Il faut protéger les personnes aînées

Françoise David
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Françoise David

Luc (nom fictif) a 78 ans. Il habite le même logement depuis 15 ans, dans la Petite-Patrie à Montréal. Il est seul et ses revenus sont modestes. Luc a ses habitudes : le dépanneur qu’il connaît bien, le CLSC qui le suit pour son diabète, le Club de l’âge d’or où il retrouve ses amis, la petite librairie de livres usagés qu’il fréquente souvent. L’hiver dernier, un coup de tonnerre l’a terrassé : un avis de reprise de possession de son logement par son propriétaire pour fin d’agrandissement. Agrandir pourquoi, pour qui ? Luc l’ignore. Ce qu’il sait, ce qu’il ressent douloureusement, c’est qu’il va devoir quitter un logement à prix raisonnable et surtout oublier tout ce qui constitue son univers, tous ses repères.

 

Luc peut aller à la Régie du logement pour contester l’éviction. Le problème, c’est qu’il devra prouver que son propriétaire est de mauvaise foi. Comment démonter cela alors qu’il faut un simple permis d’agrandissement au propriétaire désireux de récupérer un logement locatif ?

 

Cela se passe de plus en plus dans les quartiers centraux de Montréal. Des propriétaires s’unissent dans des copropriétés indivises pour acheter des immeubles locatifs, en évincent les locataires, puis se transforment en copropriétés divises, les fameux condos. Ils revendent rapidement ces immeubles à prix fort. Les conséquences sont néfastes : hausse de la valeur des immeubles, rendant l’acquisition de logements plus difficiles pour les familles et diminution du nombre de logements à loyer alors que beaucoup de Montréalais et Montréalaises peinent à se loger à prix abordable.

 

Il faudra bien trouver des solutions à ce fléau d’une spéculation immobilière sans retenue. Entre-temps, il est impératif de protéger les personnes aînées. Voilà pourquoi j’ai présenté le projet de loi 190 à l’Assemblée nationale. Un projet de loi tout simple, inspiré d’une loi française efficace, deux articles : dans le cas où une personne aînée est en situation de vulnérabilité financière, physique ou psychologique, un propriétaire pourra encore reprendre son logement, mais il devra aider son locataire à se trouver un logement comparable dans le même arrondissement ou la même petite ville. Aucune éviction pour reprise ou agrandissement ne pourra avoir lieu en hiver. Normal, non ?

 

La société québécoise compte de plus en plus de personnes aînées seules, pauvres, en difficulté physique ou psychologique. Les déménagements sont souvent vécus par ces personnes comme des drames. Certaines en perdent leurs repères et deviennent moins autonomes. Voudrions-nous cela pour notre père, notre mère ? Je suis certaine que non. Je propose donc un projet de loi qui fait appel à la solidarité sociale, à commencer par celle des propriétaires. Je pense que l’immense majorité d’entre eux veulent prendre soin des personnes aînées. Je souhaite de tout mon coeur que le projet de loi 190 soit débattu, enrichi et adopté par une Assemblée nationale qui mettra les considérations partisanes de côté. Pour l’amour des personnes aînées.

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10 commentaires
  • Marcel Lemieux - Inscrit 30 mai 2014 05 h 23

    Merci Mme David

    Je souhaite que votre projet de loi soit accepté. Madame, je vie en milieu rural et
    depuis une couple d'années mes collègues du conseil municipal et un groupe d'ainées
    travaillont à trouver de l'argent pour construire une résidence afin de garder nos
    ainées dans leurs milieux, cela s'avère impossible à date pour mille et une raison.
    Le but de notre démarche est pourtant simple : s'occuper de nos ainées en leurs
    procurant une fin de vie comfortable ensemble et dignement leur petit village.

    • Mario K Lepage - Inscrit 30 mai 2014 09 h 44

      Ils s'en trouveront pour dire encore une fois que QS est dans les nuages et que les propriétaires sont lésés dans leur droit. Merci Mme David pour parler encore une fois de solidarité, de partage et de justice sociale...

