M. Couillard, il faut agir rapidement

Les axes d’intervention prioritaires établis par le gouvernement précédent avaient rallié le milieu.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les axes d’intervention prioritaires établis par le gouvernement précédent avaient rallié le milieu.

Monsieur le Premier Ministre,

 

Durant toute la campagne électorale, nous n’avons malheureusement pas eu l’impression que la lutte contre la pauvreté et l’itinérance représentait pour vous une priorité. Nous voulons vous interpeller, au moment où vous entamez votre mandat, au sujet d’une dimension particulière de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, soit les mesures prises en lien avec le phénomène de l’itinérance au Québec. Il faut savoir que le phénomène de l’itinérance est en croissance au Québec et a tendance à se diversifier, touchant une population de tous les âges.

 

Le gouvernement précédent avait élaboré une politique sur l’itinérance qui fut saluée par la plupart des intervenants. Elle venait en quelque sorte prolonger le plan d’action interministériel en itinérance 2010-2013 du gouvernement libéral ,et ce sont à peu près les mêmes acteurs qui furent mobilisés pour son élaboration. Bien qu’imparfaite, cette politique avait au moins le mérite de dresser des axes d’intervention prioritaires tout aussi importants les uns que les autres. Rappelons-les :

 

Le logement, en assurant et en augmentant notamment « le nombre de logements sécuritaires, salubres et abordables » et en développant des approches novatrices pour le logement social (cohabitation, etc.) avec un nécessaire soutien et accompagnement ;

 

La santé, notamment mentale, par l’amélioration de l’offre de services de santé […], mais aussi physique, liée à l’extrême pénibilité des conditions de vie et sociales […];

 

Le revenu, en le rehaussant et en adoptant des mesures d’aide au logement ;

 

L’éducation, l’insertion sociale et l’intégration socioprofessionnelle des personnes en situation d’itinérance, en investissant dans les mesures d’employabilité et de partenariats privés et communautaires.

 

La suite consisterait à élaborer un plan d’action que vous pourriez faire vôtre. Nos récentes recherches ont démontré l’existence d’un partenariat exemplaire et innovateur d’expériences d’intégration socioprofessionnelle de personnes itinérantes entre des entreprises privées du centre-ville de Montréal, des organismes d’aide à l’itinérance, des organismes publics, quelques ministères concernés, et Montréal. Ces expériences ne demandent qu’à être développées davantage tant elles illustrent l’importance d’une action concertée entre différents intervenants à l’égard de l’itinérance. Il ne faudrait pas non plus oublier les régions et les problèmes particuliers liés à l’itinérance.

 

Nous affirmons haut et fort que les personnes en situation d’itinérance ont besoin, comme tout autre citoyen, d’occuper l’espace urbain, et il conviendrait alors de mieux adapter le comportement policier à l’égard de ces personnes et d’éviter de revivre certaines situations inadmissibles d’agressivité et de discrimination à leur égard.

 

On ne choisit pas d’être itinérant, on le devient. C’est le résultat d’un processus marqué par une série d’échecs et de privations sur le plan matériel, économique et des relations sociales qui conduit vers l’exclusion. Une société prétendument riche comme la nôtre ne peut se permettre de laisser ces personnes sans appuis et sans possibilité de sortie de l’itinérance. C’est pourquoi nous vous exhortons aussi à agir sur le plan préventif afin de venir en aide à ces personnes. […] Cela coûte plus cher à la société de faire fi de l’itinérance que de s’en occuper.

 

Vous savez sans doute que nombre d’organismes de proximité et de chercheurs s’investissent dans cette problématique de l’itinérance. Ne trompez pas l’espoir suscité par cette politique. […]

 

Sachez, Monsieur le Premier Ministre, que le nombre de femmes itinérantes est de plus en plus important au Québec, même si ces dernières sont moins visibles et malheureusement bien souvent victimes de violence physique et sexuelle. De plus, davantage de personnes itinérantes appartiennent également à diverses communautés culturelles.

 

Un pourcentage important d’itinérants, au Québec comme au Canada, est d’origine inuite et autochtone, et ce, en raison des conditions particulières vécues par les membres des Premières Nations […]. Vous y avez vous-même fait référence durant la campagne. Pourrait-on espérer un monde meilleur pour ces citoyens ? Agissez contre leur exclusion et leur marginalisation. Il y a péril en la demeure.

