Montréal, une voleuse de bicyclettes!

L’article 27 du règlement municipal de la Ville interdit l’usage du mobilier urbain pour attacher son vélo.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’article 27 du règlement municipal de la Ville interdit l’usage du mobilier urbain pour attacher son vélo.

Contrairement à mon concitoyen Guillaume Primard, qui faisait paraître une lettre dans Le Devoir la semaine dernière, je n’ai pas eu la chance d’être sur les lieux lorsque les employés de la Ville ont sectionné sans préavis le cadenas qui attachait mon vélo à un poteau à l’angle des rues Berri et Laurier, le 22 mai. Je me suis cru la victime d’un vol, comme c’est monnaie courante à Montréal.

 

Une quarantaine de jours plus tard, après avoir déboursé 200 $ pour l’achat d’un nouveau vélo et d’un nouveau cadenas à sécurité élevée, je tombe sur l’article de M. Primard. Je m’informe auprès de la Ville, qui me dirige vers la personne « responsable d’enlever les vélos sur la voirie ». Après vérifications, on m’apprend que mon vélo a bel et bien été saisi en vertu de l’article 27, qui stipule qu’il est interdit « d’attacher une bicyclette ou un animal à un arbre ou à du mobilier urbain autre que celui spécifiquement destiné à cette fin ».

 

Pour le récupérer à la fourrière municipale (métro Frontenac), il m’en coûtera 42 $ pour les frais administratifs + 3 $ par jour pour l’entreposage. Si dans les 60 jours qui suivent la saisie le vélo est non réclamé, il sera envoyé à la ferraille. Si on fait le calcul, la somme s’élève à 177 $ à ce jour. À cela s’ajoutent les coûts du nouveau vélo et du nouveau cadenas (200 $), pour un total de 377 $. Il y a fort à parier que cette situation absurde aurait pu être évitée si j’avais reçu un avis de la Ville m’indiquant où aller récupérer mon vélo, et si j’avais eu connaissance au préalable de l’existence d’un tel règlement, inconnu jusqu’à ce jour par la majorité des citoyens.

 

Je me suis donc permis d’écrire à M. Ferrandez, le maire de l’arrondissement où mon vélo a été retiré. Sa réponse est qu’en vertu de la loi, le stationnement urbain est effectivement interdit, mais que la règle est appliquée seulement dans les cas jugés limites par les opérateurs :

 

« Le règlement existe. Le fait que nous ne l’appliquions généralement pas ne le rend pas pour autant légalement discutable. C’est un peu comme si quelqu’un se faisait arrêter à 31 km/h dans une zone de 30 km/h. Elle pourrait arguer qu’à l’habitude, les policiers ne donnent pas de contravention pour un si petit dépassement et elle pourrait même en faire la preuve, mais le policier ne serait pas condamné pour autant d’avoir appliqué le règlement. »

 

Je m’interroge : comment fait-on pour respecter une limite de vitesse en l’absence de panneau de signalisation ? Depuis 4 ans, je verrouille mon vélo sur ce poteau. Il n’entravait nullement ni la circulation ni la voie publique et ne gênait aucune saillie verdie. Pourquoi n’ai-je jamais reçu d’avis d’interdiction ? Dans les pays dits civilisés, un citoyen coupable d’un excès de vitesse se voit accorder une contravention. On ne saisit pas inopinément son véhicule sans laisser de traces.

 

Est-ce logique que la Ville se comporte en voleuse de vélo en vertu de l’application aléatoire d’un règlement dont les citoyens n’ont jamais entendu parler ? Si j’avais eu vent de cette interdiction, je n’aurais jamais accroché mon vélo à cet endroit. Les espaces de stationnement des véhicules motorisés sont clairement indiqués dans les rues, pourquoi en serait-il autrement pour les vélos ?

 

Si la Ville veut sévir, qu’elle le fasse de façon cohérente dans l’application du règlement, en commençant par une modification de l’article 27 afin que l’on y définisse en termes clairs ce qu’est un stationnement nuisible et ce qui ne l’est pas. Elle devrait ensuite informer les citoyens dans un processus transparent en l’avisant, au moins 48 heures à l’avance, que le vélo sera saisi et, par la suite, en lui indiquant l’endroit où aller le récupérer.

 

Pour un arrondissement qui se targue de faire la promotion du cyclisme et de se porter à la défense des cyclistes, c’est plutôt raté. En bout de course, celui-ci est pénalisé sur toute la ligne. S’il refuse de payer la caution, il n’a plus de vélo. S’il paie, il devra se contenter de dénicher un des 1600 supports à vélos qui desservent les 100 000 habitants de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal afin de pouvoir accrocher son vélo…

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18 commentaires
  • Franck Perrault - Inscrit 7 juillet 2014 03 h 50

    Absurde......

