Municipalités, protégez vos sources d’eau potable !

François Boulay, maire de Ristigouche
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir François Boulay, maire de Ristigouche

epuis quelque temps, des entreprises s’amènent sur nos territoires à la recherche d’hydrocarbures à exploiter. Certaines de leurs activités sont de nature à compromettre les sources d’eau potable dont dépendent l’approvisionnement en eau de nos citoyens de même que les activités agricoles. En l’absence d’encadrement de la part du gouvernement du Québec, des douzaines de municipalités québécoises ont décidé de prendre les choses en main et d’adopter des règlements visant à imposer des distances séparatrices entre les activités des pétrolières et les sources d’eau potable. Le cas de Gaspé, très médiatisé, et celui maintenant de Ristigouche montrent bien que plusieurs pétrolières cherchent à imposer, par la voie des tribunaux, leur recherche de profit au détriment du devoir des élus et des citoyens de protéger ce bien commun fondamental que représente leur eau.

 

Le message aux municipalités qui n’ont pas encore adopté de règlement pour protéger leurs sources d’eau : agissez sans tarder avant qu’une pétrolière ne tente de vous mettre devant le fait accompli.

 

Le cas de Ristigouche

 

Petit hameau de 168 habitants, Ristigouche voit une pétrolière, Gastem, débarquer sur son territoire en 2011. Avec un permis en main du ministère des Ressources naturelles émis en juillet 2012, la compagnie entreprend des travaux préparatoires en construisant une plateforme de forage et des fosses de rétentions. L’inquiétude règne dans la communauté et, dès 2013, un regroupement citoyen se mobilise. Une pétition, signée par 92 résidants propriétaires, sera déposée au conseil municipal, qui, le 4 mars 2013, adopte un règlement pour la protection de l’eau potable sur son territoire.

 

Le règlement de Ristigouche est fondé sur le premier du genre au Québec, soit le règlement dit de « Saint-Bonaventure ». Il établit une distance séparatrice minimale de 2 km de rayon entre un puits résidentiel alimentant 20 personnes ou moins et toute opération de forage. De plus, il interdit l’introduction de toute substance susceptible de contaminer la nappe phréatique. Bien qu’elle puisse continuer ses activités à l’extérieur des périmètres de protection, la pétrolière y voit un obstacle et dépose, en mai 2013, une mise en demeure suivie, en août, d’une requête en dommages et intérêts de 1,5 million contre la municipalité, soit 5,5 fois son budget annuel. Ristigouche, comme de nombreuses autres municipalités du Québec, a difficilement les moyens de faire face à cette forme d’intimidation.

 

Le cas de Ristigouche montre bien que les municipalités du Québec ont tout intérêt à adopter un Règlement pour protéger leurs sources d’eau potable, et ce, avant l’arrivée de compagnies pétrolières ou gazières sur leurs territoires. Jusqu’à maintenant, plus de 70 municipalités québécoises ont adopté un tel règlement, mais les centaines d’autres s’exposent aux mêmes difficultés advenant l’arrivée chez eux d’une pétrolière ou d’une gazière. Les municipalités qui lésinent à passer à l’action sont ainsi à flancs découverts, vulnérables à se retrouver dans une situation semblable à celle qui s’abat sur Ristigouche. En cette matière, la prévention a meilleur goût… Ristigouche en sait quelque chose !

 

Les tergiversations de Québec

 

L’inaction du gouvernement québécois en matière de protection des sources d’eau potable dans le cas des entreprises pétrolières et gazières en dit long sur la valeur qu’il porte à notre eau potable. Les promesses de réglementer la protection des sources d’eau sont sans cesse reportées par l’État. Depuis 2011 sous le gouvernement Charest, en passant par le gouvernement Marois et maintenant celui de Philippe Couillard, plus de 31 mois se sont écoulés sans parvenir à adopter le projet de règlement sur les prélèvements de l’eau et sa protection. Jusqu’à tout récemment, le nouveau ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, David Heurtel, se faisait rassurant et promettait qu’un nouveau règlement québécois serait publié d’ici la fin du mois de juin 2014. Cette échéance n’a pas non plus été respectée, et le dépôt du Règlement est à nouveau reporté.