  • Martin Blanchard - Inscrit 30 mai 2014 08 h 04

    Une question de solidarité et de justice

    Voilà une loi qui ne coûterait rien du tout aux contribuables et permettrait de maintenir les personnes ainées dans leur quartier. Elle mettrait un baume sur la détresse et l'impuissance que vivent les locataires ainés qui sont aux prises avec une procédure d'expulsion.

    Imaginez un seul instant que vous ayez 75 ans, que vos revenus sont très modestes et que votre propriétaire vous met à la porte du jour au lendemain. Quels sont vos recours? Aucun. Un puissant sentiment d'injustice vous habite. Vous perdez votre logement et votre quartier, un quartier que vous avez aidé à bâtir pendant si longtemps. Pour le dire crûment, non seulement vous perdez vos repères et votre réseau d'entraide, mais votre avenir même prend une teinte bien sombre qui vous poursuivra jusqu'à votre dernier jour.

    Il faut donc saluer chaleureusement Mme. David de porter ce projet de loi et enjoindre tous les partis politiques du Québec à le débattre et à l'adopter le plus rapidement possible. Notre dette est grande envers les personnes ainées qui ont rendu possible la société québécoise d'aujourd'hui, et ce serait un début de reconnaissance de dette que de les protéger des promoteurs peu scrupuleux.

    • Yvonne Morissette - Inscrite 30 mai 2014 11 h 19

      Comme vous avez raison M.Blanchard.Nous avons la responsabilité de ne pas laisser nos aînés dans la rue.

  • Yvonne Morissette - Inscrite 30 mai 2014 09 h 45

    Bravo Mme David

    Vous avez certainement vu et lu cet article du Devoir où l'on voyait une dame âgée complètement repliée sur elle-même et laissée à elle-même. Intolérable et inadmissible. L'égoïsme et la puissance de l'argent, cela suffit. Quand un hôpital en est rendu à renvoyer dans la rue une personne âgée qui vient de faire un séjour en hôpital, cela est de la négligence criminelle. Le système de santé du Québec avec tout l'argent que l'on y engloutit est gravement malade. Il a besoin de soins intensifs. Que l'on mette fin "au plus sacrant" à ces primes de santé qui ne sont plus du tout justifiées dans une société où le travail devient de plus en plus temporaire. Au-delà de la partisanerie, ce projet de loi doit être accepté. Il est d'une nécessité absolue. Justice sociale exige.Une société qui jette à la rue ses aînés, c'est une société qui ne se respecte plus elle-même. Il y a URGENCE. Je vous propose Mme David d'exiger du Ministre de la santé d'identifier cet hôpital qui a posé le geste de jeter cette femme âgée à la rue. Une enquête devient obligatoire. Cela ne doit plus arriver.

  • Alexie Doucet - Inscrit 30 mai 2014 09 h 49

    Et la ville et les banques?

    Une très vieille dame vivait à Sutton, dans la maison ancestrale. Sa maison était payée depuis deux générations. Elle vivait seule aussi, avec des revenus modestes. Au fil des ans, les taxes grimpaient proportionnellement au prix des maison. Résultat? Elle a fini par ne plus pouvoir les payer et être évincée de la maison où elle avait grandi.
    Les banques peuvent elles aussi saisir les maisons, il suffit qu'elles montent leurs intérêts de quelques pourcentages et la majorité des petits propriétaires se retrouveront sur le trottoir.
    Morale de l'histoire: faudrait pas toujours taper sur les mêmes et prévoir une autre loi pour freiner la voracité des municipalités. En 2014, mon immeuble à Verdun est évalué à 160% du prix de 2011, ça n'a rien de rassurant pour mes locataires.

  • David Régnier - Inscrit 30 mai 2014 10 h 43

    Combattre les idées fausses

    35% des personnes qui vivent la pauvreté au Québec sont retraitées. Ce chiffre provient d'une campagne d'ATD Quart Monde pour en finir avec les idées fausses sur la pauvreté : http://www.atdquartmonde.ca/ideesfausses/
    Laisser croire que le travail est la solution miracle pour combattre la pauvreté est une idée fausse, il faut aussi que l'Etat s'engage et qu'on ne tolère plus que les ainées, les personnes avec un handicap, ou encore des mères monoparentales n'ait pas les moyens de subvenir à leur besoins de base !