    ......la guerre aux vélos, en voilà une bonne idée pour favoriser les transports non polluants! Fallait y penser!
    Roulez, roulez 2 roues, bel été à vous!

  • Guillaume Primard - Inscrit 7 juillet 2014 05 h 10

    Touche pas à mon mobilier urbain - les vélos déroutés

    Ce règlement et son application devraient être clarifiés et s'ajuster à la réalité cycliste de Montréal. Qu'il existe n'est plus à remettre en doute. C'est en premier lieu la manière dont il est appliqué qui est discutable. Et, justement, cela fait jaser…

    Dans un article du Devoir paru la semaine dernière, l'arrondissement du Plateau Mont-Royal laissait entendre que mon cas était isolé, évoquant une réponse à des plaintes de citoyens. Pourtant, on ne m'a jamais fait mention de ces plaintes jusqu'à ce que je le lise dans l'article en question; je tiens à le préciser. D'ailleurs, les cols bleus sur le terrain puis l'attachée politique par courriel m'ont donné des explications divergentes quant à la décision d'appliquer le règlement. Logiquement, s'il y avait « urgence », les employés de la Ville m'en auraient donné les raisons avec précision et unanimité.

    Malheureusement, il y a de fortes chances que nous ne soyons pas les seules dans cette situation. Situation où demeure une confusion et qui engendre un gaspillage de cadenas et de vélos non réclamés. Et ses poteaux, maintenant privés de leur compagnon, nous dirons : « c'est tellement simple, l'amour ».

    Merci, cocycliste, d'avoir pris le temps d'écrire cette lettre.

    Guillaume Primard

    • Luc Le Blanc - Abonné 7 juillet 2014 12 h 37

      Dans une correspondance privée avec M. Ferrandez («Le voleur de bicyclette - un col bleu mandaté par la Ville?») au sujet de votre lettre, il m'avait répondu:

      «Cette lettre est un tissus de mensonge. Un seul vélo a été retiré du
      mobilier urbain - parce qu'il empêchait les usagers de l'autobus de monter et descendre. Par contre nous retirons souvent les vélos attachés aux jeunes arbres. Pour les arbres entourés de fleurs ou vivaces c'est même tolérance zéro. Bon à savoir !»

      Une photo in situ de votre vélo aurait clarifié les choses.

    • Emilie N. - Inscrite 8 juillet 2014 08 h 38

      Dans sa réponse, Monsieur Ferrandez fait état de "47 vélos exactement" qui ont été saisis par l'arrondissement. Nous sommes loin de parler de cas isolés. Sur ces 47 personnes, combien se sont retrouvées dans la même situation?

      Il poursuit en disant qu'il n'y a eu que deux plaintes, dont une qui leur apparaissait injustifiée. Évidemment! Comment ces personnes pouvaient-elles savoir que leur vélo se trouvait à la fourrière municipale?

      Nous sommes deux personnes en deux semaines qui ont subi les revers de l'arrondissement, c'est tout de même curieux.

      Que le vélo ait été en infraction ou pas, là n'est pas la question.

      - La Ville devrait nous dire pourquoi elle se comporte en voleur en saisissant les vélos sans laisser de traces

      - Pourquoi la majorité de la population n'a-t-elle jamais eu connaissance de ce règlement?

      - Pourquoi n'y a-t-il aucune signalisation d'interdiction, comme pour les véhicules motorisés (avis de remorquage, contravention)?

      - Pourquoi un citoyen est-il forcé de payer une caution d'entreposage s'il ignorait que son vélo avait été saisi par la Ville?

      La Ville doit prendre des mesures cohérentes et transparentes pour que ce règlement soit modifié dans les plus brefs délais afin que de telle situations ne se reproduisent plus.

      Merci à vous Guillaume Primard de m'avoir permis de retrouver mon voleur de vélo.

    • Denis Therrien - Inscrit 8 juillet 2014 14 h 23

      À que poteau étiez-vous accroché, monsieur Primard et vous dîtes que vous le faisiez depuis plus d'un an ?

      Des commentaires dans la discussion précédente sur Facebook, pouvait nous laisser comprendre que vous étiez après le poteau d'autobus qui est sur le terre-plein sur Rachel au coin de Mentana.

