La transidentité, prochaine révolution sexuelle

Chaque année, la fierté gaie prend la rue et défile aux couleurs de l’arc-en-ciel. Il aura fallu des décennies pour que la société s’ouvre à cette réalité, tolère, comprenne et accepte. La diversité sexuelle ne se limite pas à l’orientation sexuelle. L’acronyme LGBT est bien connu, particulièrement ses trois premières lettres : L pour lesbienne, G pour gai, B pour bisexuel. Quant au T, il regroupe la transsexualité, le transgenrisme et la transidentité. Souvent, on retrouve ces trois groupes sous l’appellation parapluie « trans ». Il ne faut pas associer cette réalité au fantasme de se travestir dans une tenue vestimentaire de l’autre sexe. Ici, l’orientation sexuelle n’est pas en cause, mais plutôt l’identité de la personne.

 

La transidentité s’adresse à l’identité même des personnes : une personne de sexe masculin se perçoit comme étant de sexe féminin et une personne de sexe féminin se perçoit de sexe masculin, et cela, indépendamment de son orientation, qu’elle soit homosexuelle ou hétérosexuelle.

 

À la naissance, un enfant a un sexe biologique qui sera inscrit dans son dossier de l’état civil. Dès lors, la société lui attribue des rôles et des comportements masculins ou féminins. Beaucoup de parents décorent sa chambre aux couleurs associées à son sexe et lui choisissent des vêtements correspondants à celui-ci. On habille les garçons en garçon et les filles en fille.

 

Or, on observe, parfois tôt, que certains enfants ont un désir d’identification à l’autre sexe qui, au fil des ans, se transformera en un inconfort avec son sexe biologique. Le passage de l’enfance à la puberté puis à l’âge adulte est une période trouble pour ceux et celles qui n’arrivent pas à se sentir à l’aise et à s’épanouir avec les règles de la société réservées aux garçons et aux filles.

 

Des hommes et des femmes décident d’assumer l’identité ressentie, celle qui leur offre le réconfort de vivre en harmonie avec eux-mêmes. S’amorce alors pour certains et certaines une transformation apparente vers l’autre sexe. De la tenue vestimentaire à la prise d’hormones, cela peut aller jusqu’à la chirurgie de réassignation sexuelle. Il est même possible de retarder la puberté de manière à laisser à la personne davantage de temps pour prendre une décision vers une transition qui sera irrévocable.

 

Après sa transformation vers l’autre sexe, la femme qui était attirée sexuellement par les hommes demeurera attirée par ceux-ci et l’homme attiré sexuellement par les femmes continuera de l’être. S’il est possible de changer de sexe biologique, il n’est toutefois pas possible de changer son orientation sexuelle. Même si tel n’est pas ici le propos, notons au passage que cela devrait convaincre les tenants des thérapies de conversion de battre en retraite.

 

Il est plausible d’imaginer qu’un jour viendra où, à la naissance, on ne cherchera pas à assigner un mode de vie conforme au sexe biologique et à imposer les stéréotypes de la masculinité et de la féminité. Il est aussi plausible d’imaginer qu’au-delà de la tenue vestimentaire et des rôles sociaux, la société ne sera plus divisée entre les hommes et les femmes. Une personne sera tout simplement une personne.

 

L’évolution de la société, l’ouverture d’esprit, l’éducation, les moyens technologiques et médicaux permettent maintenant d’envisager cette possibilité. Au cours des 40 dernières années, j’ai vu la société se transformer radicalement.

 

Des hommes que l’on mettait en prison pour avoir eu de relations sexuelles avec d’autres hommes ont maintenant le droit de se marier.

 

Une femme ouvertement lesbienne, qui a fait campagne avec sa conjointe, vient d’être élue première ministre de l’Ontario.

 

En décembre 2013, l’Assemblée nationale du Québec a adopté une loi modifiant le Code civil qui permettra éventuellement de changer le sexe inscrit sur l’acte de naissance d’une personne sans qu’une transformation chirurgicale soit nécessaire.

 

Si tous ces changements ont pu se produire en si peu de temps, il est permis d’imaginer que dans un avenir prochain, la transidentité ne sera plus marginale et que les garçons et les filles pourront s’épanouir en vivant l’identité pour laquelle ils éprouvent un confort, une voie de réalisation et un bien-être. Aussi, les parents cesseront d’assigner une identité à leur enfant, de leur imposer les stéréotypes masculins et féminins. Ce sera alors la prochaine révolution sexuelle, celle de la transidentité.

16 commentaires
  • Richard Lapierre - Inscrit 10 juillet 2014 07 h 10

    LGBT et DSM

    "La transidentité s’adresse à l’identité même des personnes : une personne de sexe masculin se perçoit comme étant de sexe féminin et une personne de sexe féminin se perçoit de sexe masculin"

    Ca ressemble étrangement aux genres de trucs qu'on retrouve dans le DSM5.

    S'ouvre, comprenne, tolère, accepte? Pas si certain. Je crois que la grande majorité se taisent.

    • Paul Gagnon - Inscrit 10 juillet 2014 13 h 37

      Monsieur McCutcheon dit : "S’il est possible de changer de sexe biologique, il n’est toutefois pas possible de changer son orientation sexuelle."

