur scientifique, Université de Montréal — Veronica Ponce professeure, Collège Marianapolis — Sonia Gauthier école de service social, Université de Montréal — Annie Lévesque, professeure, Cégep Lévis-Lauzon — Louise Dupré, écrivaine — Daniel Valois, professeur Linguistique, Université de Montréal — Diane Gendron, professeure, Cégep Maisonneuve — Martin Godon, professeur, Cégep du Vieux Montréal — Stéphane Paquin, professeur École nationale d'administration publique — Antoine Boisclair, Professeur, Collège Brébeuf — Anne Legaré, politicologue — Isabelle Baez, chargée de cours, UQAM — Ryoa Chung professeur Université de Montréal — André Poupart, juriste — Sylvie Paquerot, Professeure, Université d'Ottawa — Sébastien Lévesque, professeur, Cégep de Jonquière — Dominique Garand, professeur, UQAM — Stéphane Thellen, Professeur, Cégep du Vieux-Montréal — Diane Lamoureux, professeure, Université Laval — Mathieu Bélisle, professeur, Collège Brébeuf — Lynda Forgues, correctrice, Ministère de l'Éducation du Québec — Vincent Romani, professeur, UQAM — Nancy Moreau, professeure, Cégep de Maisonneuve — Patrick Cady, psychanalyste et écrivain — Isabelle Côté, professeure, Cégep de St-Jérôme — Catherine Leclerc, professeure, Université McGill — Marc-André Cyr, chargé de cours, UQAM — Jean-François Thibault, professeur, Université de Moncton — Marie-Andrée Bergeron, chercheuse, UQAM — Kiev Renaud, écrivaine — Frédéric d'Anjou, professeur, Collège Gérald-Godin — Karine Damarsing, professeure, Collège de Maisonneuve — Anne Deret, professeure, Cégep Gérald-Godin — Michel A. Paquette, professeur, Cégep Maisonneuve — Mireille Beaudet, professeure retraitée, Université de Montréal — Jacques Guèvremont, professeur, Cégep Gérald-Godin — Jacques Audet, professeur, cégep Saint-Jean-sur-Richelieu — Ginette Michaud, professeure, Université de Montréal — Emilie Sarah Caravecchia, professeure, Collège Montmorency — Louis Rousseau, professeur retraité, UQAM — Louise Blais, professeure, Université d'Ottawa — Sébastien Manka, professeur, Cégep Montmorency — Daniel Laforest, professeur, University of Alberta — Francis Gingras, professeur, Université de Montréal — Francine Prévost, professeure retraitée, Cégep Marie-Victorin — Martine-Emmanuelle Lapointe, professeure, Université de Montréal — Philippe de Grosbois, professeur, Collège Ahuntsic — Rachad Antonius, professeur, Université du Québec à Montréal — Samira Laouni, service à la clientèle — François Lett, professeur, Collège Gérald-Godin — Marc Beaudry professeur, Cégep St-Jean-sur-Richelieu — Jérémie McEwen, professeur, Cégep Montmorency — Jean-François Marçal, professeur, Collège de Maisonneuve — Benoît Tellier professeur, Cégep St-Jérôme — Alexandre Comeau, professeur, Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu — Philippe de Grosbois, professeur, Collège Ahuntsic — Silvie Lemelin, professeur, Cégep de Victoriaville — Anne-Marie Voisard, professeure, Cégep Saint-Laurent Régine Robin, professeure, UQAM — Élisabeth Nardout-Lafarge, professeure, UdeM — Yvan Lamonde, professeur, Université McGill — Jean-François Hamel, professeur, Université Laval.

 

45 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 août 2014 04 h 57

    … autrement-ailleurs !

    « Que pouvons-nous faire pour atteindre cet objectif ? » (Cosignataires, Parti de la Paix)

    Bien que, d’apparence, la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Droit international soient ou risquent d’être éméchés involontairement, librement-parfois (?), et tenant compte du Questionnement rattaché aux domaines de légitimité et de légalité à leurs effets possibles ou non, il convient, des pistes de paix suggérés, d’ajouter celles-ci :

    1 Reconnaître l’État juif d’Israël et le soutenir dans sa présente démarche de paix sécuritaire, une démarche essentiellement liée au maintien de son existence, surtout devant-derrière l’hostilité, qui lui veut sa peau ;

    2 Relancer le Hamas et alliés qui, de leur objectif principal, visent l’élimination d’Israël par des moyens « radicaux » d’assimilation, de palestinisation ;

    3 S’opposer à la haine et de la communauté juive et d’Israël, et ce, pour des motifs humanitaires, d’humanité, et ;

    4 S’informer plutôt que de désinformer !

    De cet ajout, susceptible de bonifier ou d’améliorer le contenu, la paix recherchée adviendra sans problème ni …

    … autrement-ailleurs ! - 1 août 2014 –

    Ps. : De la photo, où se trouve le drapeau d’Israël ? Comment expliquer son absence ? Étrange !

