Le livre d’ici en péril

M. Blaise Renaud,
Président-directeur général de Renaud-Bray

Depuis maintenant plusieurs semaines, un différend commercial oppose Diffusion Dimedia à votre chaîne de librairies. Sans entrer dans les détails, les deux groupes ne s’entendent pas sur la façon de calculer les sommes dues, principalement sur la façon de créditer les livres invendus.

De notre point de vue, il y a une façon très simple de résumer le litige : Renaud-Bray refuse de payer ses factures. Les livres achetés par un client à la caisse de vos magasins n’ont pas été payés à notre distributeur. Faut-il continuer à fournir des livres à un client qui refuse obstinément de les payer ?

À cette perte sèche sur les livres déjà vendus s’ajoute maintenant le manque à gagner d’une absence de nos ouvrages sur les tablettes des Renaud-Bray. Les nouveautés sont aux abonnés absents tandis que le fonds n’est pas renouvelé. Les lecteurs et les auteurs sont les plus grands perdants de cette situation.

Dans votre communiqué du 12 juin, vous dites être inquiet des effets néfastes que pourraient avoir les actions de Dimedia sur nos activités. Nous souhaitons ici affirmer notre entière solidarité avec notre distributeur qui, en refusant l’imposition de nouvelles conditions de façon unilatérale, travaille pour l’ensemble de la chaîne du livre et non pour des intérêts corporatistes, comme vous semblez l’affirmer. Cette chaîne est un écosystème dans lequel, nous, éditeurs, défendons la nécessité de ce maillon essentiel qu’est le distributeur. Il permet d’assurer des conditions équitables à l’ensemble des librairies et ainsi éviter aux éditeurs de subir les conditions d’un plus gros joueur qui voudrait se prévaloir d’une position dominante. 

Si Renaud-Bray tient encore à pouvoir fièrement revendiquer le titre de librairie, vous avez le devoir moral de veiller à la meilleure diffusion possible de notre littérature et de mettre fin aux rendez-vous manqués entre les lecteurs et les auteurs qui perdurent depuis le 15 avril dernier. Car en se mettant volontairement en défaut de paiement, votre chaîne a malheureusement provoqué ses déboires.

La loi du livre, que vous jugez désuète, a permis le développement du secteur du livre au Québec depuis sa promulgation en 1981. Les magasins Renaud-Bray en ont d’ailleurs largement profité. Mais ce sont avant tout les lecteurs qui ont profité de ses bienfaits, avec le développement d’un réseau de librairies en parallèle à un réseau de bibliothèques, l’éclosion d’une multitude d’éditeurs qui ont su donner la parole aux auteurs d’ici. Nous devons au contraire travailler de concert pour trouver les pistes permettant d’en renforcer ses effets.

En conséquence, nous vous demandons de payer les livres vendus, de rouvrir avec Dimedia les négociations sur les conditions de retour des invendus, et de vous assurer que les magasins Renaud-Bray s’acquittent professionnellement de leurs tâches de libraire, dans le respect de la loi du livre.


Alto, Boréal, Coups de tête, Desputeaux + Aubin, Écosociété, L’instant même, L’Oie de Cravan, La Peuplade, La Pleine Lune, Le Noroît, Le Quartanier, Les 400 coups, Les Herbes rouges, Les Heures bleues, Lévesque éditeur, Liberté, Mécanique générale, Mémoire d’encrier, Planète rebelle, Poètes de brousse, Prise de parole, Remue-ménage, Septentrion, Somme toute, Ta Mère, Tête première, Triptyque — Éditeurs québécois et canadiens-français diffusés par Dimedia.

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3 commentaires
  • François Bélanger Boisclair - Inscrit 15 juin 2014 07 h 56

    La loi du livre est désuète

    La loi que vous citez dit que son but est d’« augmenter l’accessibilité territoriale et économique du livre en soutenant l’implantation d’un réseau de librairies agréées partout au Québec et en garantissant un prix acceptable pour tous; ». Le coût du livre est en augmentation depuis plusieurs années pour le consommateur quand son pouvoir d’achat ne suit pas. Il y a dans ce contexte une baisse dans l’accessibilité pour l’utilisateur final.

    Il est aussi anormal que le coût du livre électronique soit aussi proche du coût du livre électronique. Il n’y a aucun coût de transport, de stockage des caisses d’exemplaires et production papier pour une édition électronique. Elle devrait être drastiquement moins chère pour le consommateur.

    Cette loi devrait être revue pour augmenter l’accessibilité de l’utilisateur final au livre. Il est plus économique d’acheter en ligne que dans une libraire de quartier. Soit la librairie de quartier baisse ses coûts soit elle va disparaître.

    • Gaston Deschênes - Abonné 15 juin 2014 09 h 32

      Intéressant comme propos (le prix du livre numérique) mais vous êtes hors sujet. On a affaire ici à une entreprise LARGEMENT soutenue financièrement par la collectivité qui refuse de payer ses factures.

  • Daniel Gagnon - Abonné 15 juin 2014 13 h 12

    Une librairie trouble-fête et asociale

    Ces nouveaux symptômes et dérapages asociaux ne sont que la continuation d'un comportement individualiste de cette opiniâtre librairie Renaud-Bray, qui est contre ou avec la loi, c'est selon le seul critère de ses intérêts, oubliant ce que c'est qu'un livre et une chaîne culturelle, chaîne dont elle est un maillon nécessaire.

    On remarque la persistance du phénomène, surtout depuis que la librairie s'est transformée en grande surface, et son implication sociale est depuis inversement proportionnelle à son chiffre d'affaires, c'est-à-dire en constante diminution.

    Son argumentation pour jouer au trouble-fête et enrayer inexorablement tout le système, le fragile système de notre littérature, ne repose que sur des positions éminemment contestables, obstinées et antisociales.