Les voisins aussi sont dérangés !

Nous apprenions dans Le Devoir du 21 juin 2014 que la plateforme d’hébergement en ligne Airbnb faisait des représentations auprès du gouvernement pour modifier la section IV du règlement sur les établissements touristiques. Il serait question d’élargir la définition d’« habitation touristique » pour y inclure les « logements partagés ». Ces « logements partagés » ou chambres à louer échappent présentement à Revenu Québec. Il pourrait être intéressant pour le gouvernement de les régulariser. Ceci ne résoudrait toutefois pas tous les problèmes causés par ce nouveau phénomène.

 

Sur les sites de location, on retrouve des maisons et appartements à louer, pas seulement des chambres. Ces maisons et appartements à louer ne sont certes pas un nouveau phénomène. Il y a toujours eu de petites annonces dans les journaux, mais l’outil en ligne a permis une expansion impressionnante de ce phénomène. Il suffit de consulter la carte des offres sur le site pour prendre conscience de son ampleur.

 

Nous remarquons l’apparition de nouveaux entrepreneurs qui louent clandestinement plusieurs maisons et appartements. Certains de ceux-ci vivent de ces activités. Ce que Revenu Québec n’aime pas, c’est que certains ne perçoivent pas les taxes de vente et d’hébergement et ne déclarent probablement pas leurs revenus aux fins d’impôts.

 

Puis, la plateforme d’hébergement en ligne est également l’outil privilégié de gîtes illégaux. Nous entendons par gîtes illégaux non pas seulement les gîtes qui n’ont pas une attestation de classification auprès de la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ), mais les gîtes qui sont en contravention des règlements municipaux et en contravention des conventions de copropriétaires.

 

Des rues et quartiers pourtant zonés « résidentiels » voient apparaître des gîtes clandestins. Ce sont ces voisins chez qui débarquent fréquemment des touristes avec valises. Cette activité occasionne de nombreux va-et-vient, des fêtes nocturnes et autres dérangements. Des gens habitant un quartier qu’ils croyaient résidentiel se retrouvent à habiter derrière un hôtel où se fêtent des noces toutes les semaines. Au revoir la paix du quartier résidentiel. Toutes les fins de semaine se retrouve dans le spa du voisin arrière une douzaine de joyeux fêtards, tous différents à chaque semaine, qui profiteront bien de l’endroit. Bienvenue à côté du voisin qui dérange.

 

On dira que ce n’est pas la plateforme d’hébergement qui est fautive. Il reste qu’elle est le catalyseur de ce phénomène et la complice des gîtes illégaux. En effet, elle permet d’afficher seulement un pseudonyme sans coordonnées et permet d’afficher une résidence sans que l’adresse y apparaisse. Il y est donc très difficile pour les inspecteurs de Revenu Québec et les inspecteurs municipaux de veiller à la légitimité de tous.

 

Nous devons rester vigilants par rapport à ce nouveau phénomène. Surtout, nous devons résister à la tentation de multiplier par dix une autre fois le nombre de voisins « illégaux » qui dérangent. C’est refiler la patate chaude aux municipalités qui ne sont pas tout à fait outillées pour faire face à ce phénomène. Non, Airbnb ne dérange pas seulement les hôtels classiques, il dérange également les voisins.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.