    • Pierre Robineault - Abonné 1 août 2014 13 h 45

      "De la photo, où se trouve le drapeau d’Israël ? Comment expliquer son absence ? Étrange !"

      Pourtant, il est bel et bien là ... sous forme d'interdit et soutenu par des personnes de toute évidence de confession juive, en en tout début de marche contestataire! L'original aurait été oublié à la maison peut-être.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 août 2014 05 h 15


      « pistes de paix suggérés », lire : « pistes de paix suggérées » (nos excuses !)

  • Guy Lafond - Inscrit 1 août 2014 05 h 55

    Je partage cette démarche


    Rien de plus à ajouter.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 1 août 2014 14 h 21

      J'ajouterais volontiers ma signature.
      Je viens d'écouter le communiquer du gouvernement Harper qui continue de tenir responsable le Hamas et de donner sa bénédiction au gouvernement d'Israël!!!

  • Gilles Bousquet - Abonné 1 août 2014 07 h 02

    Position presque unanime des gouvernements de l'Ouest

    Nos bons gouvernements ne renieront pas Israël, ils en sont redevables.

  • Nicole Bernier - Inscrite 1 août 2014 07 h 53

    À CNN, Karl Penhaul affirme que les Israéliens ont attaqués et tués 40 Palestiniens dans le sud de Rafah et blessés 200 personnes dans un marché… alors que le communiqué officiel de l'armée israélienne confirme que lors de la poursuite de la destruction des tunnels (donc, la poursuite de leurs attaques contre le Hamas dans les tunnels), ils ont rencontré une cellule de terroristes, il y a eu confrontation et kidnapping d'un soldat israélien et la mort de deux soldats israéliens... Donc, pour les Israéliens, le cessez-le-feu ne devait pas les limiter d’attaquer et d’avancer sur les territoires palestiniens..

    Je ne comprends absolument pas la logique de ce cessez le feu... si vous continuez, comme armée israélienne, à attaquer les militants armés de l'autre peuple n'êtes-vous pas en flagrant délit de transgression du cessez-le-feu ?... Le Hamas affirme que tous les combattants devaient cesser d’attaquer, alors si les Israéliens attaquent, pour le Hamas, leurs militants armés doivent réagir en conséquence…

    De plus, devant cette situation, si les analystes de CNN affirment que le problème est le fait que le Hamas n'a pas respecté la trêve et qu'ils n'avaient pas le droit de défendre leur territoire, n’est-ce pas un manque de logique et de compréhension de la guerre ?

    Est-ce normal pour des analystes d’affirmer que les creuseurs de tunnel n'avaient pas envisagé somme forme d’actions s'ils étaient coincés à l'intérieur au moment d'une attaque israélienne... Parfois, je me demande si le jugement des professionnels assis dans le confort de leurs beaux bureaux les empêchent de comprendre la dynamique de guerre…

  • michel lebel - Inscrit 1 août 2014 08 h 16

    Un texte trop univoque

    Il faudrait souligner que le gouvernement du Québec n'a aucune compétence en matière de politique étrangère. Enfin même si je suis opposé à cette intervention israélienne à Gaza, intervention qui ne réglera rien sur le fond, je trouve ce texte trop univoque en faveur des Palestiniens et du Hamas. Le Hamas, pour des raisons politiques, accorde bien peu d'importance à la vie humaine. Quant à la politique du gouvernement Harper sur la question, je la trouve simpliste et inadmissible.


    Michel Lebel

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 1 août 2014 13 h 40

      C'est bien de remettre les montres à l'heure et de garder un jugement balancé, comme vous le faites habituellement, M. Lebel...

      Mon observation, c'est que les opinions à propos du conflict Israel-Hamas récent au QC suivent étroitement la faille techtonique des séparatistes et fédéralistes avec une certaine uniformité...

    • Jean Jacques Roy - Abonné 1 août 2014 14 h 38

      Monsieur Lebel, c'est évident que Québec n'a pas de compétence puisqu'il n'est pas représenté à l'ONU... et que c'est Ottawa qui prend position à notre place! Alors, raison de plus pour que Québec et nous citoyens et citoyennes du Québec nous exprimions clairement et avec force notre désaccord devant le gouvernement canadiens et Ottawa! Il ne s'agit pas ici d'une simple position idéologique de Harper! C'est une position officielle politique qui a des conséquences militaire sur un conflit international. Le Canada prend parti pour un des belligérants et désavoue le Hamas, autorité démocratiquement élue sur la Bande de Gaza.
      C'est totalement inacceptable et Québec a tout à fait le droit de se prononcer et de manifester sa dissidence!