Pour un processus ouvert à tous

Le Parti socialiste français a tenu une primaire citoyenne en 2011, une solution qui lui a permis d’accroître sa visibilité auprès des citoyens, contribuant à l’élection de François Hollande. Près de 6 millions de personnes ont participé à la primaire.
Photo: Agence France-Presse Le Parti socialiste français a tenu une primaire citoyenne en 2011, une solution qui lui a permis d’accroître sa visibilité auprès des citoyens, contribuant à l’élection de François Hollande. Près de 6 millions de personnes ont participé à la primaire.

L'ancien ministre et actuel député du Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, a proposé la semaine passée d’élargir à l’ensemble des progressistes et indépendantistes le choix du prochain chef du Parti québécois et de ne plus laisser ce choix uniquement aux membres du Parti québécois. Ce processus nommé primaires ouvertes ou primaires citoyennes est selon nous une excellente idée qui a fait ses preuves tant en France qu’aux États-Unis.

 

Les partis politiques ont historiquement considéré que la sélection du chef devait être le privilège des membres, or cette façon de concevoir la politique éloigne les formations politiques de l’électorat et permet difficilement une convergence des gens partageant des valeurs et aspirations communes.

 

Pourquoi des primaires ouvertes ?

 

Le processus des primaires ouvertes permet de se reconnecter avec l’électorat en ne confiant pas uniquement aux membres le choix du prochain chef. Il oblige les aspirants à la chefferie à dialoguer avec l’ensemble de la population partageant les valeurs du Parti québécois et à faire en sorte que ce dialogue, si nécessaire depuis le 7 avril, ne se fasse pas uniquement entre gens convaincus. Les primaires ouvertes obligent les partis politiques à un exercice de mobilisation sans précédent. Il faudra que le Parti québécois quitte ses zones de confort et retourne discuter avec l’ensemble des progressistes et indépendantistes, n’ayant pas le luxe de discuter à huis clos, tant en ce qui concerne l’importance du projet que pour le prochain test électoral.

 

Est-ce que cela a déjà fonctionné ailleurs ?

 

Le Parti socialiste français, qui n’avait pas gagné d’élection présidentielle depuis 17 ans, a opté en 2011 pour une primaire citoyenne. Les résultats ont été saisissants : près de 6 millions de participants, des débats ouverts avec l’ensemble de la gauche et une victoire inespérée à l’élection présidentielle. La majorité des analystes s’entendent pour dire que ce processus de primaires est à la source de la victoire de la gauche. D’ailleurs, le parti de droite « UMP » a décidé de s’inspirer du Parti socialiste français et optera lui aussi pour une primaire ouverte afin de choisir le successeur de Nicolas Sarkozy.

 

Est-ce que le processus est encadré par certaines balises ?

 

Il est évident qu’un processus de primaire ouverte doit aussi comporter certaines balises afin d’atteindre les objectifs de sa mise en place. Par exemple, chaque personne qui désire voter devrait être inscrite sur les listes électorales, signer une déclaration sur l’honneur qu’il est progressiste et indépendantiste tout en fournissant une humble contribution par exemple de 1 $ permettant plus facilement de financer le processus. Ces balises permettent à la fois de rendre le processus démocratique et ouvert, mais aussi de permettre une convergence des progressistes et des indépendantistes.

 

Est-ce que les adversaires vont infiltrer le Parti québécois avec une primaire ouverte ?

 

Le principal argument contre les primaires ouvertes est la peur d’une infiltration par les adversaires du Parti québécois qui s’inscriraient en masse afin de faire gagner « un mauvais » candidat. Cet argument ne tient pas la route tant au regard des exemples internationaux que dans la pratique. De nombreux États des États-Unis utilisent un processus de primaires ouvertes afin de choisir le candidat démocrate, les républicains, qui ont la réputation de faire des campagnes agressives, n’ont jamais essayé de s’infiltrer dans le processus. En France, cet argument contre les primaires était aussi invoqué, l’expérience ayant montré hors de tout doute que ce n’était aucunement fondé et qu’il s’agissait plutôt d’une peur du changement. Enfin, dans un processus où il faut s’engager sur l’honneur à être progressiste et indépendantiste, les chances d’infiltration par les fédéralistes sont de beaucoup diminuées.

 

Est-ce que le militantisme perd de son essence avec une primaire ouverte ?

 

Certes, un processus de primaire enlève aux membres l’exclusivité du choix du prochain chef. Par contre, cette façon de faire n’aliène pas le militantisme pour autant. En effet, être militant d’un parti ne se résume pas uniquement au choix du chef, mais tient beaucoup plus à de l’animation politique, à des discussions publiques dans sa communauté et dans la construction du programme du parti. Le militantisme reste une chose essentielle qu’un processus de primaire ouverte ne vient en rien diminuer, à moins de considérer le militant comme un simple sélectionneur de chef.

 

Si la mobilisation n’est pas suffisante ?

 

Un processus de primaire ouverte entraîne une obligation de résultat. Le Parti québécois devra mobiliser l’électorat progressiste et indépendantiste, il devra se reconnecter avec sa base pour convaincre ses membres qu’ils sont une partie de la solution. Il est certain qu’une faible participation et une mobilisation insuffisante auraient un effet néfaste sur le Parti québécois. Or, comme ce scénario n’est pas envisageable, les forces vives du Parti québécois et de tous ceux qui veulent participer à ce projet devront redoubler d’effort. Un échec pourrait être fatal, mais une réussite serait doublement gagnante, et ce, tant pour le Parti québécois que pour l’indépendance et les idées progressistes. Le jeu en vaut la chandelle.

 

Les primaires ouvertes sont une façon de concevoir la politique qui s’inscrit dans l’ouverture, la démocratisation des décisions publiques. Elles permettent d’opposer à la peur de l’électorat une confiance dans le peuple. Le révolutionnaire Danton disait que pour vaincre il fallait de l’audace, toujours de l’audace et encore de l’audace. Il est temps que le Parti québécois prenne ce pari de l’innovation. Il s’agit plus que d’un beau risque, c’est la voie d’un renouveau dans le dialogue.

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