L’école privée ne mérite pas de mourir à petit feu

La fin de plusieurs subventions aux écoles privées risque de mettre en péril des services éducatifs importants offerts par ces dernières.
Photo: Source The Study La fin de plusieurs subventions aux écoles privées risque de mettre en péril des services éducatifs importants offerts par ces dernières.

Au Québec, l’allocation de subventions destinées à l’école privée a toujours soulevé les passions principalement parce que le préjugé voulant que les écoles privées n’accueillent que les élèves doués et fortunés est particulièrement tenace, et ce, bien qu’il soit de moins en moins fondé.

 

Parallèlement, l’école québécoise en entier est en pleine crise identitaire. De plus en plus d’élèves à besoins particuliers revendiquent de plus en plus d’adaptations de la part des écoles, le taux de diplomation au secondaire demeure léthargique, les enseignants peinent à se renouveler professionnellement, etc. En ces temps troubles, le MELS fait office à la fois de rédempteur et de vache à lait. Cependant, malgré la tourmente, le gouvernement libéral, fervent promoteur de ce qu’il a lui-même jadis qualifié de réingénierie, impose des coupures au monde de l’éducation. Les commissions scolaires en font les grands frais et, bien évidemment, il en va de même pour le réseau des écoles privées. Surtout que les premières avancent que les secondes sont la principale source de leurs difficultés ! Le MELS n’a d’autre choix que de frapper durement le réseau privé.

 

Le Rapport du comité d’experts sur le financement, l’administration, la gestion et la gouvernance des commissions scolaires a d’ailleurs été soumis au MELS en mai dernier. Une des conclusions auxquelles le comité en est venu indique que le Québec accorde aux établissements d’enseignement privés agréés un niveau de financement supérieur à ce qui existe dans la majorité des autres provinces canadiennes. Sans vouloir entrer dans une guerre de statistiques, il n’en demeure pas moins que ledit rapport fait état de plusieurs recommandations issues de différentes activités de consultations qui excluent pourtant la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP). Il est quelque peu inquiétant de savoir que le comité qui conseille un nouveau ministre de l’éducation consulte des organismes qui pensent tous de la même façon !

 

Des coupes mettant en péril les services éducatifs

 

Les règles budgétaires du MELS proposent des moyens insidieux de faire mourir les écoles privées à petit feu. Bien que le montant de la subvention de base augmente de 1,1 % (légèrement moins que la hausse du coût de la vie), plusieurs allocations supplémentaires seront coupées, dont les suivantes qui représentent des choix insensés et paradoxaux :

 

Encadrement des stagiaires : Désormais, la présence de stagiaires dans le milieu privé est menacée. Cela se traduit directement par un manque de connaissance du futur enseignant sur les us et coutumes d’un milieu réputé pour la qualité de son encadrement et l’implication de ses enseignants à la vie scolaire. Il faut s’attendre à ce que les universités québécoises fassent connaître leur mécontentement, elles qui peinent déjà à placer leurs stagiaires en milieu professionnel. Alors qu’on parle de professionnalisation des enseignants et d’insertion professionnelle, il est difficile de comprendre comment le MELS lui-même peut adopter un comportement contraire à ce qu’il prêche !

 

Micro-informatiques à des fins éducatives (RÉCIT) : L’école privée a une longueur d’avance sur bien des écoles publiques en ce qui concerne l’animation technopédagogique. On veut faire de l’éducation un milieu actuel mais on retire aux écoles privées les moyens pour permettre aux enseignants d’être formés et accompagnés par leurs pairs dans un virage technopédagogique plus que nécessaire !

 

Soutien à l’information et à l’orientation scolaire : qu’en est-il de l’école dite orientante, dont l’objectif principal est de faciliter le cheminement vocationnel des élèves ? Qu’en est-il de l’annonce récente du MELS de voir à l’implantation d’un programme d’orientation scolaire dans les écoles, alors qu’en même temps, l’école privée se voit retirer les moyens pour y parvenir ?

 

Également, la subvention pour assurer le transport scolaire se voit diminuée du tiers à chacune des deux prochaines années, pour être totalement annulée lors de l’année scolaire 2016-2017. L’école privée, particulièrement en région, pourrait ne pas se remettre de ces coupes. Sa clientèle étant éparpillée sur un large territoire, plusieurs parents ne pourront pas envisager de payer ce qui peut avoisiner les 1000 $ supplémentaires selon les écoles et les ententes qu’elles ont avec les commissions scolaires. Il en va de même pour l’allocation tenant lieu de valeur locative qui se voit diminuée de façon appréciable et qui freine les dépenses de modernisation, de rénovation des bâtiments ou de renouvellement du matériel destiné à la tenue des activités éducatives.