 

Si la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et visant à renforcer leur protection, adoptée en 2009, a fait de l’État québécois le « gardien des intérêts de la nation dans la ressource eau », lequel « se doit d’être investi des pouvoirs nécessaires pour en assurer la protection et la gestion » (préambule de la loi), force est de constater qu’en l’absence de règlement, l’État québécois reste toujours sur sa soif. Mais laquelle ? D’eau ou de pétrole ?

 

À défaut d’une réglementation québécoise qui tarde à naître, il est du devoir des municipalités d’assurer la protection des sources d’eau potable de leurs citoyens. Ristigouche lance un appel à la solidarité : debout citoyens ! Debout municipalités ! Signifiez votre compétence municipale et agissez en adoptant votre règlement pour la protection de « VOTRE » eau.

 

Que le message soit clair et limpide envers l’État québécois : la soif à rassasier et qui doit primer, c’est celle de l’eau et non celle des intérêts des compagnies pétrolières. Nous en sommes rendus là, maintenant !

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13 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 21 juillet 2014 07 h 02

    Est-ce de l'eau potable?

    Je trouve l'appellation "eau potable" fausse.
    L'eau du robinet est de l'eau de piscine.
    L'eau H2O est incolore, inodore et sans saveur.
    Quand va-t-on dire la vérité à la population et lui dire que l'eau du robinet les rend malade, encrasse les artères et cause des cancers graves.
    LA SEULE EAU EST DISTILLÉE OU OSMOSE.

    • Victoria - Inscrite 21 juillet 2014 10 h 20

      @Madame Desjardins. Vous devez parler de l’eau des réseaux d’aqueduc des villes, puisée dans les cours d'eau et traitée pour la rendre potable et distribuée dans un réseau d’aqueduc urbain.

      Il existe également l'eau puisée dans le sol avec un "puits artésien (en profondeur) ou de surface", payé par le propriétaire d’une résidence isolée que l’on retrouve la plupart du temps en région. Certaines petites municipalités en possèdent un similaire alimentant le petit réseau d’aqueduc du village.

      Selon les dernières analyses chimiques effectuées par un labo reconnu par le gouvernement, l'eau de notre puits privé est encore de qualité... mais pour combien de temps?
      C'est cette eau à l’intérieur des terres qu'il faut protéger, entre autre, contre certains nouveaux occupants.

      Bonne journée!

    • André Chevalier - Abonné 21 juillet 2014 11 h 21

      Selon l'Organisation mondiale de la santé , l'eau potable doit contenir des niveaux minimaux de certains minéraux importants comme le calcium et le magnésium . Boire de l'eau distillée peut causer des problèmes de santé, y compris une carence en minéraux , choc hyponatrémie et une augmentation des risques d'intoxication par les métaux lourds .

      L'eau de robinet est généralement une excellente eau potable.

  • Johanne Dion - Inscrit 21 juillet 2014 07 h 17

    Bon courage, M. le Maire!

    Félicitations aux citoyens et au maire de Ristigouche-partie-sud-ouest! Et bon courage! Vous en aurez besoin.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 21 juillet 2014 14 h 55

      Je m'adresse à André Chevalier.
      L'OMS n'a jamais dit que l'eau potable doit contenir des minéraux inorganiques qui sont dommageables pour la santé. L'eau de robinet contient de chlore et des minéraux inorganiques.

      Je consomme de l'eau distillée depuis 30 ans et je n'ai aucune carence en minéraux.
      On trouve les minéraux organiques dans les fruits, les légumes, les céréales et la viande si vous en consommez. Je ne sais pas où vous puisez vos connaissances en parlant d'intoxication par les métaux lourds, ce qui est FAUX.

      Essayez de l'eau distillée avec votre café et il sera un pur délice.
      Bonne soif...

    • André Chevalier - Abonné 21 juillet 2014 17 h 17

      @ Chantale Desjardins

      Vous dites: «L'OMS n'a jamais dit que l'eau potable doit contenir des minéraux inorganiques qui sont dommageables pour la santé.»