      Était-ce le cas ? Ou on se trompe ? Il y a le règlement et son application, il y a aussi des poteaux plus mal choisis que d'autres, on veut être sûr de bien comprendre. Pour les photos, ce n'est pas une mauvaise idée , la ville devrait prendre une photo des vélos en infraction avant de les saisir pour avoir une preuve et pour aider les propriétaires à les retrouver. Pour le citoyen écrivant une lettre, il devrait aussi fournir une photo du poteau concerné au journal la publiant car cela permet aux lecteurs de mieux se situer. Et voir plus vers qui il peut pencher, la ville ou le citoyen ou les deux ?

      Quand il y a des centaines et centaines de vélos en infraction c'est que le règlement est peu applicable et laisse place à l'arbitraire, non ? On dit à l'arbitraire mais cela pourrait être aussi au jugement des fonctionnaires, des policiers dans d'autres cas ou des citoyens. Mais qu'est-ce qui fait la différence entre un vélo saisi ou pas ? La grossière infraction ou la simple malchance ? Les deux sont possibles.

  • Olivier Mercier - Abonné 7 juillet 2014 08 h 42

    Manque flagrant d'espaces de stationnement pour vélos

    Dans son dernier bulletin, l'arrondissement nous annonce fièrement d'avoir augmenté le nombre de stationnements à vélos sur rue. Un peu moins de 1500 places ... c'est nettement insuffisant. De plus, devant mon lieu de travail, coin Mont-Royal et Garnier, la ville a retiré un espace de stationnement pouvant garer 6 vélos pour le remplacer par un simple poteau pouvant accueillir deux vélos. Or, nous sommes 4 employés à nous rendre au travail à vélo. Nous sommes alors contraints à utiliser le "mobilier urbain" pour nous garer.

  • Jean Richard - Abonné 7 juillet 2014 08 h 45

    La guerre aux vélos

    C'est illégal de stationner un vélo attaché à du mobilier urbain non conçu à cet effet. Soit ! La Ville aurait donc le droit de les enlever, soit ! La façon de faire est toutefois cavalière, et si rien d'autre n'est prévu par le règlement municipal, il est grand temps de corriger la chose.

    Imaginons un instant que l'on y aille du même zèle avec les voitures stationnées illégalement. Ainsi, il y a des milliers de voitures stationnées à moins de 5 mètres des intersections à Montréal, ce qui est illégal (selon le CSR et non le règlement de la Ville, mais ça ne change rien au statut de la situation), tout comme il y a souvent quelques dizaines de voitures stationnées sur la piste cyclable de la rue Boyer, ce qui est aussi illégal. Avez-vous déjà entendu parler d'une voiture ainsi stationnée qui aurait été envoyée à la fourrière sans préavis ? Petite parenthèse ici : le maire de Rosemont-Petite-Patrie a annoncé que désormais, le règlement du CSR (stationnement interdit à moins de 5 mètres d'une intersection) serait appliqué dans l'arrondissment. Ce ne fut qu'une annonce et rien n'a changé : les voitures stationnées aux intersections sont toujours aussi nombreuses et on ne voit pas de bouts de papier glissés sous les essuie-glace.

    Jusqu'à quel point les excès de zèle contre les vélos et les excès de tolérance face aux voitures font-ils partie de directives venant soit des arrondissements, soit de la ville centre ? Difficile de le dire. Il est à craindre que par moments, il y ait des pressions d'une minorité de la population. Il y a peu de temps, déambulant sur le trottoir d'une rue résidentielle, j'ai entendu malgré moi une conversation entre une dame et une vieille hystérique qui grognait parce qu'il y avait un vélo attaché à une clôture, vélo qui ne dérangeait personne, y compris elle-même. À bien y penser, c'était peut-être une fidèle lectrice d'une vieille chroniqueuse bourgeoise anti-vélo d'un autre quotidien appartenant à PC...

  • J-F Garneau - Abonné 7 juillet 2014 08 h 49

    Ironie...

    ...que cela se soit passé dans le Plateau.
    Il me semble qu'il existe une solution à peu de frais (pour la Ville) qui consisterait à faire imprimer des autocollants (décollables) sur lequel on pourrait avertir les cyclistes de l'infraction, en collant sur le vélo un "post-it" d'avertissement. Une petite conférence de presse gratos avec ça... "allo les cyclistes, attention car il est interdit..."

    S'il est vrai que "nul n'est censé ignorer la loi", on peut aussi se demander la définition de "mobilier urbain". Généralement ce sont tous les objets qui se trouve dans la ville, pour les besoins des citoyens... En fait, un banc de parc c'est du mobilier urbain. Une poubelle aussi. Mais un parcomètre? Sais pas. Techniquement non. Peut-être que oui. Un poteau? C'est de la signalisation, pas du mobilier, non? Bon, voyez, c'est pas si clair. Un peu de gros bon sens de la part de la ville et informer la population aideraient bien plus que la langue de bois.