Liliane Stewart, une femme d’esprit d’une grande générosité morale

L’histoire d’amour de Liliane et David Stewart est un modèle d’engagement altruiste.
Photo: Fondation Macdonald Stewart L’histoire d’amour de Liliane et David Stewart est un modèle d’engagement altruiste.

Nous avons le triste et glorieux privilège de célébrer la vie de Liliane Stewart. Madame Stewart demeure dans nos coeurs et nos esprits comme une femme extraordinaire qui nous a énormément donné. J’ai eu la chance de me retrouver dans le cercle de Liliane et David au début des années 1970, peu après mon retour à Montréal. Ils vivaient une période intense, préoccupés par l’état de détérioration de Montréal à l’époque, alors que notre patrimoine était détruit sans motif.

 

Je me souviens comme si c’était hier de notre première vraie conversation, alors que nous retournions à Montréal depuis leur demeure de Pointe-Claire. Ils venaient d’établir la Fondation Macdonald Stewart et nous parlions de musées, des musées que nous voulions créer à Montréal. David toujours rêveur, Liliane plus terre à terre, qui transformait les rêves en réalité. Nous étions passionnés par ce que l’on pourrait accomplir, nous étions liés par une étroite amitié.

 

Plusieurs musées existaient déjà, bien sûr. Je me rappelle l’énergie et l’enthousiasme avec lesquels Liliane a convaincu d’autres musées de prêter des objets au Musée Stewart, sur l’île Sainte-Hélène, pour des expositions comme Madame de Pompadour et la floraison des arts ; ou La saga de la famille Le Moyne en Nouvelle-France ; et avec ferveur — en hommage à son David sûrement — l’exposition Joséphine, le grand amour de Napoléon. La collection que Liliane formait pour le Musée des arts décoratifs, qu’elle et son mari ont fondé, a été sa grande passion. Cette remarquable collection de design nous a dotés d’objets du XXe siècle qui nous entourent tous les jours.

 

Comme nous le savons, Liliane a poursuivi la mission de David après la mort de ce dernier, survenue beaucoup trop tôt. Ayant pris la décision perspicace de s’entourer des meilleurs conseillers, elle a eu le génie et la générosité de renforcer les mandats aussi bien des musées existants que de ceux qu’elle avait activement contribué à créer en entreprenant la démarche inédite de fusionner des institutions culturelles. Mme Stewart a présenté au Musée des beaux-arts la riche collection du Musée des arts décoratifs, ce qui représentait une donation majeure. Et, l’an dernier, elle a réalisé l’intégration du Musée Stewart au Musée McCord.

 

Aux côtés de David, Liliane prenait activement part aux organisations et aux fondations créées par le couple, qui apportaient leur généreux soutien à des domaines aussi variés que l’agriculture, les sociétés d’histoire, l’éducation, la recherche médicale ainsi que les arts. Elle s’y engageait avec tant de ferveur qu’elle a même adopté un projet cher à David, en reconstituant des régiments historiques, au point de devenir elle-même tireur d’élite. Liliane ne s’impliquait jamais de manière superficielle ; elle ne se contentait jamais d’être membre titulaire. En fait, les succès obtenus par la Fondation Macdonald Stewart s’expliquent pour moi en grande partie par l’énergie de Liliane, par son talent d’organisatrice et par son attention pour les détails, dont elle usait avec tact et diplomatie sans se mettre en avant.

 

De nombreuses réalisations

 

Son univers n’était pas administratif. Son bureau n’avait pas le style orné de celui d’un chef d’entreprise. Au contraire, lui rendant visite à la Fondation Macdonald Stewart, il y avait bien des chances qu’on se retrouve avec elle dans une pièce remplie de livres et d’objets divers, devant se frayer un chemin à la recherche d’une chaise ou d’une table. Pas de mémos, pas de procès-verbaux des réunions. Les visites chez elle à l’heure du thé étaient joyeuses. Entourée des collections de meubles contemporains qui lui rappelaient l’univers dans lequel elle avait grandi, mais aussi ses peintures et sa collection de tortues, poupées et ours en peluche ramenés du monde entier, il y avait l’enthousiasme, des discussions paisibles, sérieuses, à propos de rêves ou de projets de mettre sur pied un programme de recherche, d’aider une société historique, ou de sauvegarder et de restaurer un bâtiment, ou encore sur les moyens de stimuler la croissance économique de la ville. Pas de publicité. Mais de nombreuses réalisations.

 

Le soutien de Liliane Stewart était vaste et large. Elle était la personne la moins égocentrique que je connaisse. Elle n’était pas modeste, car elle connaissait sa valeur, mais jamais elle ne cherchait à attirer l’attention sur elle. Liliane voulait faire briller les autres. Peu connus du public, toutes ses qualités, sa générosité morale et son esprit la rendaient chère à ses proches. Elle était une amie aimante et précieuse. Personnellement, elle va terriblement me manquer. Sa présence rayonnante dans notre société ne pourra plus nous illuminer physiquement.

 

Personne ne sera surpris, je crois, d’apprendre qu’en réalisant le mois dernier qu’il y avait trente ans que David nous avait quittés, Liliane s’est écriée : « Trente ans, comme c’est long ! Alors, qu’est-ce que je fais ici ? Je veux être avec lui. » N’ont-ils pas toujours été ensemble ? L’extraordinaire histoire d’amour de Liliane et David Stewart est un modèle d’engagement altruiste dans la société. Ils forment à eux deux une constellation qui inspirera les générations futures.

À voir en vidéo