      Évidemment! Ce n'est pas du tout ce que j'ai écrit. Si vous dites que les sites que je cite tels que celui de l'OMS ou le CNRS ne sont pas sérieux, vous avez le fardeau de la preuve.

      Je ne fait que rapporter ce que j'ai trouvé sur certains sites officiels dont celui de l'OMS
      Je n'ai trouvé les normes de l'OMS qu'en anglais, mais j'ai trouvé ceci sur le site du CNRS (conseil national de la recherche scientifique) qui s'inspire des normes de l'OMS:
      « ... la présence de certaines substances (dans l'eau potable) peut être jugée nécessaire comme les oligo-éléments indispensables à l’organisme.»

  • Jean-Marc Simard - Abonné 21 juillet 2014 08 h 44

    L'eau fait la vie, le pétrole la détruit...

    "La soif à rassasier et qui doit primer, c’est celle de l’eau et non celle des intérêts des compagnies pétrolières. Nous en sommes rendus là, maintenant !"

    Bien d'accord avec vous Monsieur Boulay...L'eau fait la vie, le pétrole la détruit...Rien d'autre à ajouter... Tout est dit dans ce simple énoncé...Reste à le méditer...

    • Victoria - Inscrite 21 juillet 2014 09 h 56

      Méditer… c’est un peu tard.

      Le malheur de certaines municipalités est d’avoir adopté des règlements antérieurs à l’aveuglette en croyant protéger l’eau des puits artésiens et de surface et, les citoyens. Difficile d’avoir l’appui des citoyens brimés à tors contre les entreprises pétrolières et gazières.
      Il arrive parfois q'une certaine ambigüité règne à l’intérieur des schémas d’aménagement et d’urbanisme; un peu trop ouverts aux activités minières en région. Un petit pas à franchir. Et les pétrolières et gazières s’installeraient sans difficulté.

      De plus, certaines municipalités n’ont pas toutes adopté l’intégralité du règlement dit Saint-Bonaventure ou, ne l’ont pas adopté du tout.
      Appuyer une municipalité poursuivie… un peu difficile à cause de certaines incohérences municipales.

      Ces grosses entreprises ont reçu l’appui du gouvernement avec des permis d’exploration (possiblement d’exploitation) également sur les terres concédées par sa Majesté (autres que les terres de l’État).
      Comme l’économie fait en sorte que les terres et terrains sont surévalués… Devinez, qui est maintenant propriétaires de certaines terres concédées (privées) depuis quelques décennies? >>> La qualité de l’eau n’est qu’un détail argumenté avec leurs propres analyses déposée au ministère.
      L’affaire est « arachide croquante ». Les municipalités sont prises dans leur propre jeu d’urbanisme et avec des citoyens corporatifs pesants.

      En fin de compte, c’est toujours le petit petit citoyen qui paie la note.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 21 juillet 2014 10 h 06

    Très juste

    Très juste cet article et décourageant pour les souverainistes à mon avis, vu que le Parti québécois a lui aussi mis cette question sous le tapis. Cela me rappelle Richard Desjardins qui disait que nous détruisons la nature, même en français et a aussi dit que nous avons pleins pouvoirs pour la gestion de la forêt... mais que nous la faisons mal cependant. Nous sommes notre propre ennemi! Triste. J'ai pour ma part transmis cet article à mon conseil municipal au cas où il passe inaperçu. Toutefois, il faut bien que nous admettions que nous sommes drogués au pétrole.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 21 juillet 2014 12 h 13

      Qui a signé le permis du Ministère des Ressources naturelles?

    • Lucienne Lehouillier - Inscrite 22 juillet 2014 21 h 34

      Claude Saint-Jarrre,
      Le sujet n'est pas drôle du tout mais vous, vous êtes drôle : ''drogués au pétrole'' m'a fait éclater de rire. Merci monsieur

  • Josette Allard - Inscrite 21 juillet 2014 17 h 11

    Bravo M. Lemaire

    Si tout le monde politique faisait preuve du même courage !