Enregistrer les chats, une fausse bonne idée

Ce n’est pas l’animal qui est malpropre, c’est l’humain qui en a la charge.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Ce n’est pas l’animal qui est malpropre, c’est l’humain qui en a la charge.

Madame Anie Samson, V.P. Comité exécutif, Ville de Montréal, j’ai écouté l’entrevue que vous avez accordée à la radio cette semaine et il est de mon devoir, pour la protection des animaux de Montréal, de vous mettre en garde contre les idées que certaines personnes essaient de vous faire adopter.

 

Il est illusoire de croire qu’imposer l’enregistrement des chats va responsabiliser leurs propriétaires. Sans une campagne d’éducation sérieuse et des incitatifs, les Québécois étant ce qu’ils sont, ils vont simplement mettre leur chat à la rue plutôt que de l’enregistrer, même si la « licence » est gratuite.

 

Votre taux d’enregistrement des chiens n’est pas élevé. Pour ce qui est des chats, seuls les propriétaires responsables (et peureux) seront susceptibles d’enregistrer leur félin. Ce projet me semble un moyen détourné, pour ne pas dire malhonnête, de faire le recensement des animaux dans la ville pour mieux les contrôler, et par la bande mieux contrôler leurs maîtres.

 

Tant qu’il n’y aura pas une politique générale de stérilisation des chats et des chiens à prix modique, l’effet sera nul ! Même chose pour le micropuçage. Ce ne sont que des voeux pieux, ou une autre façon de donner des contraventions. Et de ça, vous ne pensez pas que les Montréalais en ont assez ?

 

Pour le moment, certains arrondissements paient la stérilisation des chats errants, mais si une personne adopte un chat qui a été abandonné, elle se retrouve avec les frais faramineux de vétérinaires. Sans compter, dans ces mêmes arrondissements, la réglementation contradictoire qui pousse à remettre les chats féraux dans leur environnement tout en interdisant de les nourrir.

 

Je crois sincèrement aux avantages de la micropuce, mais à 100 $ pièce, seuls les propriétaires responsables vont la payer. Les autres, craignant les frais et amendes s’ils viennent à perdre leur chat, vont éviter cette procédure. Et si elle devient obligatoire, ils vont tout simplement reléguer leur chat à l’extérieur tout en le nourrissant. Ne vivant plus chez eux, il ne leur appartient plus ! On est loin des solutions magiques.

 

De plus, Mme Samson, je ne comprends pas pourquoi vous parlez constamment du « modèle Calgary ». On a sans doute oublié de vous dire que depuis au moins 10 ans ce modèle ne fonctionne plus, que son instigateur a pris sa retraite et que les habitants de Calgary en étaient très heureux, car ils en avaient ras le bol des amendes.

 

Le journaliste américain et chercheur réputé Merritt Clifton en a fait une analyse approfondie. Or il met en garde les villes qui voudraient s’en inspirer. Surtout lorsqu’elles tentent de financer le programme avec le prix de l’enregistrement. L’administration du système que vous voulez instaurer coûte trop cher et vous allez y engloutir des millions de dollars. Aussi bien en prévenir le public.

 

Déjà que l’escouade canine de la Ville ne peut administrer la population de chiens sans faire de gaffes, sans faire disparaître des animaux que les maîtres n’arrivent pas à retrouver, je ne peux m’imaginer ce que ce sera si jamais vous étendez le système à la grandeur de l’île. Il serait très surprenant que ce soit couronné de succès.

 

Le but de mon pavé dans votre mare est de vous faire prendre conscience qu’on vous a mal informée à partir d’éléments qui ne sont pas applicables au Québec. […]

 

Chose certaine, ce n’est pas une petite campagne 15 jours avant le festival des déménagements qui va empêcher les abandons d’animaux domestiques. Je pense qu’une grande campagne auprès des propriétaires de logements locatifs (et pourquoi pas une réglementation) aurait été plus efficace. Ce n’est pas l’animal qui est malpropre, c’est l’humain qui en a la charge.

 

Tant que les inspecteurs n’auront pas compris non plus qu’un chat, ça vit, ça mange et ça fait ses besoins la nuit, qu’à 7 h du matin il y a un risque que la litière soit souillée et les bols vides, on se dirige vers des abus, des violations de domicile à l’encontre de la Charte et des dénonciations anonymes pour régler des différends qui n’ont rien à voir avec les animaux.

 

Êtes-vous vraiment prête, madame Samson, à faire la part des choses et à traiter les propriétaires d’animaux avec civilité ? Ils sauront vous le rendre et iront même jusqu’à vous aider à mettre votre système sur pied si vous savez les respecter. Ces propriétaires ne veulent pas de belles paroles dans un dépliant, ils veulent des actions concrètes.

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10 commentaires
  • François St-Pierre - Abonné 12 juillet 2014 07 h 04

    La solution?

    Bannir les animaux de compagnie. Après tout, est-ce vraiment aimer les animaux que de les condamner à vivre en ville, attachés ou en captivité?

    • Yvette Lapierre - Inscrite 12 juillet 2014 11 h 18

      Effectivement, la domestication des animaux dans le but de compagnonnage est cruel et contre nature, cependant nous sommes devant un fait accompli! Les chats ne peuvent retourner en Égypte (si tant soit qu'ils en proviennent) et les chiens ne peuvent retourner au loup (si tant est qu'ils en découlent), limiter leur nombre par la stérilisation est la solution pratique et efficace actuellement, bête de même!