 

Le début de la fin

 

Sommes-nous en train d’assister au début de la fin des écoles privées au Québec ? Le souhait des commissions scolaires d’aspirer à un meilleur financement en tuant la concurrence du réseau privé se concrétisera-t-il ? Dans un modèle démocratique, autant dans le domaine social qu’économique, l’école privée subventionnée a sa place. Elle permet de concurrencer l’école publique et de permettre le rehaussement des activités éducatives offertes quotidiennement par les acteurs du monde scolaire. Son dynamisme est contagieux et son ouverture quant à différents dossiers est exemplaire : élèves à besoins particuliers, nouvelles pédagogies, intégration des TIC, etc. Ces écoles sont, pour la plupart, des organismes sans but lucratif, gérés de façon serrée, par un conseil d’administration. Le réseau privé est, en quelque sorte, l’incarnation de l’entrepreneuriat appliqué au milieu scolaire. C’est un milieu qui se soucie de sa clientèle pour survivre et qui met en place différentes mesures, par exemple, pour encadrer les élèves et faciliter la conciliation famille-travail. Si, entre autres, 20 % de la clientèle scolaire secondaire fréquente le réseau privé, c’est qu’elle y trouve quelque chose qu’elle ne trouve pas dans le milieu public.

 

Il est évident qu’un large débat doit être entrepris concernant le système d’éducation. Tout doit être discuté : financement, instauration d’un ordre professionnel des enseignants, intégration des outils technologiques à la pédagogie, etc. Le monde de l’éducation occidental est à la croisée des chemins et le Québec n’échappe pas à cette saine remise en question. Cependant, ce n’est pas en éliminant un réseau d’éducation parallèle privé que nous pourrons faire avancer la cause de l’éducation. Bien au contraire, ce qui est envisagé est plutôt d’appauvrir le milieu en procédant à l’ablation d’un de ses principaux organes. Ce sera un immense pas en arrière qui pourra inéluctablement être regretté dans un proche avenir.

15 commentaires
  • Louis Fortin - Abonné 14 juillet 2014 07 h 47

    Si seulement

    Votre jupon dépasse M. Girard.
    Le décalage flagrant de ressources auxquels ont respectivement accès chacun des types établissements rend malsaine, inégale et impossible toute forme de concurence.
    Voilà plusieurs années que le secteur public subie les contrecoups des coupures tout en ayant à diplômer de plus en plus d'élèves en difficultés. C'est l'école publique qui ne méritait pas de mourir à petit feu... et il serait bien de la voir retrouver ses lettres de noblesses auprès de la classe moyenne qui l'a déserté.

  • François Dugal - Inscrit 14 juillet 2014 07 h 59

    L'école "privée"

    Si l'école "privée" l'était vraiment, elle ne serait pas subventionnée.

  • Pierre Couture - Inscrit 14 juillet 2014 08 h 13

    L'école dite privée

    L'école dite privée tire une bonne partie, sinon la majorité, de ses revenus de l'État.

    Bref, elle est un service public comme un autre, lui aussi entretenu à même la poche des contribuables. Il importe de ne jamais l'oublier.

    Cela dit, si l'on croit que l'école dite privée offre vraiment de meilleurs services que le secteur public, ne faudrait-il pas lui confier des tâches plus difficiles que celles confiées au public?

    N'est-ce pas à elle qu'on devrait demander de prendre en charge tous les élèves éprouvant des difficultés d'apprentissage, sans égard à la lourdeur de leur déficit?

    L'école publique s'occuperait ainsi de l'ensemble des élèves ordinaires, bons et moyens confondus, tandis que l'école privée, avec ses services meilleurs et son encadrement plus serré, se verrait confier les cas compliqués.

    Les services à la population seraient ainsi beaucoup mieux assurés.

    • denis lachapelle - Inscrit 17 juillet 2014 12 h 10

      Notez que les écoles publique reçoivent un budget spécial pour chacun des "élèves éprouvant des difficultés d'apprentissage", ce n'est pas le cas des écoles privées.

      C'est donc cette règle qu'il faut corriger!

  • Réjean Guay - Inscrit 14 juillet 2014 10 h 20

    Les écoles privées subventionnées à 60 % et + n'ont plus leur raison d'être . Faisons
    disparaître ces subventions graduellement jusqu'à extinction .

    • Max Windisch - Inscrit 14 juillet 2014 13 h 37

      Si l'on pouvait avoir raisonnablement confiance en ce que le système public ait à coeur le meilleur développement de chaque enfant (qu'il soit doué, handicapé, attentif ou pas, peu ou très énergique, artiste dans l'âme, rigide, flexible ou autre chose encore), je serais peut-être d'accord avec vous.

