Nous avons grand besoin d’un « plan vert Coderre »

Les 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal viennent tout juste d’entamer la création de la Ceinture verte du Grand Montréal.
Photo: Shinya Suzuki CC Les 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal viennent tout juste d’entamer la création de la Ceinture verte du Grand Montréal.

Le programme portant sur les espaces verts de la Ville de Montréal a été pillé. Si bien que les résidants de la métropole sont maintenant moins bien servis que jamais en matière d’accès à la nature. À la suite d’importantes compressions budgétaires, le programme n’est plus qu’un geste symbolique, pour la forme. Dans ses 10 écoterritoires, de nombreux sites naturels que la Ville avait désignés pour la conservation ne seront pas protégés. Montréal se classe au dernier rang des villes au Canada pour les espaces verts par habitant. Les sites naturels protégés ne couvrent que 5,75 % de son territoire. D’autres villes — Vancouver, Ottawa, Toronto — ont une ceinture verte. Le programme de Toronto et ses environs protège un territoire de près de 2 millions d’acres, soit la plus grande ceinture verte au monde !

 

Rappelons que c’est à Montréal que siège le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies. Raison de plus pour augmenter nos efforts et non pas d’en réduire le financement.

 

Les 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) viennent tout juste d’entamer la création de la Ceinture verte du Grand Montréal — le projet d’un vaste réseau régional de milieux naturels. La Ville de Montréal est au coeur de ce projet, mais les récentes mesures budgétaires brisent son élan. Devant le manque évident de volonté politique de protéger notre patrimoine naturel, les banlieues de la grande région métropolitaine pourraient très bien elles aussi renoncer à leur engagement.

 

Déjà dépensés

 

Le maire Denis Coderre, de même que Réal Ménard, responsable de l’environnement, des grands parcs et des espaces verts, avaient promis de ne pas toucher aux fonds réservés à la Politique de protection et mise en valeur des milieux naturels dans le premier budget de la toute jeune administration.

 

Et puis, quelques semaines seulement après l’adoption du budget, on a coupé dans les 36 millions de dollars alloués à l’acquisition et à la conservation des milieux naturels — 12 millions par an pour les trois prochaines années. Pour l’année 2014, on a coupé 5 millions. Pour 2015, les 12 millions prévus se sont évaporés. L’année 2016 n’augure rien de bon. Les 12 millions par an ne représentent que 0,25 % des 5 milliards du budget annuel de la Ville de Montréal.

 

Pour ces coupes, on invoque comme excuse que les fonds précédemment alloués n’ont pas été dépensés. En effet, l’ancienne administration a gonflé les pourcentages d’espace vert en louant à long terme, et pour des loyers symboliques, de grandes propriétés vertes — à peu de frais, donc. Également, des sites dans des parcs anciens ont été reclassés comme milieux naturels. Ça, c’était la partie facile. Mais le plus difficile reste à faire. Dès maintenant, il faut rétablir des fonds aisément disponibles et voués à l’acquisition des nombreux milieux à valeur écologique qui sont menacés, et ce, à l’intérieur et à l’extérieur des limites des écoterritoires. La protection des espaces verts à travers toute la métropole est loin d’être accomplie.

 

Le dernier moratoire sur les dépenses en espaces verts eut des effets catastrophiques : forêts, milieux humides, bandes riveraines et terres agricoles ont disparu, engloutis par l’étalement urbain. Avant la fusion, en 1989, la Communauté urbaine de Montréal avait adopté un programme d’acquisition et d’aménagement des espaces verts de 200 millions de dollars. On avait alors créé un réseau de parcs-nature, mais un moratoire a mis fin à ce programme en 1992, et la moitié du budget, soit 100 millions, ne fut jamais investie. La Ville adopta un nouveau programme de conservation en 2004, mais entre-temps, plus de 1000 hectares d’espaces verts sur l’île de Montréal avaient disparu à jamais.

 

Ce nouveau moratoire en déguisement de l’administration Coderre laisse les milieux naturels à l’abandon et vulnérables. À moins qu’on ne rectifie la situation, une grande partie du patrimoine naturel de Montréal est amené à disparaître et, avec lui, toute vision d’une ceinture verte. Nous n’aurons pas le loisir de repartir à zéro : les promoteurs immobiliers auront tôt fait de s’imposer et de construire sur les derniers sites verts vacants.

 

Il faut restituer les fonds au programme et dépenser l’argent ! On demande au maire Denis Coderre qu’il investisse ces fonds pour achever la conservation des milieux naturels sur l’île de Montréal et, à titre de président de la CMM, qu’il accomplisse la réalisation de la Ceinture verte de la grande région métropolitaine de Montréal. Ce faisant, le maire Coderre améliorera la qualité de vie de ses citoyens, protégera l’unique biodiversité de Montréal et sa région — la plus riche au Québec ! Il s’assurera aussi des services écosystémiques de la nature dans la ceinture verte — prévention d’inondations, réduction de la pollution urbaine, modération des changements climatiques, entre autres, services évalués à 4,29 milliards de dollars par année —, et ce, gratuitement ! Nous avons grand besoin d’un « plan vert Coderre » !