    • Aline Picard - Inscrite 12 juillet 2014 18 h 03

      Non mais je rêve? Vous avez le droit de ne pas aimer les animaux, mais de là à les interdire... Y avez-vous pensé? Si vous nous faisions celà, le taux de suicide monterait en flèche, le nombre de dépressions aussi. Et puis il y aurait pas mal plus de vermine en ville... Je n'argumenterai pas plus, je suis trop choquée de votre intervention et je risque de ne plus me contrôler...

    • Gaetane Derome - Abonnée 13 juillet 2014 01 h 43

      M.St-Pierre et Mme Lapierre,

      Les chats et les chiens ont appris a vivre avec les humains depuis la nuit des temps et ils peuvent etre de tres bons compagnons.Personnellement je vis en campagne,j'ai un terrain de plusieurs acres,mes trois chats et mes deux chiens sont heureux et choyes.Ils font parti de ma famille.
      Je suis d'accord cependant avec Mme Lapierre qu'il est preferable de steriliser les chats car ils peuvent donner plusieurs portees de chatons en une annee.Ces chatons surtout en ville deviendront des chats de ruelle qui auront faim et seront malheureux.Un programme de sterilisation serait bienvenue.

    • Jean-Marc Pineau - Inscrit 13 juillet 2014 09 h 31

      Je suppose que M. Saint-Pierre est équipé d'un bon gourdin et que chaque matin il s'enfonce au creux de la forêt pour aller y tuer le gibier nécessaire pour nourrir sa famille le reste de la journée.

    • François Bélanger Boisclair - Inscrit 13 juillet 2014 21 h 43

      M. St-Pierre, je ne suis pas d’accord avec votre argumentation. Il est prouvé que les animaux domestiques réduisent les dépendances à certains types de médicaments chez la population humaine. Ils ne les éliminent pas, mais permettent de réduire leurs consommations.

      Il serait plus judicieux de modifier nos lois actuelles pour reconnaître leurs valeurs en milieux urbains. Il me semble totalement ridicule de permettre aux propriétaires d’interdire les chats dans les clauses de locations quand ils ne peuvent pas interdire certains humains beaucoup plus destructeurs ou encombrants.

      Nous devrions plus suivre le modèle de la France et modifier le Code civil pour que les animaux soient considérés comme des êtres doués de sensibilité.

      Si nous suivions la même logique que celle invoquée pour les animaux (l’euthanasie ou la stérilisation) chez les humains? Un enfant hautement déficient est parfois moins intelligent qu’un chat ou un chien. Donc, pourquoi tuer librement un et non l’autre?

      Il serait beaucoup plus éthique dans ce contexte de voir dans ces deux cas des êtres doués de sensibilité et agir en conséquence.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 13 juillet 2014 10 h 06

    À Mmes St-Pierre et Lapierre

    J'ai un chat depuis l'automne passé, (et j'en ai eu aussi avant) et contrairement à ce Mme St-Pierre affirme, il est très heureux, affectueux et croyez-le ou non, sociable, et il n'est pas castré, mais tout de même libre de ses allées et venues (en ville) et presque tout le monde l'aime dans un building de 23 logements (logement social). On a une grande cour derrière, et étonnament, alors que des chats errants y pullulaient avant, certains les nourrissant, il n'y en a presque plus aujourd'hui, sans doute parce que le mien marque SON territoire et le défend âprement.

    Vos commentaires relèves plus souvent qu'autre chose de oui-dires, de préjugés, d'idées toute faites ou d'histoires inventés pour les grands enfants.

    Ainsi, à 68 ans je n'ai jamais vu à Montréal ni autour un seul chien errant. Il y en a sans doute quelques-un mais leur nombre serait alorsplutôt restreints et leur longévité courte. À mon avis cela s'explique par le fait que le chien est un animal trop dépendant de ses maîtres en tout pour survivre en liberté en ville.

    • Yvette Lapierre - Inscrite 14 juillet 2014 08 h 20

      Vous ne voyez pas de chiens errants parce qu'ils sont ramassés sans merci par la fourrière et euthanasiés, parfois sans même que les propriétaires aient eut le temps de retrouver leur animal. Voulez vous des chiffres? Non, je ne vous les donnerai pas, vous en perdriez le sommeil.

  • Yvette Lapierre - Inscrite 13 juillet 2014 10 h 14

    À bout de souffle

    Ai habité dix ans à Montréal, des dizaines et des dizaines de chats errants, souvent malades, affamés à la porte, abandonnés dans les grands froids, chattes enceintes dehors tout l'hiver accouchant de chatons morts-nés dans la neige, en voulez-vous d'autres des exemples du résultat des bons soins que certains font subir à leurs "bons compagnons"?

    Maintenant je vis à la campagne, encore des chats abandonnés de ci-de là, la maison en est pleine et je ne souhaite qu'une chose, qu'aucun autre adorable compagnon ne se pointe à la porte - je suis à bout de souffle et de sous! Surtout que l'espérance de vie des chats a doublé depuis quelques décennies, plusieurs se rendent bonne patte bon oeil jusqu'à 16-18 ans... Je persiste et signe que je suis contre la domestication des animaux justement parce que je les aime! Mais le fait est qu'ils sont là dans nos vies et qu'on leur doit le bonheur parce que "l'on est responsable pour toujours de ce qu'on a apprivoisé"...

    • Gaetane Derome - Abonnée 13 juillet 2014 20 h 45

      Mme Lapierre,

      Je comprends votre commentaire.Deux de mes chats etaient des chats abandonnes,ils sont biens maintenant avec moi mais sterelises bien sur.Cette phrase de Saint-Exupery je l'ai fait mienne et je m'occupe de mes animaux.Les humains ont domestique les chats et les chiens,ils doivent a mon sens en etre responsables maintenant.Surtout lorsqu'on decide d'adopter un chat ou chien,il faut se dire qu'on est avec lui jusqu'a ce qu'il meure.