      En somme on peut changer de sexe, au moins en apparence, mais on ne peut changer ce qui est dans la tête i.e. le sexe est amovible mais pas les petites cellules grises!

      CQFD, oui, bien sûr, mais quoi?

  • François Beaulé - Abonné 10 juillet 2014 08 h 01

    Les limites actuelles de la psychologie

    Le changement de sexe est un phénomène extrêmement marginal rendu possible par la chirurgie et la prise d'hormones. Il révèle la puissance de l'endocrinologie et des techniques chirurgicales versus la psychologie.

    Contrairement à ce qu'avance Laurent McCutcheon, ce n'est pas la (méchante) société qui définit l'identité sexuelle d'un individu en lui imposant des stéréotypes. L'enfant s'identifie à son père ou à sa mère et à des enfants du même sexe que lui dans un processus d'interaction avec son milieu. Il y a toujours une cause qui explique qu'un enfant s'identifie au sexe opposé à un point tel qu'il se mette à détester son propre sexe biologique. Et cela arrive très rarement.

    Il est possible de croire qu'un jour la psychologie arrivera à faire accepter et estimer son sexe biologique aux rares personnes qui se sentent mal dans leur peau et développent l'obsession de changer de sexe, en opposition avec leur corps naturel.

    Se servir de l'évolution de l'homosexualité dans les sociétés modernes pour spéculer sur le phénomène de la transexualité est simpliste et abusif.

    • Gabrielle Bouchard - Inscrit 10 juillet 2014 10 h 44

      Position bien mal informée M. Beaulé. Votre discours est très semblable à celui qui était utilisé par les psycho-analystes pour parler des orientations sexuelles (mère trop présente/père absent, mal acceptation des féminités ou masculinités). Les identités trans sont loins d'être marginales et n'ont pas besoin des "avancées de la psychologie" qui pourront les "réparer". Entre ce que vous proposez et les discours de "thérapies réparatrices"...la ligne est mince.

    • François Beaulé - Abonné 10 juillet 2014 13 h 58

      Vous affirmez gratuitement que les identités trans ne sont pas problématiques. Et qu'elles ne sont pas marginales. Pourquoi les transexuels se font-ils charcuter s'ils n'éprouvent aucun problème?

      La réalité est toute autre. Les problèmes très réels de ces personnes sont psychologiques sauf pour de rares exceptions. Méchantes "thérapies réparatrices" que les mutilations chirurgicales que certaines de ces personnes subissent.

      Votre bref commentaire confond aussi orientation sexuelle et identité sexuelle.

  • Robert Beauchamp - Abonné 10 juillet 2014 09 h 11

    La conscience parentale

    «Les parents cesseront d'assigner une identité à leur enfant...» C'est ici où j'accroche! La conscience parentale est un droit et un devoir absolus dans l'exercice de leurs responsabilités, entre autres.

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 10 juillet 2014 09 h 56

    Transidentité et orientation

    «S’il est possible de changer de sexe biologique, il n’est toutefois pas possible de changer son orientation sexuelle.»

    Une transexuelle homme qui a une relation intime avec un homme, est donc hétéro, puisque l'identité sexuelle a son siège dans le cerveau. Il serait pourtant toujours capable d'inséminer une femme.

    De même pour un transexuel homme qui aime les femmes et pourtant conserve sa configuration organique, il est tout aussi hétéro et non pas lesbienne. Il peut même tomber "enceinte".

    Mon point principal réside dans le fait que l'identité sexuelle a son siège dans le cerveau et ne dépend pas de la configuration organique d'origine, homme ou femme. Ainsi, une transexuelle femme ou home qui aimerait les deux sexes serait bisexuelle/bisexuel.

    Il me semble qu'il est clair et net de comprendre la transidentité de cette façon au lieu de présupposer que la transexualité est hybride par nature et se situerait au-delà de toute orientation sexuelle particulière.

    • Michel Vallée - Inscrit 10 juillet 2014 21 h 55

      Quelle gymnastique !

      Ça donne le goût de débattre derechef sur le sexe des anges…

  • Yvette Lapierre - Inscrite 10 juillet 2014 10 h 02

    Bonne idée!

    Abolissons le sexe, plus de femmes - plus d'hommes, juste des Humains. Abolissons les genres, que le diable emporte la nature qui nous impose ces définissions et ces complémentarités ridicules.

    Moi aussi j'ai vu la société se transformer radicalement, je suis heureuse de voir que les personnes inconfortables dans leur identité biologique puissent maintenant vivre ouvertement selon leur orientation et selon leurs désirs, d'accord, mais les dérivent s'ensuivent aussi parfois, un exemple? Verriez vous un défilé de la fierté hétérosexuelle dans les rues?

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 10 juillet 2014 21 h 06

      Il y a un défilé de la fierté gaie parce que les gai(e)s ont été persécutés socialement. Il n'y a pas de défilé de la fierté hétérosexuelle parce que les hétérosexuels n'ont jamais été persécutés socialement pour leur hétérosexualité.
      Si vous êtes hétéro, vous devriez simplement être heureuse qu'on n'ait pas besoin d'une "fierté hétéro".