      On pourrait commencer par nous expliquer en quoi l'obligation de prendre en charge chaque enfant implique-t-elle nécessairement qu'on mélange tous les problèmes dans une même classe. Mais il y aurait bien d'autres sujets à aborder pour rétablir la confiance, comme par exemple le sort invivable réservé aux jeunes enseignants. Ou leur maîtrise du français...

      En ces temps d'érosion et de profonds désaccords sociaux, il m'apparaît normal que des parents fassent tout en leur pouvoir pour échapper à un système qu'ils ne peuvent influencer, et en lequel ils n'ont pas confiance. Le leur imposer n'arrangerait rien au fond de l'affaire. Le système semi-privé ramène au moins la chaîne des responsabilités à des proportions humaines.

      Que le système public ait le fardeau le plus large, on le comprend. Toute la question est de savoir si ce qu'il arrive à en faire démontre qu'il vaut mieux s'en tenir loin.

  • Claude Bernard - Abonné 14 juillet 2014 10 h 35

    L'école privée et la mobiltité sociale

    La mobilité sociale au Québec comme ailleurs ne change pas d'une génération à l'autre, parait-il, et est à peu près impossible à augmenter.
    Nous avons du retard à ratraper pour être maître de notre destin et assurer notre épanouissement collectif et il me semble que l'école privée est une voie royale pour y parvenir.
    C'est la porte des professions dites libérales et de l'entrée à l'université.
    C'est une fabrique de leaders et une pépinière de notre élite.
    Le nivellement vers le médiocre est un suicide collectif et il faut donner à l'école privée les moyens d'accomplir sa mission qui doit inclure de prendre en charge sa part des cas plus difficiles.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 14 juillet 2014 11 h 43

      M. Bernard, le meilleur moyen pour assurer la mobilité sociale est d'investir massivement dans l'école publique et de délaisser le financement public des écoles privées. Ainsi, l'école publique deviendra la porte d'entrée de l'Université (bien qu'elle le soit déjà en partie).

    • Jean-Yves Arès - Abonné 14 juillet 2014 14 h 31

      «le meilleur moyen pour assurer la mobilité sociale est d'investir massivement dans l'école publique et de délaisser le financement public des écoles privées»

      Tout le contraire.

      L'école publique a prouvée depuis longtemps sont incapacité à se centrer sur l'étudiant. Elle place toujours au sommet de ses priorités le confort de l'emploi qu'elle offre et considère que c'est aux étudiants de s'adapter a l'institution.

      On a toute les chances d'avoir de meilleurs résultats coté privé si on y détourne des budgets pour mettre à profit sa plus grande flexibilité et si on la rend plus accessible. Petites écoles qui n'ont pas à se conformer aux multiples droits acquis et à l'immobilisme qui caractérise l’école publique.

      Par sa structure même, qui demande l’approbation du parent pour survivre, l’école privée a bien plus de chance de parvenir à améliorer le parcours scolaire.

    • Claude Bernard - Abonné 14 juillet 2014 15 h 42

      M. Rozzi, je crains que nous n'investissions déjà beaucoup dans l'école publique et que les résultats ne soient à la hauteur de nos attentes.
      Si les cas «problèmes» sont sa seule excuse, subventionnons le privé en proportion du nombre de leurs élèves et donnons leurs les moyens de nous dépanner en prenant en charge leur part de ces cas.
      Les écoles privées sont plus petites, plus flexibles et ont une culture de l'excellence qui est un pré requis pour la mobilité sociale.
      En plus, et c'est à peine si l'on ose l'écrire, elles sont fréquentées par une certaine classe de privilégiés héréditaires qui n'ira jamais au publique et qui les tire vers le haut.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 juillet 2014 18 h 49

      Les pays qui ont la meilleur mobilité sociale sont les pays scandinaves, dans lesquels l'école privée est inexistante ou très marginale.
      Des pays comme les États-Unis sont parmi ceux qui ont la moins bonne mobilité sociale, malgré toute la publicité faite autour de quelques self-made-men.

    • Max Windisch - Inscrit 15 juillet 2014 09 h 59

      M. Auclair,

      Sans prétendre y connaître grand chose, il semble pourtant que la Suède, la Norvège et autres pays de la région ont la "friskola" (décrite ici par exemple: http://sv.wikipedia.org/wiki/Friskola , ou encore ici: http://ries.revues.org/1316?lang=en#tocto2n5 ).

      "Une réforme majeure de l'éducation en 1992 a permis à des écoles privées offrant l'éducation primaire et secondaire de recevoir un financement public pour chaque étudiant, à un niveau semblable à ce que les écoles publiques reçoivent. Ces écoles sont dites "indépendantes" (friskolor), et en 2008 on en comptait 900."