 

De plus en plus de personnes âgées se retrouvent dans l’itinérance, ainsi que des personnes diplômées ayant perdu leur emploi ou ayant vécu certains problèmes dans leur vie personnelle. L’itinérance peut résulter aussi d’une insuffisance de revenus, comme on le voit dans des mégapoles où des familles entières se retrouvent à la rue.

 

Nous lançons cet appel pour vous demander d’encourager une action solidaire, collective et coordonnée des pouvoirs publics, des organismes de proximité, des entreprises, associations communautaires, etc. afin de prévenir l’itinérance et d’aider celles et ceux qui en sont victimes à reprendre leur place au sein de la collectivité. C’est une responsabilité collective. Il y va de notre humanité et de notre sens de l’équité, d’une justice sociale et du respect de tous les citoyens que de s’occuper collectivement de l’itinérance. Redonnons à ces personnes une dignité.

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7 commentaires
  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 21 mai 2014 09 h 29

    Appel de solidarité

    J'appuie cet appel de messieurs Bettache et Hallé visant à prévenir l'itinérance et à en aider les victimes. C'est une demande des plus légitime, olus en tout cas que l'achat d'une Bentley pour directeur de centre hospitalier universitaire !

  • Danielle - Inscrit 21 mai 2014 10 h 09

    Le dernier des derniers!

    M. le dernier des derniers ministres se fou complètement du sort des personnes itinérantes comme il se fou de tous les citoyens du Québec.

    Il est là pour 4 ans. 4 ans pour poursuivre la destruction du Québec!

    • Beth Brown - Inscrite 21 mai 2014 22 h 28

      Sans oublier des servir ses intérêts "propres" et sa promotion personnelle.

      En lisant l'article, je me suis dit que nous sommes tous pas mal ridicules de croire que le bien de pauvres et des petits peut être une préoccupation chez les Libéraux au pouvoir à Québec.

      Une couillardise de plus quoi...

  • André Michaud - Inscrit 21 mai 2014 10 h 11

    Plus complexe qu'une question de $

    Le problème est complexe et ce n'est pas une question de fric uniquement.

    Il y a eu des programmes pour trouver des logements à des itinérants, mais la plupart semblent ils n'ont pas été capable d'entretenir convenablement le logement, voir certains préféraient rester dehors...même l'hiver !

    Que faire pour arrêter leur toxicomanie qui s'ajoute à leurs problèmes de santé mentale, si ils ne sont pas motivés à changer? Toute personne travaillant en toxicomanie vous dira que sans motivation de l'individu on perd son temps.

    Donner plus de revenus et où ira cet argent ? En bon repas , bon vêtements etc..ou en drogue?

    Il ne faut surtout pas aider des gens qui ne veulent pas s'aider d'abord , c'est du temps et de l'argent gaspillé.

    Si il faut mettre du fric c'est surtout pour empêcher des jeunes des se joindre à ces itinérants... pour les plus vieux on ne peut de façon réaliste être optimiste, et croire que des années dans la rue et la toxicomanie peuvent être effacées..hélas!

    • Danielle - Inscrit 21 mai 2014 13 h 25

      Vous avez raison. Il ne s'agit pas strictement d'une question financière, mais avouez que lorsque vous n'avez pas un toit sur la tête à -30 dergrés, l'argent pour se loger compte avant toute chose!
      Dans la vie de tout être humain, les besoins essentiels de base doivent être comblés. Y'a une limite à tout psychologisé.

    • André Michaud - Inscrit 21 mai 2014 18 h 12

      @ Mme Houle

      Avant la désinstitutionalisation les citoyens souffrant de problèmes mentaux comme 99% des itinérants, avaient un toit, des repas chaud , des infirmières etc..mais on les a abandonné à la rue , soi disant pour respecter leur liberté...mais sont-ils plus heureux que dans une bonne institution ?

  • Normand Murray - Inscrit 21 mai 2014 14 h 20

    Désolante constatation.

    Si on est en itinérance de démocratie comment solutionner le voeu profond du coeur libéral de réduire la majorité des québécois jeunes et vieux vers cette forme de vie pour enfin assouvir le but ultime du ROC soit nous assimiler tel le reste de la francophonie hors Québec. Peu importe le problème s'est amplifié avec les coûts de la vie et tout autres services qui ne cesse de montée de façons effarantes alors que le salaire minimum lui ne suit pas le même rythme. Quels sont les vrais chiffres de ce mal sociétaire ceci est impossible du fait que ce monde est anonyme de par sa nature mais une chose est sur ce malheureux phénomène au train où vont les choses ce mal ne peut qu'empirer.