Agir pour la prévention

Photo: Vadim Ghirda Associated Press

À quelques heures de la conférence mondiale sur le VIH/sida (qui se tiendra du 20 au 25 juillet à Melbourne, en Australie), l’Organisation mondiale de la santé et l’ONUSIDA ont choisi de mettre les projecteurs sur la prévention. L’objectif est clair : « mettre fin à l’épidémie de sida est possible d’ici 2030 », selon Michel Sidibé, le directeur général d’ONUSIDA. Cet horizon temporel constitue un formidable espoir, et un levier politique indispensable pour accélérer l’accès aux traitements et à la prévention dans les pays et les communautés les plus touchés par la maladie. Rappelons que 22 millions des personnes qui vivent avec le VIH dans le monde n’ont pas accès aux traitements.

 

Derrière cette réalité, il y a aussi un enjeu crucial de financement des programmes, et de solidarité avec les personnes atteintes. Mais l’objectif de mettre fin à l’épidémie ne pourra pas faire l’économie d’un changement de modèle dans le domaine de la prévention. C’est l’esprit des lignes directrices sur la prévention, le dépistage et le soin dans « les populations clés », que l’OMS a rendu publiques le 11 juillet dernier.

 

Ces populations « clés » sont déjà connues : il s’agit des personnes trans, des utilisateurs de drogues injectables, des prisonniers, des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes et des travailleuses du sexe. Leur point commun ? Les discriminations qu’elles subissent, la criminalisation de leurs pratiques ou de leurs modes de vie et l’absence de programmes de prévention ciblés dans de nombreux pays. Le document dresse un portrait sombre de la situation mondiale dans ce domaine : « Les personnes les plus exposées aux risques du VIH ne bénéficient pas des services de santé dont elles ont besoin », peut-on lire dans le rapport. Concrètement, trop de personnes ignorent — faute d’accès au dépistage — qu’elles sont porteuses du virus. Et ceux qui souhaitent se protéger n’ont pas suffisamment accès au condom. À défaut d’agir dans ce domaine, les pronostics optimistes sur la fin de l’épidémie pourraient rester à l’état de voeu pieux.

 

Fait nouveau, dans ses lignes directrices, l’OMS met l’accent sur les nouvelles options préventives offertes par les traitements antirétroviraux. En réduisant la charge virale, les médicaments réduisent radicalement le risque de transmettre le VIH. Et pour les séronégatifs, prendre un traitement avant la prise de risque pourrait réduire le nombre de nouvelles infections dans les communautés les plus à risque. En mettant en avant ces deux approches, l’OMS acte les changements en cours dans le domaine de la prévention du VIH/sida. Il s’agit aujourd’hui de combiner les efforts : la promotion du préservatif, le dépistage et l’accès aux traitements sont les piliers de la prévention du sida. L’un n’exclut pas l’autre, ces stratégies s’additionnent.

 

Sur ce plan, le Québec fait figure d’avant-gardiste. Il y a quelques semaines, l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) a rendu public un rapport d’expert qui encadre l’usage préventif des médicaments antirétroviraux. De l’avis des experts québécois, l’efficacité de ces nouvelles stratégies découle de la fréquence du suivi médical. Il y a (malheureusement) de la marge pour y parvenir ! En résumé, si les bases sont posées au Québec, on manque encore de moyens et de volonté politique pour les rendre effectives.

 

Les recommandations de l’OMS portent un message fort aux décideurs politiques du monde entier. Si la prévention du VIH devait être la victime collatérale des politiques d’austérité budgétaire, les conséquences seraient catastrophiques. Un constat valable au Québec comme ailleurs.